PSYCHANALYSE CHOREE - CIGALE
i Dite « faire ses choux gras ». 2
i Dite « être ravi au septième ciel ». 4
Désordre nerveux marqué par des mouvements rapides, brefs, désordonnés et involontaires. Chez l’enfant, la chorée de SYDENHAM, ou danse de SAINT-GUY, peut s’accompagner d’agitation, d’irritabilité et de troubles confusionnels spontanément curables.
aCelle de HUNTINGTON :
Elle est d’évolution chronique et héréditaire conduit à un état démentiel et à la mort par cachexie.
aExpressions
Pendant tout le Moyen Age, et même plus tard, les légumes ont constitué le plat du pauvre, de tous ceux qui ne pouvaient s’offrir de la viande, l’alimentation noble. On cultivait les pois, les fèves, les poireaux, les « panais » devenus carottes, les navets, les raves, et le plus commun de tous, le plus abondant, sur qui on peut toujours compter en cas de disette : le chou. Le chou pommé, vert, vivace, qui ne craint pas la gelée, au contraire qui se rit du mauvais temps, a donné lieu à nombre de locutions qui vont de « bête comme un chou » - forte tête mais peu pensante – à « aller planter ses choux », symbole du jardinage forcé, par déception. Mais le problème avec les légumes, c’est de les assaisonner. Du chou cuit à l’eau n’est pas ce qu’on pourrait appeler un régal. Aussi pauvre que l’on soit, il faut tout de même un bout de lard, un petit morceau de quelque chose – ce que rappelle le proverbe : « Ce n’est pas tout que ces choux, il faut encore de la grassie ! » Il est donc naturel que faire ses choux gras soit devenu une proposition alléchante, le signe que tout va bien dans la marmite. Au 15ème siècle, l’expression avait le sens de se goberger :
« Et aussi d’en faire ses choux gras,
Ses grans chieres, ses ralias
De gueulle… »
COQUILLART
Au 17ème siècle, elle avait à peu près le sens actuel : « On dit qu’un homme fait ses choux gras de quelque chose, lorsqu’il fait bien ses affaires, qu’il fait de grands profits en quelque chose », dit FURETIERE. Simplement on a fini par s’apercevoir qu’il y avait toujours quelques abus dans les bonnes affaires, et sous les grands profits des cuisines assez peu avouables. Les fameux choux gras en ont pris un léger goût de scandale. Les bonnes choses n’ont qu’un temps, comme le dit également le vieil adage :
« Toujours n’aurez vous mie pèches moles, et raisins doux et noix nouvelles. »
La chute apparaît comme la quintessence vécue de toute la dynamique des ténèbres.
aSelon
Il y voit dans ce schème catamorphe une métaphore réellement axiomatique. Cette métaphore est d’ailleurs solidaire des symboles des ténèbres et de l’agitation.
C’est IXION, BELLEROPHON et bien d’autres, qui terminent leurs jours dans la catastrophe de la chute.
Avec une nuance, c’est ATLAS, écrasé éternellement par le fardeau terrestre, héros de la lutte pour la verticalité.
C’est ICARE qui tombe, anéanti par le soleil qu’il a trop voulu approcher spontanément les cauchemars de vol interrompu et de chute dans l’eau gluante.
C’est PHAETON, fils du soleil, qui, pour avoir usurpé les prérogatives paternelles, est foudroyé par ZEUS, puis précipité sur la dure terre.
C’est TANTALE qui, après avoir osé faire dévorer la chair de son fils PELOPS aux divinités de l’OLYMPE, est englouti dans le TARTARE.
Comme l’ont bien souligné les ethnologues, ce schème de la chute n’est rien d’autre que le thème du temps néfaste et mortel, moralisé sous forme de punition. S’introduit dans le contexte physique de la chute une moralisation et même une psychopathologie de la chute : dans certaines apocalypses apocryphes, la chute est confondue avec la possession par le Mal. La chute devient alors l’emblème des péchés de fornication, de jalousie, de colère, d’idolâtrie et de meurtre. Mais cette moralisation se déroule sur un fond temporel : le second arbre du jardin d’EDEN, dont la consommation du fruit déterminera la chute, n’est pas celui de la connaissance comme le prétendent des leçons récentes, mais celui de la mort. La rivalité entre le serpent, animal lunaire, et l’Homme semble se réduire dans de nombreuses légendes à la rivalité d’un élément immortel, régénéré, capable de faire peau neuve, et de l’Homme déchu de son immortalité primordiale.
La chute d’ADAM se répète dans la chute des mauvais anges. Le livre d’HENOCH nous raconte comment les anges, s’unissent avec leurs séductrices et engendrent d’énormes géants. Ces anges rebelles sont commandés par AZAZEL et SEMIAZAS. RAPHAËL, sur les ordres de Dieu, punit les transfuges, les écrase sous de lourds rochers avant de les précipiter à la fin des temps dans un abîme de feu. L’abîme, leitmotiv de la punition apocalyptique, aurait pour prototype, selon LANGTON, l’épisode du BUNDEHESH où l’on voit AHRIMAN précipité sur la terre pour avoir tenté de prendre d’assaut les cieux et sa chute creuser un gouffre qu’habitera à l’avenir le Prince des Ténèbres.
Un tel isomorphisme catamorphe nous est fourni par la mythologie de l’ancien Mexique.
MICTLANTECUTLI, le dieu de l’enfer du NORD (MICTLAN), est appelé TZONTEMOC, celui qui tombe la tête la première comme le soleil couchant, le soleil noir. MICTLANTECUTLI est accompagné de ses animaux familiers : la chouette et l’araignée, il est le patron du jour chien de la semaine ainsi que du jour mort. Le NORD, siège des enfers et séjour du soleil tombé, est également le pays noir, du froid et de l’hiver. Ce thème de la chute apparaît comme le signe de la punition et se voit multiplié dans une même culture, c’est ce que nous venons de constater pour la tradition GRECQUE, c’est ce que l’on peut également montrer dans la tradition JUIVE.
bSignifications
Même si l’on conteste la réalité d’engrammes imaginaires préexistants à toute expérience, on est obligé de constater avec BETCHEREV ou Maria MONTESSORI que le nouveau‑né est d’emblée sensibilité à la chute. Le changement rapide de position dans le sens de la chute comme dans le sens du redressement déclenche une série réflexe dominante, c’est‑à‑dire inhibitrice des réflexes secondaires. Le mouvement trop brusque que la sage‑femme imprime au nouveau‑né, les manipulations et les dénivellations brutales qui suivent la naissance, seraient en même temps que la première expérience de la chute la première expérience de la peur. Il y aurait non seulement une imagination de la chute, mais une expérience temporelles, existentielle, ce qui fait écrire à BACHELARD que nous imaginons l’élan vers le haut et nous connaissons la chute vers le bas. La chute serait ainsi du côté du temps vécu. Ce sont les premiers changements dénivellants et rapides qui suscitent et fortifient l’engramme du vertige. Peut‑être même, chez certaines peuplades où l’accouchement doit être rituellement chute du nouveau‑né sur le sol, sa forme dans l’imagination du jeune enfant un renforcement du traumatisme de RANK, la naissance étant ipso facto associée à une chute.
L’engramme de la chute est renforcé dès la première enfance par l’épreuve de la pesanteur que l’enfant expérimente lors du pénible apprentissage de la marche. Cette dernière n’est rien d’autre qu’une chute correctement utilisée comme support de la station droite, et dont l’échec est sanctionné par des chutes réelles, par des chocs, des blessures légères qui aggravent le caractère péjoratif de la dominante réflexe. Pour le bipède vertical que nous sommes, le sens de la chute et de la pesanteur accompagne toutes nos premières tentatives autocinétiques et locomotrices. La chute étant d’ailleurs reliée, comme le remarque BACHELARD, à la rapidité du mouvement, à l’accélération comme aux ténèbres, il se pourrait qu’elle soit l’expérience douloureuse fondamentale et constitue pour la conscience la composante dynamique de toute représentation du mouvement et de la temporalité. La chute résume et condense les aspects redoutables du temps, elle nous fait connaître le temps foudroyant.
Le rêve éveillé met lui aussi en évidence l’archaïsme et la constance du schème de la chute dans l’inconscient humain. Les régression s psychiques s’accompagnent fréquemment d’images brutales de la chute, chute valorisée négativement comme cauchemar qui aboutit souvent à la vision de scènes infernales. Le refus de l’ascension prend l’apparence de la lourdeur ou de la pesanteur noire, et le patient de DESOILLE déclare : « J’ai gardé de gros souliers noirs aux pieds, c’est cela qui m’alourdit. »
aExpressions
Les Anciens avaient organisé l’univers à leur convenance, ou plutôt du mieux qu’ils avaient pu. Ils avaient placé la Terre au centre du monde, et le reste autour, avec une logique parfaitement simple dont il faut bien reconnaître que tout concourait à l’étayer, les textes religieux comme l’observation directe. Pour le mouvement des astres et le logement des dieux, ils avaient inventé un système de sphères de cristal, absolument transparentes et concentriques, qui tournaient autour de la Terre harmonieusement, chacune portant sa planète dans une joyeuse et discrète musique sidérale. Chaque sphère était un ciel. Il y avait dans l’ordre sept ciels, superposés, un par planète, dans l’ordre exact de leurs distances : le ciel de la LUNE, d’abord, la plus près, le ciel de MERCURE, de VENUS, puis celui du SOLEIL. Venaient ensuite le ciel de MARS, de JUPITER et de SATURNE. Au‑delà, était une dernière sphère – le 7ème ciel - , plus solide, qui portait toutes les étoiles ensemble, et qu’on appelait le firmament ou bien encore empyrée. Derrière cet ultime écran se tenait Dieu, en majesté, coiffant l’ensemble depuis qu’il avait séparé par cette enveloppe, le premier jour de Sa Création, les eaux d’en bas d’avec les eaux d’en haut. Etre ravi au ciel, c’est littéralement être arraché au sol, soit par la main divine comme le fut Saint PAUL, soit dans un immense transport de joie. On pouvait monter plus ou moins haut naturellement, selon l’intensité du plaisir.
a et la fourmi livre I
La cigale ayant chanté
Tout l’été
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau
Elle alla crier famine
Chez la fourmi, sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.-
« je vous paierai, lui dit-elle,
avant l’oût, foi d’animal,
intérêt et principal.
La fourmi n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre défaut.
« que faisiez-vous au temps chaud ?
dit-elle à cette emprunteuse. –
nuit et jour à tout venant
je chantais, ne vous déplaise. –
vous chantiez, j’en suis fort aise !
eh bien, dansez maintenant. »