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8 août 2003

PSYCHANALYSE TRANSFERT

Chapitre 1 TRANSFERT : 1

a Différentes approches pour le même concept 1

i FREUDISME. 1

a BREUER.. 2

b WINICOTT. 3

c KOHUT. 3

ii KLEINISME. 3

a En tant que POSTKLEINIEN : BION.. 4

iii LACANISME. 4

b Répétition de prototypes infantiles. 5

i Le plus souvent en cure. 5

a Les deux ressorts techniques de la thérapeutique psychanalytique. 5

Un Levée des résistances. 5

· Maniement du transfert 5

b Actualisation. 5

Un Condition de reviviscence affective. 5

c Désir 6

d La fluidité du phénomène psychanalytique. 6

Désigne, en psychanalyse, le processus par lequel les désirs inconscients s’actualisent sur certains Objets dans le cadre d’un certain type de relation établi avec eux et éminemment dans le cadre de la relation analytique.

aDifférentes approches pour le même concept

Terme introduit progressivement par FREUD et FERENCZI (entre 1900 et 1909) pour désigner un processus constitutif de la cure psychanalytique par lequel les désirs inconscients de l’analysant concernant des Objets extérieurs viennent se répéter, dans le cadre de la relation analytique, sur la personne de l’analyste mise en position de ces diverses Objets. C’est le plus souvent le transfert dans la cure que les psychanalystes nomment transfert, sans autre qualificatif. Le transfert concerne les sentiments moteurs du refoulé névrotique, maintenant dirigés sur le psychanalyste. Il concerne identiquement le report sur la situation analytique des espoirs, attentes, angoisses et déceptions, primitivement liés à la demande de satisfaction – attendue des Objets privilégiés (parents) – des motions de désir. Le transfert est classiquement reconnu comme le terrain où se joue la problématique d’une cure psychanalytique, son installation, ses modalités, son interprétation et sa résolution caractérisant celle-ci. Tous les courants du FREUDISME considèrent le transfert comme essentiel au processus psychanalytique. Mais, selon les écoles, les divergences sont multiples qui portent sur sa place dans la cure, son maniement par l’analyste, le moment et les moyens de sa dissolution. Un siècle après la naissance de la psychanalyse, le concept de transfert est encore l’Objet d’un débat contradictoire, dont l’origine se trouve dans l’histoire de sa reconnaissance, de son évaluation théorique et de son utilisation par FREUD depuis l’abandon de l’hypnose et de la catharsis. On retiendra d’abord, à la suite d’Henri F. ELLENBERGER que l’existence du transfert est attestée, avant FREUD, par une terminologie foisonnante : rapport, influence somnambulique, besoin de direction, report affectif, etc. En fait, l’innovation FREUDIENNE consiste à reconnaître dans ce phénomène une composante essentielle de la psychanalyse, au point d’ailleurs que cette nouvelle méthode se distingue de toutes les autres psychothérapies en ce qu’elle met en jeu le transfert comme instrument de la guérison dans le processus de la cure. Cependant cette reconnaissance ne s’est pas opérée spontanément et, jusqu’à l’extrême fin de sa vie, FREUD restera étonné de la récurrence du phénomène (Abrégé de psychanalyse). Au départ dans les Etudes sur l’hystérie et dans L’Interprétation des rêves, il appréhende le transfert sous l’angle d’un déplacement d’Investissement au niveau des représentations psychiques plutôt que comme une composante de la relation thérapeutique.

Rétrospectivement, on peut reconnaître la fonction essentielle du transfert dans le récit du cas ANNA O. (BERTHA PAPPENHEIM) par Josef BREUER, même si, à y regarder de près le commentaire qui accompagne ce récit demeure encore bien peu théorique. C’est à l’occasion de l’analyse de DORA (IDA BAUER) en 1905 que FREUD fait véritablement sa première expérience, négative, de la matérialité du transfert. Il atteste, à son corps défendant, que l’analyste joue bien un rôle dans le transfert de l’analysant. En refusant d’être l’Objet du transport amoureux de sa patiente, FREUD oppose une résistance, qui déclenche en retour un transfert négatif de celle‑ci. Quelques années plus tard, FREUD qualifiera ce phénomène de contre‑transfert. Dès 1909, FERENCZI observe que le transfert existe dans toutes les relations humaines : maître et élève, médecin et Sujet, etc. Mais il note que dans l’analyse, comme dans l’hypnose et la suggestion, le patient met inconsciemment le thérapeute dans une position parentale. A la même date, dans son compte rendu de l’analyse d’un cas de névrose obsessionnelle (Ernst LANZER), FREUD commence à cerner le fait que les sentiments inconscients du patient envers l’analyste sont des manifestations d’une relation refoulée aux imagos parentales. En 1912, dans La dynamique du transfert, premier texte exclusivement consacré à la question, il distingue le transfert positif, fait de tendresse et d’amour, du transfert négatif, vecteur de sentiments hostiles et agressifs. A cela s’ajoutent des transferts mixtes, qui reproduisent les sentiments ambivalents de l’enfant à l’égard des parents. En 1920, dans Au‑delà du principe de plaisir, FREUD s’étonne encore du caractère répétitif du transfert. Constatant que cette répétition porte toujours sur des fragments de la vie sexuelle infantile, il lie le transfert au complexe d’Œdipe et en conclut que la névrose originelle est remplacée dans la cure par une névrose artificielle, ou névrose de transfert. Dans le processus analytique, celle‑ci doit conduire le patient à une reconnaissance de la névrose infantile. Selon la théorie de la séduction, abandonnée en 1897 mais dont les traces ne seront jamais totalement effacées, le transfert est considéré par FREUD comme un obstacle au travail de remémoration et comme une forme particulièrement tenace de résistance, l’indice de la proximité du retour des éléments refoulés les plus cruciaux. Avec le développement de la théorie du fantasme, FREUD s’écarte de la notion de remémoration. Tout en continuant à lier la résistance au transfert, il met l’accent sur l’importance de son utilisation comme voie d’accès au désir inconscient. En 1923, dans Psychanalyse et théorie de la libido, le transfert est conçu par FREUD comme un terrain sur lequel une victoire doit être remportée. Utilisé par l’analyste, il est en effet « le plus puissant moyen adjuvant du traitement ». Dès lors, c’est l’amour de transfert qui retient toute l’attention de FREUD. Par ce terme, il désigne les cas où un Sujet – une femme en général – déclare être épris de son analyste. Après avoir observé qu’il s’agit bien d’un processus transférentiel, puisqu’un changement d’analyste s’accompagne de la répétition du sentiment, FREUD souligne l’absolue nécessité pour le thérapeute de respecter la règle de l’abstinence : non seulement pour des raisons éthiques, mais surtout pour que l’objectif de l’analyse puisse être poursuivi. Dans ce cas, en effet, la résistance à l’analyse revêt la forme d’un amour : le travail aura pour visée de retrouver les origines inconscientes de cette manifestation qui envahit le transfert. A la suite de FREUD, une multiplicité de travaux ont été consacrés à la question du transfert, chacun s’efforçant de repenser le concept en harmonie avec les inflexions ou les modifications successivement apportées à la théorie originelle.

En dehors de l’orientation KLEINIENNE, les développements de la réflexion POSTFREUDIENNE se caractérisent par une prise en compte de plus en plus insistante de l’efficience et de la participation inconsciente de l’analyste dans l’instauration du transfert. A partir du primat accordé à la relation avec la mère dans l’évolution du Sujet, Donald WOODS WINICOTT développe une conception du transfert comme répétition du lien maternel. D’où l’abandon de la stricte neutralité, qui n’est pas sans rappeler la technique active de FERENCZI. Le management (gestion, direction) WINICOTTIEN consiste à laisser le patient mettre à profit les failles et les défaillances de l’analyste. Il est particulièrement efficace dans les cas de patients fragiles chez lesquels la subjectivité se manifeste par un faux self.

Dans les années 1970, Heinz KOHUT, désireux de transformer le cadre de la cure qu’il jugeait trop orthodoxe, invente une notion de transfert narcissique ou « transfert en miroir ». Dans l’optique KOHUTIENNE, l’analyste est vécu par le patient comme un prolongement de lui‑même et il lui faut accepter cette relation transférentielle dans la mesure où elle permet une restauration du self (ou « soi profond » du patient), dont la blessure, véritable pathologie narcissique, est rapportée aux difficultés rencontrées lors de la relation archaïque à la mère.

La précocité du Surmoi du fait de son origine préhistorique et phylogénétique se nouant très vite à la constitution du Surmoi oedipien ; la précocité du conflit oedipien dès le sevrage précipitant une « identification à la mère » pour les deux sexes ; enfin la place centrale donnée à la mère comme métaphore de l’autre scène, lieu du déplacement des Objets intériorisés, sont les trois avancées qui permettent à KLEIN d’établir la possibilité du transfert dans la cure avec les jeunes enfants,, contrairement à ce que A. FREUD affirmait. Il s’agit d’un « transfert spontané » et même en attente de se réaliser, car

« les Objets intéressent l’inconscient infantile dans la mesure où ils engendrent ou dissipent l’angoisse ; de l’un ou l’autre de ces caractères dépend la forme positive ou négative du transfert qu’ils suscitent. ».

Par ailleurs, l’originalité de la conception de la castration chez KLEIN tient à la triade princeps mère‑enfant‑Objet (sein, fèces, pénis) par rapport à la triade freudienne de 1923 mère‑enfant‑phallus. L’originalité de la conception du phallicisme de la mère est due au processus défensif de déplacement du pénis du père sur elle. Si la mère apparaît comme abîmée, amputée (variation de la castration), ce n’est pas parce que l’enfant a vu l’absence de pénis, mais parce qu’il a pris fantasmatiquement le sein ou le pénis. Ce qui manque à la mère, c’est ce que l’enfant lui prend : il pourra donc le lui rendre et réparer la mère « castrée ». Nous avons là en gestation deux grands thèmes KLEINIENS : haine et réparation, envie et gratitude. KLEIN a jusque‑là une conception de la castration de type rétorsif, persécutoire et imaginaire, conception certes réglée par la loi de l’échange : ce qu’un garçon prend à sa mère, il le donnera à sa femme ; ce qu’une fille a reçu de sa mère, elle le donnera à ses enfants. La dimension symbolique de la castration, c’est‑à‑dire la perte qui aura des effets de symbolisation, sera une conséquence de la problématique du deuil, telle que KLEIN la dégagera à l’issue de la position dépressive.

Wilfred Ruprecht BION a construit un nouveau cadre de la cure, très différent de celui des FREUDIENS, avec des règles précises et surtout un maniement du transfert tendant à exclure de la situation analytique toute forme de réalité matérielle au profit de la seule réalité psychique. Celle‑ci est alors conforme à l’image que le psychotique se fait du monde et de lui‑même. Pour les KLEINIENS, tout acte (geste ou parole) qui se produit dans la cure doit être interprété comme l’essence même d’une manifestation contre‑transférentielle sans être rapporté à une réalité extérieure. D’où la création du terme acting in à côté de celui d’acting out. Qu’un patient se gratte la main sur le divan, qu’il ait des maux de tête, cela ne sera pas écouté seulement en fonction de la possible réalité somatique de son irritation cutanée ou de sa migraine, mais rapporté d’abord, par une interprétation, à l’univers fantasmatique de l’analyste, persuadé lui‑même d’avoir induit cet acte à son insu. Cette conception KLEINIENNE et POSTKLEINIENNE du transfert, qui consiste à faire basculer du côté de l’analyste une modalité de la relation d’Objet propre à la psychose afin de mieux comprendre la nature du transfert psychotique, se rapproche de la suggestion et de la télépathie, ou plus exactement, comme le dit FREUD, du « transfert de pensée ».

Ainsi que l’écrit LACAN, le désir est là, dans la situation, à la fois présent et inexprimable. C’est au moment précis où ce qui est près déclore dans l’imaginaire est en même temps là dans la relation verbale avec l’analyste que l’interprétation peut être donnée pour que sa valeur décisive, sa fonction mutative, puisse s’exercer. Il a d’abord traité du transfert dans sa lecture du cas DORA de 1951 : Intervention sur le transfert. Cette année‑là, il définit la relation transférentielle comme une suite de renversements dialectiques et souligne que les moments forts du transfert s’inscrivent dans les temps faibles de l’analyste. A chaque renversement, l’analysant avance dans la découverte de la vérité. Par la suite, dans son séminaire de l’année 1954‑1955, consacré au Moi et aux écrits techniques de FREUD, LACAN inscrit le transfert dans une relation entre le Moi du patient et la position du grand autre (Autre). Sa problématique n’est pas encore totalement en rupture avec les lectures psychologisantes du texte FREUDIEN : l’Autre demeure conçu comme Sujet, et si l’analyste peut faire obstacle à l’établissement ou à l’accomplissement du transfert, c’est du fait de la mise en avant de son Moi. C’est dans le cadre de son séminaire de l’année 1960‑1961, consacré au transfert que LACAN introduit le désir du psychanalyste pour éclairer la vérité de l’amour de transfert. Pour sa démonstration, l’une des plus lumineuses sur le question, il prend appui sur le Banquet de PLATON. Ce dialogue met en scène, autour de SOCRATE, six personnages exprimant chacun une conception différente de l’amour. Parmi eux, le poète AGATHON, élève de GORGIAS, dont on célèbre le triomphe, et ALCIBIADE, homme politique d’une grande beauté, dont SOCRATE a renoncé à être l’amant pour lui préférer l’amour du Souverain Bien et le désir de l’immortalité, c’est‑à‑dire la philosophie. Depuis l’Antiquité, les commentateurs avaient mis l’accent sur la manière dont PLATON utilisait l’art du dialogue pour faire énoncer par les personnages des thèses sur l’amour relevant toujours d’un désir consciemment nommé. Or, l’originalité de LACAN consiste à mettre SOCRATE à la place de celui qui interprète le désir de ses disciples. Devenu psychanalyste, SOCRATE ne choisit pas la tempérance par amour de la philosophie mais parce qu’il détient le pouvoir de signifier à ALCIBIADE que le véritable Objet de son désir ce n’est pas lui (SOCRATE) mais AGATHON. Tel est bien le transfert : il est fait de la même étoffe que l’amour ordinaire, mais il est artifice puisqu’il se porte inconsciemment vers un Objet qui en reflète un autre : ALCIBIADE croit désirer SOCRATE alors qu’il désire AGATHON. Après cette avancée, LACAN introduit dans son séminaire de l’année 1961‑1962, consacré à l’identification, une nouvelle perspective. Le transfert y apparaît comme la matérialisation d’une opération qui relève de la tromperie et qui consiste, pour l’analysant, à installer l’analyste en position de Sujet‑supposé‑savoir, c’est‑à‑dire à lui attribuer le savoir absolu. Enfin, dans son séminaire de l’année 1964, LACAN fait du transfert l’un des quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse à côté de l’inconscient, de la répétition et de la pulsion. Il le définit comme la mise en acte, par l’expérience analytique, de la réalité de l’inconscient. Cette perspective le conduit à nouer le transfert à la pulsion.

bRépétition de prototypes infantiles

Il s’agit là d’une répétition de prototypes infantiles vécue avec un sentiment d’actualité marqué.

Le phénomène de transfert et ses diverses variantes culmine dans l’amour de transfert, comme résistance majeure à la représentation associative chez l’hystérique. Sous cet aspect, le transfert est le lieu originaire de la découverte du rôle fondamental de la psychosexualité dans le déterminisme des névroses. L’évolution de la technique psychanalytique n’a fait que confirmer ce rôle, dans le cadre général du Complexe d’ Œdipe et du report du complexe parental sur l’analyste. En y adjoignant la découverte de l’importance des composantes agressives, hostiles (prégénitales et génitales), qui s’y intriquent dans l’ambivalence des sentiments, on a la seconde composante. Mais de nouveaux développements cliniques sont venus préciser, après FREUD, de nouvelles variétés de transferts. Après que les résistances au et de transfert aient été mieux cernées dans les névroses (BOUVET), et son infiltration par les mécanismes d’identification projective mieux appréhendée dans les états‑limites (ainsi que la massivité même, ou la fragmentation du phénomène, qui a pu imposer pour une absence dans les psychoses), la psychanalyse contemporaine a été mise en présence d’une gamme de transferts narcissiques. Ceux‑ci occupent le champ des transferts idéalisants et des transferts en miroir (KERNBERG, KOHUT) qui imposent l’introduction de divers paramètres appropriés (EISSLER) dans l’aménagement de l’alliance thérapeutique, voire du cadre de la cure.

Cela concerne la facilitation de son développement tempéré, en tant que source d’un matériel privilégié, jusqu’au moment dynamiquement opportun de son interprétation : à savoir lorsque le transfert se comporte à son tour comme une résistance.

C’est lorsque s’actualise la névrose de transfert dans la relation analytique, en lieu et place de la névrose clinique (aux symptômes de laquelle elle se substitue), que l’interprétation peut prendre tout son poids.

La condition vécue de reviviscence affective (mais de façon cependant limitée par le cadre de la cure, et son exigence de verbalisation sans agissement) est seul apte, en effet, à emporter la conviction eu égard à la reconstruction historique énoncée par le psychanalyste, à partir des articulations significatives de l’association libre.

cDésir

Il s’agit d’un désir, d’un mouvement, différents du mouvement fusionnel du psychotique. Il est marqué aussi du sceau pré-oedipien. Avec une ambivalence extrême de la relation « bon et mauvais Objet », qui sont cependant séparés plus qu’ils ne le sont chez le psychotique.

dLa fluidité du phénomène psychanalytique

En fait, il ne faut pas s’y tromper, il n’y a pas initialement tout au moins, de véritable mécanisme d’identification, il n’y a pas non plus de mécanisme de fusion totale, et, de ce fait, le Sujet est condamné à une extrême versatilité, annonçant donc le temps des ruptures, des retrouvailles et des contrats limités.

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