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12 février 1998

« Madame la ministre » : souci entre l"Académie Française et Ségo

L Y A parfois des batailles titanesques et de nature à bouleverser les foules. Ainsi cette querelle somptueuse qui oppose l'Académie française à Ségolène Royal. Maurice Druon, tourmenteur perpétuel de celle qui osa se faire appeler « Madame la ministre », s'est offert un plaisir suave : coincer en flagrant délire d'orthographe le, la ministre de l'enseignement scolaire.

A l'origine de ce prodigieux rebondissement, une lettre adressée par dame Royal à un historien nancéien, lettre effectivement agrémentée de deux magnifiques pâtés orthographiques, deux accords passés par pertes et profits. La lettre était courte, sept lignes. Les deux fautes admirables. Et le tout fut publié mardi en fac-similé dans Le Figaro. Avec surtitre aimable : « Le bon français. » Et titre lapidaire : « Ministère et orthographe. »

En vertu de quoi, Maurice Druon, opposant sa photo à celle de Ségolène Royal, documents l'un et l'autre d'usage assez courant, rappelle le ministre à ses devoirs, déplore l'outrage manifeste et lui accorde, dans la foulée, de maigres et assassines circonstances atténuantes : « J'imagine bien que ce n'est pas Mm Ségolène Royal qui a tapé ni même, probablement, dicté cette lettre. Mais ne pas relire ce qu'on signe, pour un ministre, est fâcheux. »

Le français, apparemment, est un plat qui se mange froid. Mais comment dire ? Faire ainsi remarquer publiquement à une dame qu'elle a filé ses mots et son orthographe, comme ses bas, dans la bousculade du paraphe, manque un petit peu de galanterie. Française notamment.

Attendons le prochain épisode du combat Druon-Royal. Il s'annonce sans fin. Un peu comme la recette des Visiteurs II, retour des quenouille et quenouillette et de Jacquouille-la-fripouille.

Les auteurs de cette vaste entreprise ont eu, pour promouvoir leur oeuvre, une idée de génie. Ils ont mis tout ce que le Royaume de France et de Navarre compte de critiques au pain sec et à l'eau. Privés de projection, les bougres. Comme jetés aux oubliettes tant il y avait disette, paraît-il, de copies disponibles. Ils ont inventé la légende d'un film achevé tellement tard, qu'il fut, ô désespoir !, impossible d'en détourner, au sortir du four, la moindre baguette pour les testeurs agréés.

Il n'est pas tout à fait à exclure que les pères des Visiteurs II prennent les critiques de cinéma pour des imbéciles. Ou, dit d'une autre manière, que le succès soit, lui, un plat qui se mange chaud. Très joli coup, en tout cas. Les pages des journaux sont pleines, ces jours-ci, d'articles admirables sur ce film qui ne l'est pas moins dans son mystère absolu. Nul n'a vu ce magnifique vaisseau fantôme qui va tirer, à boulets ferrés et français sur le triomphant Titanic. Nul n'a eu le privilège insigne d'une projection privée au château.

Mais qu'importe ! Si les chemins de la promotion restent impénétrables, la légende est faite. L'accouchement fut difficile, un siège pour ainsi dire, mais l'enfant s'annonce fécond. Ah bistaillez, critiques, mécréants ! Les Visiteurs II n'attendent qu'un jugement : celui de Dieu, un dieu nommé box-office.

 

                  

PAR PIERRE GEORGES

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