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28/02/07

Le bordeaux voit rouge

            

Rien ne va plus dans le vignoble du Médoc. Depuis trois ans, deux camps s'affrontent : les détenteurs de la précieuse mention " cru bourgeois " et ceux qui l'ont perdue après un classement de 2003. Ce nouveau classement - le seul à valeur légale jusqu'à ce mercredi 28 février - avait été annoncé en juin 2003, à Vinexpo, le Salon mondial du vin : sur les 444 châteaux portant ce label - un même vignoble peut avoir plusieurs vins avec la même mention - près de 200 l'ont perdu à ce moment-là.

Au-delà de l'image commerciale, l'enjeu économique est de taille pour ces propriétés réparties sur huit appellations du Médoc, qui représentent plus de 60 % de la superficie des vignes médocaines et 40 % de leur chiffre d'affaires. Les trois quarts des crus bourgeois sont des vins de milieu de gamme - vendus entre 6 euros et 15 euros la bouteille - pour lesquels la mention conforte une image de qualité et surtout de prix : un château est vendu 20 % à 30 % plus cher, car ce viatique est un argument de vente même si des abus ont été constatés.

Tous les professionnels s'accordent à dire que le ménage était nécessaire pour assainir le marché, ne pas galvauder la qualité et donner des points de repère fiables aux consommateurs. Le classement de 2003, qui avait établi trois catégories (cru bourgeois exceptionnel, supérieur et cru bourgeois), avait cette mission.

Ce château de cartes s'est effondré mardi 26 février : après un marathon judiciaire entamé le lendemain du nouveau classement par 70 recalés, la cour administrative d'appel de Bordeaux a rendu un arrêt, lundi 26 février, annulant la totalité du classement de 2003. Retour au statu quo ante. Les magistrats ont pointé du doigt la partialité du jury, composé de 17 professionnels, dont 4 propriétaires de crus bourgeois concernés par le classement. Les déclassés ont également critiqué le manque d'explication sur les raisons de leur mise à l'écart et les comportements différents du jury en fonction des propriétés. " Tout était cousu de fil blanc ", critique Denis Hecquet, président de l'Union des viticulteurs médocains, qui rassemble les mécontents du classement.

Ce coup de semonce laisse un goût amer chez les professionnels et ne donne pas une bonne image du vignoble bordelais en France et à l'étranger. " C'est dix ans perdus, et cela va prolonger la confusion chez les professionnels et les consommateurs ", s'inquiète Allan Sichel, président du Syndicat des négociants de Gironde.

Cette décision juridique fera jurisprudence dans le monde des classements viticoles, une particularité girondine, mais elle ne règle pas le problème de fond. Il est trop tôt pour savoir si un autre type de classement renaîtra de ces cendres encore brûlantes.

Claudia Courtois (Bordeaux, correspondance)

La cour administrative de Bordeaux a annulé

le classement de 2003

qui accordait la précieuse

mention " cru bourgeois "

 

 

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Voyage sensoriel dans l'univers de Dominique Gonzalez-Foerster

Au Musée d'art moderne de la Ville de Paris, l'artiste présente une création collective née de ses récentes rencontres

 

L'exposition de Dominique Gonzalez-Foerster au Musée d'art moderne de la Ville de Paris se dessine comme un voyage. Pour la visiter, il faut être prêt à partir sans forcément connaître la destination. Prêt à se laisser envahir par cet univers tout en glissements, en lumières, en collaborations.

Cette artiste française, connue de la scène internationale, est une habituée de l'ARC. De l'exposition " L'hiver de l'amour ", qu'elle organisa en 1994 avec le magazine Purple et qui révéla une nouvelle génération d'artistes, jusqu'à son exposition aux côtés de Pierre Huyghe et Philippe Parreno, en 1998, qui renouvela elle aussi le genre, c'est ici sa cinquième intervention.

Elle réapparaît dans le monde de l'art après avoir abordé toutes les disciplines : la musique, l'architecture et la scénographie. Riche de ces rencontres, elle a invité tous ceux avec qui elle a travaillé récemment à participer à son projet au Musée d'art moderne. Désir de diluer la notion d'auteur au profit d'une création collective, de mettre de côté l'ego pour laisser entrer la surprise d'autres mondes...

Presque aucune des pièces présentées ici n'est donc signée de son seul nom : c'est le chanteur Bashung qui a composé le punk ambiant qui inonde la salle de La Fée électricité ; c'est avec le créateur de mode Nicolas Ghesquières, de Balenciaga, que l'artiste a imaginé le dessin animé un brin new age qui se contemple dans l'escalier ; c'est le musicien Jay Jay Johanson qui a créé l'accompagnement de son installation Cosmodrome. Ici, rien ne s'impose, tout se joue dans la discrétion.

UN LONG SURVOL DE LA TERRE

Dans le long hall de l'ARC, premier étage du musée, il n'y a tout d'abord rien à voir. Jusqu'à ce que les oreilles donnent l'alerte. Goutte à goutte ou ondoyante, une pluie tropicale envahit l'espace. Une pluie sans eau. Une scène de film dont nous, visiteurs, sommes les acteurs : personnages en quête de motif, peu à peu emportés par cette mélancolie du son. Dans des gestes réflexes, le corps se prend presque à se protéger, et l'esprit part en des contrées lointaines. La pièce s'intitule Promenade (on devine ce nom posé en transparence sur le mur), et c'est vraiment de cela qu'il s'agit.

L'errance se poursuit avec ces lumières qui au loin nous appellent, reflétées sur la laque grise du mur. De la terre au ciel : l'installation lumineuse se lit comme un long survol de la Terre, avec ses villes clignotantes devenues simples points sur la carte. Minimale science-fiction, elle emporte vers la pièce principale de l'exposition : le Cosmodrome.

Déjà montrée au Consortium de Dijon et à la Biennale de Lyon, cette installation, destinée à être explorée dans le noir, se dessine comme un voyage interplanétaire de dix minutes. Sous les pieds crisse un sable noir, quasi volcanique. Obscurité absolue, puis quelques loupiotes clignotent : comme si la navette était sur le départ. Porté par les accords simples et électro de la bande-son, le spectateur assiste à un clair de terre, à la naissance du jour au fil des étoiles, à l'approche de planètes inconnues.

Bricolée à partir de quasiment rien, cette odyssée de l'espace est le point d'orgue de l'exposition. Elle permet de voir d'un tout autre oeil la programmation de quatre heures de films proposée par le musée dans la salle suivante. D'un jardin de Taïpeh à un bac d'Hongkong, d'un désert atomique à une île de beauté, l'artiste nous réapprend le voyage. Au fil de ces courts métrages, au fil de ces cités et de ces immensités, on comprend combien elle sait dénicher dans le quotidien ces " sensations d'art " qui lui sont chères. Une fois de retour dans la vie, notre regard devrait être un brin différent : purifié par cette pluie tropicale, purifié et plus disponible.

 

Bérénice Bailly

" Expodrome ",

Dominique Gonzalez-Foerster, Musée d'art moderne de la Ville de Paris/ARC, 11, avenue du Président-Wilson, Paris-16e. M° Iéna. Tél. : 01-53-67-40-00. Du mardi au dimanche, de 10 à 18 heures. 5¤ et 3,50 ¤. Jusqu'au 6 mai.

 

 

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CINÉMA LE SORT DES MULTIPLEXES DES 15e ET 19e ARRONDISSEMENTS

Bras de fer à Paris entre les sociétés Pathé et MK2

 

PRÉVOYANT la création d'un multiplexe de dix salles et deux mille sièges pour le premier semestre 2010, le réaménagement du centre commercial de Beaugrenelle, dans le 15e arrondissement de Paris, provoque une polémique. La société civile immobilière chargée de cette restructuration vient en effet de confier la création de ce multiplexe à Pathé, alors que les MK2 de Marin Karmitz étaient implantés ici depuis vingt-cinq ans.

" Marin Karmitz avait un droit de priorité, mais il s'est avéré trop exigeant, explique Jean-Marc Mauraisin, directeur du projet Beaugrenelle à la société Apsys, l'investisseur. Il veut à la fois toucher une indemnité pour la résiliation de son bail et bénéficier de conditions privilégiées, à commencer par un loyer faible. "

Marin Karmitz ne raconte pas l'histoire de la même manière. Il y a vingt-cinq ans, indique-t-il, personne ne croyait au succès de ces salles, qui affichent aujourd'hui un taux de fréquentation enviable. Selon lui, Anne Hidalgo (PS), adjointe au maire de Paris, a cédé à un promoteur immobilier une partie du centre de Beaugrenelle, qui appartenait à une société d'économie mixte dont elle était présidente en tant qu'élue. " Ce projet est contesté par le maire du 15e et par les habitants ", affirme le patron de MK2.

POLITIQUE CULTURELLE DES ÉLUS

Locataire de l'autre partie, Marin Karmitz s'est vu signifier que ses salles devraient fermer durant les travaux (trois ans au moins), moyennant dédommagement (évalué à 8 millions d'euros), et que son loyer, s'il restait en place, passerait de 180 000 euros pour six salles à 1,2 million d'euros pour douze salles. Alertés, " ni Bertrand Delanoë ni Anne Hidalgo n'ont bougé ", indique Marin Karmitz, qui a reçu une mise en demeure d'expulsion.

Le bénéficiaire du nouveau multiplexe serait donc Pathé, qui vient de se voir aussi confier par Apsys le multiplexe prévu dans la quatrième travée de la Cité des sciences de La Villette (19e arrondissement), qu'avait refusé Marin Karmitz " choqué de voir brader un bâtiment public ". Ce dernier possède, par ailleurs, non loin de là, plusieurs salles le long du Bassin de La Villette, qui risquent de souffrir de la concurrence du nouveau multiplexe. Cela ne l'empêche pas s'interroger sur la politique culturelle de ces élus " qui disent n'avoir pas à intervenir dans la loi du marché " et surtout sur l'avenir de son alliance avec Gaumont-Pathé.

Face à la carte pass UGC, il s'était en effet associé avec l'exploitant Pathé pour offrir une carte pass aux spectateurs fidèles à leurs salles. Dans le 15e, Pathé risque de se retrouver en situation de monopole grâce à une occasion - qu'UGC a de son côté refusé de saisir - et ce au détriment de son partenaire privilégié. Marin Karmitz a l'intention de déposer un recours contre le permis de construire du centre commercial.

Jean-Luc Douin

 

 

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Les couples divorcent de plus en plus tôt

C'est autour de trois ans de mariage que les risques de séparation sont le plus grands : on compte 24,5 divorces pour 1 000 unions

 

C'est après cinq ans de vie commune que Benjamin a demandé à sa compagne de l'épouser. " Un jour de février 2004, en voyage dans un endroit magnifique d'Argentine, j'ai eu envie de faire ma demande, elle a accepté ", se rappelle ce jeune homme de 31 ans. Retour en France, préparatifs... le mariage a finalement lieu en septembre 2005, dans un château, avec 150 invités. " On n'a pas vraiment pris le temps de réfléchir ", remarque Benjamin.

Puis la vie reprend son cours presque normal. Sans jamais avoir sacralisé le mariage, Benjamin est tout de même surpris d'éprouver de la fierté à dire " ma femme ". Il l'est encore plus de constater à quel point le mariage change les choses. " Avant, nous vivions au jour le jour sans nous poser de question, raconte-t-il. Une fois marié, on se projette dans l'avenir, on pense aux années qu'on va passer ensemble, aux projets, aux enfants. Je vivais cela comme un accomplissement. "

Pour son épouse, il en va tout autrement. Cette projection la panique, déclenche une série de prises de conscience, de bilan. Après deux courtes ruptures, le couple finit par décider de divorcer, un an après leur mariage.

Ils sont nombreux dans ce cas, à ne pas supporter le poids de l'engagement qui semble s'abattre sur eux, une fois les alliances au doigt. Selon l'Insee-ministère de la justice, sur 134 000 divorces prononcés en 2004, près de 20 000 concernaient des couples mariés depuis moins de cinq ans, soit 29 % de plus qu'en 2000. Et c'est autour de trois ans que les risques sont le plus grands : 24,5 divorces pour 1 000 unions.

Le mariage se heurterait-il aux messages d'une société qui privilégie le bonheur, la réussite, l'épanouissement personnel ? " Pas facile de faire des études, de commencer à travailler, d'entreprendre un parcours qui prépare à une vie autonome et de se retrouver avec quelqu'un qui va interférer dans tout cela, souligne Anette, 35 ans, divorcée après trois ans de mariage. Au fil du temps, je me sentais de moins en moins prête à faire des compromis. On dit qu'on est plus fort à deux. C'est l'inverse que je ressentais. "

Divorcée elle aussi, Nathalie a créé en juillet 2005 Parent-solo.fr, un site d'informations, de services et d'échanges pour les familles monoparentales qui reçoit de 2 500 à 3 500 visiteurs par jour, dont nombre ont vécu une séparation précoce. " Aujourd'hui, on doit être efficace en tout, même dans le mariage, souligne Nathalie. Tout doit aller vite, on consomme, on jette. Ce schéma s'applique aussi à la consommation du sentiment. Et puis c'est plus facile de divorcer depuis la loi du 1er janvier 2005, alors si cela ne va pas, on zappe. "

On semble en tout cas plus facilement prêt à se séparer qu'à vivre une expérience de couple médiocre. D'autant que la difficulté s'accroît quand les enfants arrivent. Entre le travail et la vie de parent, le couple se retrouve réduit à la portion congrue qui ne satisfait pas. " Ce qui a changé, c'est que le couple ne fait plus partie de la famille, qu'il est une notion à part, remarque Robert Neuburger, psychiatre et vice-président de la Société française de thérapie familiale. Autrefois, on ne faisait pas la différence. On se mariait pour fonder une famille et le couple en constituait le fondement. Désormais, on est dans l'idée d'un couple qui apporte satisfaction puis d'une famille qui apporte satisfaction. Mais les deux éléments restent dissociés. "

Robert Neuburger voit les cas se multiplier. Des ménages pour qui tout va bien jusqu'à ce que l'enfant paraisse et envahisse l'espace, jusqu'à parfois brouiller les repères identitaires. " Lorsque le père et la mère s'investissent à part égale sur l'enfant, très souvent, cela fraternise leur relation, remarque le psychiatre. En poussant à l'extrême le raisonnement, un papa qui se transforme en maman la journée, cela fait, le soir, deux mamans dans le lit. Ce n'est pas forcément le mieux pour la sexualité. "

Crise identitaire de l'un par rapport à l'autre, tiraillement entre le désir d'être des parents dévoués et des adultes amoureux provoquent des états de tension parfois violents. " J'accueille des gens qui, passés la parenthèse de l'enfant encore bébé, semblent se réveiller et se demandent : "Mais qui suis-je en tant que femme ou en tant qu'homme ?" Cette inquiétude, cette frustration sont aujourd'hui autant masculines que féminines ", remarque le docteur Neuburger.

Résultat, les jeunes couples viennent de plus en plus tôt consulter un spécialiste qui les aidera à retrouver un équilibre entre vie de famille et vie de couple. Mais aussi un nombre croissant de jeunes amoureux se mettent d'abord en couple à l'essai, puis font des séparations à l'essai... Des solutions qui leur font évaluer ce qui est en cause, ce à quoi ils aspirent et tiennent vraiment. Pour ensuite, peut-être, franchir le pas, en vrai.

Véronique Cauhapé

 

 

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Ecoutons enfin les Noirs de France

Presque tous les candidats restent trop discrets sur une situation qui n'est plus acceptable

 

Il est grand temps que s'engage un débat serein sur la condition des Noirs de France, sur l'action affirmative et sur les statistiques de la diversité. Le baromètre CRAN- TNS-Sofres a révélé que 61 % des Noirs interrogés disaient avoir été victimes de discriminations au cours des douze derniers mois. Lorsqu'on regarde dans le détail, on s'aperçoit que ce pourcentage atteint 75 % en région parisienne et... 79 % en région Méditerranée.

D'après notre enquête, 81 % des Noirs de plus de 18 ans sont français. On peut alors se demander pourquoi ils sont toujours qualifiés d'" immigrés ". La République ne prend en compte que la nationalité, nous dit-on ; pourquoi avoir créé cette catégorie intermédiaire entre les Français et les étrangers qu'est l'" immigré " ? C'est une catégorie honteuse, qui n'est plus utilisée dans le vocabulaire politique que pour justifier des différences de traitement entre citoyens français. Nous n'en voulons plus.

Nous préférons parler de " Noirs ", parce que nous n'appartenons pas à une catégorie intermédiaire entre les " Français " et les " étrangers ". Nous sommes français et noirs. Comme on peut être français et juifs. Français et femmes. Français et homosexuels. Et nous revendiquons, comme ces derniers, d'être fiers de ce que nous sommes. Parce qu'on nous a trop souvent demandé d'en avoir honte.

Etre noir ne nous confère ni une intelligence ni une capacité physique supérieures aux autres. Mais cela nous donne une raison de nous battre. De nous battre pour la reconnaissance de nos droits. De nous battre pour l'égalité de tous dans l'accès à l'emploi, au logement, à la justice. Nous avons 2,25 fois moins de chances que les autres Français de devenir cadre, 1,5 fois plus de chance qu'eux d'être ouvrier à la chaîne ou employé de fast-food... Voilà la réalité quotidienne de millions de nos concitoyens noirs. Voilà ce que vivent en silence tant et tant de Français, à l'ombre des promesses d'égalité et de fraternité de notre idéal républicain. En révélant ces inégalités, le CRAN n'a fait que son devoir. Son devoir républicain.

Après cette enquête, nous nous attendions à soulever l'indignation, à provoquer une prise de conscience des responsables politiques, voire un débat national. Rien. A l'exception notable de Marie-George Buffet (PCF) et de François Bayrou (UDF), qui étaient présents cette année au dîner du CRAN, aux côtés de représentants du CRIF et du MRAP, aucun candidat à l'élection présidentielle n'a exprimé son soutien. Pas de déclarations de Nicolas Sarkozy, ni de Ségolène Royal, ni de José Bové...

Non seulement la prise de conscience n'a pas eu lieu, mais certains responsables politiques ou associatifs, au lieu de s'indigner du niveau effarant des discriminations frappant les Noirs de France révélé par le baromètre, s'en sont pris... au CRAN et à la TNS Sofres. Comme dans le proverbe chinois, qui dit que lorsqu'on lui montre la lune, l'imbécile regarde le doigt, ils se sont attaqués au doigt. Comme s'ils avaient peur, au fond, de regarder la réalité en face. Comme s'ils préféraient que l'on continue à faire comme avant, au détriment de pans entiers de notre population. Comme si, à leurs yeux, les discriminations étaient moins insupportables que le fait de les dénoncer.

Peut-on nier qu'un tel baromètre fait avancer la démocratie ? Non, bien sûr. Le CRAN mène, avec tous, un combat universel. En défendant les droits des Noirs, il défend la cause de toutes les minorités de France et, plus largement, de tous ceux qui souffrent d'injustices dans notre pays. Quels que soient leur couleur de peau, leur croyance, leur sexe ou leur orientation sexuelle.

La situation actuelle n'est plus acceptable. Et c'est pour cette raison que nous demandons que soient inscrites au programme des candidats à l'élection présidentielle les mesures suivantes :

- des statistiques de la diversité pour analyser les inégalités et suivre leur évolution dans le temps ;

- une politique d'action affirmative ambitieuse et efficace à l'échelle nationale. Nous voulons que les pouvoirs publics tiennent compte du fait qu'être noir en France est un handicap social et agissent en conséquence. Nous voulons que les minorités soient représentées dans les instances politiques, judiciaires et économiques. Nous voulons que des Noirs siègent au gouvernement, au Parlement et aux conseils d'administration des entreprises. Nous voulons que la création d'entreprises par des entrepreneurs issus des minorités soit favorisée. Nous voulons que l'Etat aide les Noirs à accéder au logement, aux bourses, aux stages pour que les jeunes Noirs n'en soient plus réduits à travailler dans la supérette au bas de leur immeuble.

La France ne peut pas faire l'économie de ces mesures. Nous ne pouvons pas prendre le risque que se développent dans notre pays, comme aux Etats-Unis, deux sociétés : une société blanche et une société noire. Il revient aux responsables politiques de faire en sorte que cela ne se produise jamais en France. C'est possible, si nous faisons face à la réalité et si nous nous retroussons les manches, ensemble, pour réparer les injustices de notre société.

Il y a bien longtemps, la France a fait un rêve. Celui d'un pays où tous les citoyens seraient libres et égaux, sans distinction de croyance, de couleur de peau, de sexe ou d'origine. Nous demandons que ce rêve, qui est aussi celui des Noirs de France, devienne, enfin, une réalité.

Patrick Lozès

Président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN)

 

 

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PUBLICITÉ NOUVELLE RÉGLEMENTATION

Obésité : des messages sanitaires pour rien ?


 

JEUDI 1er MARS, toutes les publicités, à la télévision, la radio, dans la presse écrite et sur Internet pour des produits alimentaires manufacturés et des boissons sucrées, comporteront des messages sanitaires de prévention nutritionnelle.

Pour tenter de mesurer l'impact de ces nouvelles recommandations visant à lutter contre l'obésité, l'UFC-Que Choisir a réalisé une enquête en face-à-face auprès de 704 personnes (parents et enfants de plus de 8 ans) représentatives de la population. L'association de consommateurs a choisi de leur montrer une publicité télévisée pour des céréales au chocolat sur laquelle a été inséré l'un des quatre messages retenus par les pouvoirs publics : " Pour votre santé, éviter de manger trop gras, trop sucré, trop salé ".

Les résultats, rendus publics lundi 26 février, ne manquent pas de piquant. 48 % des personnes interrogées (dont 57 % des enfants) n'ont... " pas vu le message ". L'enquêteur a alors repassé le spot publicitaire en montrant du doigt le message, qui défile sous forme de bandeau en bas de l'écran comme le prévoit la loi. Cette fois, 32 % des parents et 42 % des enfants disent avoir eu " des difficultés à le lire " parce que leur attention " est captée par les images de la pub " (37 % des réponses), parce que " les caractères sont trop petits " (32 %) ou qu'ils " défilent trop rapidement " (26 %).

EFFET CONTRE-PRODUCTIF GARANTI

Pire. Quand on leur demande ce que signifie ce message sanitaire par rapport au produit présenté par la publicité, 66 % des personnes interrogées répondent que les céréales sont " équilibrées " ! Qu'elles contribuent, comme le dit le message, à une alimentation moins grasse et moins sucrée ! Effet contre-productif garanti ! L'UFC-Que choisir, qui a toujours plaidé en faveur de l'interdiction de la publicité alimentaire à destination des enfants, conclut : " En choisissant délibérément un message très général, de peur de stigmatiser certains produits, les pouvoirs publics n'offrent aucun moyen pratique aux consommateurs pour déterminer l'intérêt ou l'absence d'intérêt nutritionnel des produits alimentaires. " De surcroît, l'enquête montre que ce sont les personnes issues des catégories socioprofessionnelles défavorisées - les plus concernées par le phénomène de l'obésité - qui ont le plus de difficultés à repérer et comprendre le message.

Pour la petite histoire, la publicité utilisée lors de l'enquête était celle des céréales " Lion " qui contiennent, indique l'UFC-Que Choisir, " 37 % de sucre "...

Sandrine Blanchard

 

 

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Le prélèvement d'ADN en garde à vue s'invite au procès des faucheurs d'OGM

            

Me François Roux, avocat des 32 faucheurs volontaires d'OGM, jugés les 26 et 27 février par le tribunal correctionnel d'Orléans a trouvé " exceptionnellement sévères " les peines allant jusqu'à trois mois de prison ferme requises par la procureure de la République. Mais c'est sur un autre terrain que les anti-OGM ont placé le débat : celui des prélèvements d'ADN, lors de la garde à vue, prévus par la loi Sarkozy du 18 mars 2003, et du " fichage systématique " qui les conforte dans leur position de " dissidents ".

Les prévenus comparaissaient pour avoir détruit, en août 2006, à Villereau (Loiret) un champ de maïs transgénique. Mais 16 d'entre eux étaient aussi poursuivis pour avoir refusé de se soumettre à un prélèvement. Lors d'un précédent fauchage, la plupart avaient subi un premier prélèvement. " Contraints et presque forcés ", disent-ils. Lors de leur nouvelle garde à vue, ils ont refusé de se soumettre à un nouveau test.

Pour Me Jean-Paul Susini, autre défenseur des faucheurs, " le tout-ADN est en train de s'installer. Aujourd'hui, cette législation, qui est mise en place de façon insidieuse, est fondée sur le soupçon ". Selon lui, le refus des faucheurs doit être considéré comme un acte de " résistance ". " L'évolution du droit s'opère aussi par la désobéissance civile ", a ajouté Me Roux. " La grandeur de la démocratie, c'est de ne pas traiter des dissidents comme des délinquants, a affirmé Jean-Marie Muller, responsable du Mouvement d'action non violente, cité par la défense. La société doit se ménager des espaces de dissentiment. " Jugement le 24 mai.

Régis Guyotat

 

 

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La baisse du chômage a subi un coup d'arrêt en janvier

MOINS D'UN CHOMEUR SUR DEUX

SERAIT INDEMNISE

Selon le collectif Les Autres chiffres du chômage (ACDC), seuls 47,5 % des chômeurs toutes catégories confondues étaient indemnisés par l'assurance-chômage en 2006, contre 54 % en novembre 2003. " Ce taux serait encore plus bas si l'on comptabilisait les chômeurs qui ne s'inscrivent pas à l'ANPE ", ajoute-t-il, citant des chiffres de l'Unedic. " Il serait normal que tous les chômeurs qui ont cotisé soient indemnisés. Or ce n'est pas le cas ", a expliqué Pierre Concialdi, du Réseau d'alerte sur les inégalités, membre de ce collectif d'associations et de syndicats. Cette évolution est liée aux modifications du régime de l'assurance chômage : " Depuis 1979, pas moins de six réformes ont progressivement réduit les droits à indemnisation, et le RMI sert de plus en plus de voiture-balai ", rapporte ACDC, pour qui l'indemnisation moyenne d'un demandeur d'emploi par les Assedic reste " faible, environ 80 % du smic ".

Le ministère de l'emploi réfute ces accusations, considérant que l'indemnisation résulte des accords entre partenaires sociaux de l'Unedic. Il estime que le nombre de chômeurs indemnisés est même en augmentation ces derniers mois.


            

Le ministre de l'emploi et de la cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, aurait préféré s'approprier les bons résultats de la baisse du chômage en France jusqu'au terme de son action à la tête du ministère de l'emploi et de la cohésion sociale. Las, le mouvement de diminution quasiment ininterrompu depuis février 2005 a subi un coup d'arrêt à la fin du mois de janvier 2007. Et cette évolution devrait contribuer à animer les polémiques sur la réalité de la situation de l'emploi et le bilan du gouvernement durant la campagne présidentielle.

Selon les chiffres fournis, mardi 27 février, par le ministère, le nombre de demandeurs de catégorie 1, soit à la recherche d'un emploi à temps plein, a légèrement augmenté pour atteindre 2 093 000 personnes (+ 1 200) par rapport au mois de décembre 2006. Selon les normes du bureau international du travail (BIT), le chiffre reste quasiment stable avec 2 353 000 demandeurs d'emplois, soit un taux de chômage de 8,6 %, identique sur le mois mais en baisse de 1 % sur un an. La baisse reste néanmoins perceptible parmi les jeunes de moins de 25 ans (- 0,9 %) dont le taux de chômage atteint 21, 7 %, ainsi que chez les plus âgés (- 0,3 %) et les chômeurs de longue durée (- 2,4 %).

M. Borloo a bien tenté de minimiser l'impact de cette pause. Selon lui, le mois de janvier n'est guère favorable puisqu'il enregistre les fins de contrats de l'année écoulée. Depuis la fin décembre, le nombre d'entrées à l'ANPE a effectivement augmenté à la suite des licenciements économiques ou non, des fins de contrats à durée déterminée (CDD) et de missions d'intérim. Au total, ce sont 49 300 salariés qui se sont inscrits à l'ANPE en janvier. En revanche, l'organisme public a enregistré un peu plus de 25 % de reprises d'emplois (+ 24 000). Il a aussi procédé à 7 500 radiations supplémentaires en janvier parmi 144 000 absences au contrôle et 39 000 pour raison administrative. Quant au nombre d'offres déposées à l'ANPE, il est en progression de 5 % sur un an.

Le ministre de l'emploi continue de croire à l'efficacité des mesures de son plan de cohésion sociale. " La mécanique est lancée ", a-t-il indiqué en insistant à nouveau sur la baisse du taux de chômage passé de 10,1 % en février 2005 à 8,6 % en janvier 2007, soit 380 000 chômeurs de moins. Outre les mesures sociales de contrats aidés et en faveur de l'apprentissage, la reprise serait aussi perceptible dans les secteurs du transport dont le nombre d'offres est en progression de 7,9 % et surtout des services à la personne (+ 21,3 %). Alors que se profilent des plans massifs de suppressions d'emploi dans l'industrie, notamment chez Airbus et Alcatel-Lucent, les métiers du tertiaire et de l'administration ont de nouveau progressé. Au total, souligne le ministère, la baisse du chômage résulte pour partie " d'une augmentation significative des créations nettes d'emplois qui ont augmenté de 243 000 en 2006 contre 149 000 en 2005 ".

Mis en cause par le collectif Les autres chiffres du chômage, qui l'accuse de minimiser le nombre réel des demandeurs d'emplois (Le Monde du 26 janvier), le directeur de l'Insee, Jean-Michel Charpin, a néanmoins tempéré toute appréciation hâtive. Dans une lettre adressée lundi 26 février dans une lettre au collectif, il a de nouveau insisté sur le caractère " provisoire " de l'estimation du taux de chômage dont la révision définitive a été reportée du mois de mars à l'automne " sur la base de considérations techniques et en toute indépendance ".

Michel Delberghe

 

 

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" L'exception française, au sens péjoratif du terme, se perpétue un peu trop "

Comment la campagne française est-elle perçue en Europe ?

La tournure des débats, en particulier sur l'euro, a beaucoup surpris. Les voisins européens de la France y ont vu un procès excessif. Le sentiment dominant est que l'exception française, au sens péjoratif du terme, se perpétue un peu trop. Il est regrettable que l'Europe soit souvent considérée comme un bouc émissaire, ou comme un rempart auquel on fait appel, plutôt que vécue comme un accélérateur de chances, et un levier pour adapter notre pays.

Les discours défensifs renvoient à un malaise français, à un doute profond sur nos chances de faire face à l'évolution du monde. C'est ce doute qui pose le plus question à nos partenaires.


L'Europe n'est pourtant pas très présente dans les débats ?

Lorsqu'elle l'est, c'est de façon très contestable, car les critiques ne s'appuient pas sur une bonne connaissance de l'Union. Il y a eu le coup de boule du référendum, comparable à celui de Zidane. Il ne sert à rien maintenant de pleurer dans les vestiaires, il faut revenir. Les allusions à l'euro fort, les attaques contre la Banque centrale européenne, sont souvent fondées sur une fausse appréciation : le débat sur l'euro et la hausse du coût de la vie occultent, par exemple, le fait que l'inflation a été maîtrisée depuis la création de la monnaie unique.


Est-il judicieux de chercher à capter l'électorat du non ?

Il ne faut pas que le non de 2005 génère le silence, une parole faussée ou le repli sur soi. C'est un grand danger. D'autant plus que le non lui même portait pour certains un fort désir d'Europe. Un discours qui n'explique pas ce que l'on veut faire de l'Europe ne rassurera pas ceux qui ont voté non. Il faut leur expliquer comment mener au niveau européen des chantiers indispensables pour la France, comme ceux de l'immigration, de la lutte contre le réchauffement climatique, de l'insécurité ou de la recherche.


C'est ce que Mme Royal appelle l'Europe par la preuve ! Mais cette Europe concrète semble faire du surplace ?

Mme Royal n'a pas le monopole de cette formule. Je souhaite que les candidats s'engagent sur les grands chantiers à l'ordre du jour. Sur le dossier énergétique, Paris a fait des propositions ; la France a des arguments à faire valoir, avec le nucléaire, et pourrait prendre la tête de cette révolution énergétique. Mais il ne faut pas qu'elle soit frileuse et joue les élèves de seconde zone. Il existe un trépied que les candidats ne doivent pas perdre de vue : une France qui cesse de douter d'elle-même, une Europe capable de faire la course en tête dans un certain nombre de domaines, et des adaptations institutionnelles.


Quel est le bilan de M. Chirac en matière européenne ?

Il n'est pas possible de faire porter seul à M. Chirac la responsabilité des difficultés de l'Union. M. Chirac a tenté de faire avancer l'Europe de la défense au service de la paix. Il y a eu des progrès avec un état-major européen, une agence de la défense. M. Chirac aurait pu aller plus loin s'il n'y avait pas eu la guerre en Irak. Ce conflit a eu un effet très néfaste car il a empêché l'engagement du Royaume-Uni dans le fil du sommet de Saint-Malo - de 1998 sur la défense - . Pour le reste, les difficultés économiques rencontrées par certains pays ont suscité un certain repli nationaliste. La France n'est pas exempte de ce reproche. Le concept de patriotisme économique revient à du nationalisme.

Propos recueillis par Thomas Ferenczi et Philippe Ricard

                     

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L'élection présidentielle en France suscite des appréhensions dans les capitales européennes

La crainte d'un nouveau référendum français sur un traité européen renégocié pèse sur la perception des candidats

 

L'enjeu des élections françaises pour la relance du processus européen, bloqué par le non français à la Constitution européenne en 2005, donne à celles-ci une importance particulière pour nos partenaires européens. Chacun tente de supputer, au-delà de l'affirmation de ses préférences partisanes, ce que la France fera après le double scrutin présidentiel et législatif.

Au Parlement européen, bonne caisse de résonance, la perception des principaux candidats est biaisée par la crainte d'un nouveau référendum en France pour faire approuver un traité constitutionnel renégocié. Ségolène Royal et François Bayrou se sont pronconcés dans ce sens alors que Nicolas Sarkozy veut passer par la voie parlementaire. " Ceux qui veulent avoir une Constitution en Europe doivent suivre la voie de Nicolas Sarkozy, qui propose de garder l'acquis de la Convention et de le soumettre à la ratification parlementaire ", estime l'eurodéputé démocrate-chrétien allemand Andreas Schwab, reflétant une opinion souvent partagée aussi à gauche.

" Après le premier non français, l'Europe supporte un grave problème, mais après un second non, elle connaîtrait une crise ", prévient le social-démocrate allemand Jo Leinen, un francophile, président de la commission des affaires institutionnelles : " Le couple franco-allemand s'en ressentirait durablement et le crédit de Ségolène Royal serait entamé dès le début de sa présidence ", estime-t-il. Pour sa collègue Evelyne Gebhardt, " Mme Royal joue avec le feu " : " Il y a deux ans, je faisais campagne en Allemagne pour qu'on autorise le référendum. Mais depuis les non français et néerlandais, j'ai changé d'avis ", explique-t-elle.

Outre-Rhin, le ton du débat politique en France suscite d'ailleurs beaucoup d'incompréhensions. La presse allemande se montre sceptique aussi bien à l'égard de M. Sarkozy que de Mme Royal. Les deux candidats " sont une malchance d'un point de vue allemand ", soulignait récemment le Financial Times Deutschland (FTD). A peine moins sévère, le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) les considère comme deux " populistes ambitieux, dont la réussite personnelle est plus importante que la ligne gauche du parti ou l'existence de traditions à droite ". " Les deux candidats sont imprévisibles et peu expérimentés en politique étrangère ", juge la FAZ, qui rappelle leurs critiques à l'encontre de la banque centrale européenne (BCE) et leurs " contours flous " en matière de relance du processus constitutionnel.

" Que ce soit Sarko ou Ségo, le temps où le gouvernement fédéral avait des alliés fiables à Paris est bientôt révolu ", résume le FTD. Une vision que nuance Mathias Koopmann, de la société allemande de politique étrangère (DGAP) : " Même si le scepticisme domine à l'égard de Ségolène Royal, elle conserve encore un peu de crédit auprès de la classe politique allemande, dans la mesure où elle ne s'est pas encore exprimée clairement sur les sujets européens. " Quant à M. Sarkozy, " il a marqué des points, en Allemagne, lors de son discours sur l'Europe à Strasbourg ".

Peut-être parce qu'ils sont habitués aux coalitions, les Belges ont manifesté, ces derniers jours, un intérêt particulier pour le phénomène François Bayrou. Jugeant difficile son projet de rassemblement et de troisième voie, la presse estime que sa percée est sans doute la seule vraie nouveauté du débat français, très suivi par les Belges, qui ont, eux-mêmes, leurs législatives, le 10 juin. Gauche et droite belges ne cherchent cependant pas à comparer leur programme avec leurs homologues français. Tout au plus M. Di Rupo, le leader du PS belge, distingue " la même dimension sociale " dans le programme de Mme Royal.

En Italie, les positions affichées par M. Sarkozy sur l'Europe et sur les relations avec les Etats-Unis séduisent les leaders de droite, dont Gianfranco Fini, dirigeant d'Alliance nationale (AN, droite conservatrice) qui a rédigé la préface de la traduction italienne du livre de M. Sarkozy, Témoignages. AN, d'origine post-fasciste, compte sur l'appui de Nicolas Sarkozy pour rejoindre le PPE au Parlement européen.

Ségolène Royal a provoqué un phénomène de curiosité d'autant plus important qu'aucune femme italienne n'a encore été en mesure de briguer de telles responsabilités. La sympathie du centre-gauche pour elle n'a pas faibli, malgré " les gaffes de Ségolène " qui ont fait les gros titres de la presse. Elle avait été reçue avec beaucoup d'égard à l'automne par les responsables des Démocrates de gauche et Romano Prodi lui-même. Ce dernier, interrogé sur ses préférences, a pourtant choisi de rappeler sa proximité avec... François Bayrou.

En Espagne, où M. Sarkozy est lié d'amitié avec l'ancien président du gouvernement José Maria Aznar, la droite a apprécié que le ministre français de l'intérieur critique la politique d'immigration de l'actuel premier ministre, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, en particulier la régularisation de 600 000 travailleurs clandestins en 2005. M. Zapatero, qui n'a pas caché sa sympathie pour Ségolène Royal, a reçu néanmoins avec beaucoup d'égards, mardi 27 février, le ministre de l'intérieur.

Jean Jacques Bozonnet (Rome), Cécile Calla (Berlin), Cécile Chambraud (Madrid), Rafaëlle Rivais et Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles)

 

 

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