CRPE HISTOIRE CRPE VDS95 LOUIS VIII
Louis VIII le Lion (1223-1226)
Louis VIII a été
surnommé Cœur de lion. Ce surnom fut une modification de celui de Lion
qu'on lui donna après sa mort, parce qu'on lui appliqua une prophétie de Merlin
qui se rapportait à l'année de sa naissance et suivant laquelle le Lion
pacifique devait mourir au ventre du mont. On prétendit que le lion pacifique
désignait le roi Louis et que la ville de Montpensier, où il mourut, était la
panse ou le ventre du mont. Fils de Philippe-Auguste et d'Isabelle de Hainaut,
qui descendait de Charlemagne, Louis VIII naquit le 5 septembre 1187,
monta sur le trône au mois de juillet 1223, et fut sacré à Reims le 2 du mois
suivant avec Blanche de Castille, sa femme. Louis VIII
est le premier des rois de France de la troisième dynastie qui n'ait point été
associé à la couronne par son prédécesseur : Philippe-Auguste se contenta
de le recevoir chevalier avec beaucoup de solennité. Du reste le trône
était de plus en plus considéré comme héréditaire ; par une conséquence
nécessaire, Louis se saisit des rênes du gouvernement aussitôt après la mort de
son père, et il agit en souverain avant d'avoir été sacré. Avant la mort de
Philippe-Auguste, ce prince avait été sollicité par les seigneurs anglais,
révoltés contre Jean, de passer en Angleterre, et il s'était rendu dans cette
contrée. Malgré les vives oppositions du pape, qui le menaçait
d'excommunication, et quoique Philippe eût l'air de désapprouver cette expédition,
rien ne l'avait arrêté : il entra victorieux dans Londres, où il avait été
proclamé roi. Par son activité, il avait soumis promptement ceux qui tenaient
encore pour le monarque détrôné : mais ce malheureux prince étant mort,
tous les vœux s'étaient portés sur son fils ; et Louis,
abandonné par ceux qui l'avaient appelé, puis assiégé dans Londres, n'avait
obtenu la permission de revenir en France qu'en promettant de rendre un jour
aux Anglais tout ce que Philippe-Auguste leur avait enlevé. Ce traité fut la
cause ou le prétexte que Henri III, roi d'Angleterre, donna pour ne pas
paraître lui-même ou se faire représenter au sacre du roi de France, son
seigneur suzerain : loin de là, le monarque anglais envoya des
ambassadeurs sommer le nouveau roi d'exécuter ses engagements, en restituant la
Normandie et les autres provinces confisquées sur Jean Sans terre. Louis
répondit que les Anglais avaient les premiers violé plusieurs clauses du
traité ; et il fit surtout valoir les constitutions du royaume, qui ne
permettaient pas au roi d'en démembrer les provinces sans le consentement des
seigneurs. Aussitôt il rassembla une nombreuse armée, entra dans le Poitou, où
il défit Savari de Mauléon, l'un des plus habiles capitaines de ce
temps-là ; il s'empara ensuite de Niort, de Saint-Jean d'Angely, et vint
mettre le siège devant la Rochelle, qu'il obligea de capituler malgré les
efforts de Mauléon, qui s'y était jeté. Il reçut le serment du vicomte de
Limoges, du comte de Périgord, enfin de tous les seigneurs d'Aquitaine, jusqu'à
la Garonne, et retourna triomphant à Paris. Au printemps il partit des ports
d'Angleterre une flotte de 300 voiles, sous les ordres de Richard, frère
du roi ; et ce jeune prince, étant débarqué à Bordeaux, réunit sous ses
drapeaux un grand nombre de seigneurs, s'empara de Saint-Macaire, et alla
mettre le siège devant la Réole, où il fut repoussé par les habitants. Averti
qu'il arrivait aux Français de puissants secours, il se hâta de se rembarquer
pour l'Angleterre. Louis pouvait sans peine à cette époque soumettre tout le
reste des possessions anglaises dans cette contrée ; et tel parut être son
projet : ce fut en vain que Henri III lui fit écrire par le pape des
lettres menaçantes. Mais le monarque anglais fut plus heureux dans l'offre de trente mille
marcs d argent, pour lesquels
Louis accorda une trêve de quatre ans, au moment où tout semblait l'inviter à poursuivre ses
conquêtes. Le pape Honorius III, que les Anglais avaient mis dans leurs
intérêts, redoubla d'efforts et d'intrigues : pour occuper Louis sur un
autre point, il lui fit embrasser la cause de la maison de Montfort contre le
comte de Toulouse, Raymond, et il le détermina à se mettre à la tête d'une
croisade contre les Albigeois. Quelque franches et loyales que fussent les
explications du comte de Toulouse, il fut déclaré hérétique par le légal du
pape, qui donna au roi de France la possession de ses domaines. Ce monarque
assembla en conséquence une puissante armée, et il marcha contre les Albigeois,
accompagné du légat. Mais en même temps qu'il faisait tous ses efforts pour
conserver la paix, Raymond avait pourvu, avec autant de sagesse que d'habileté,
à tous les moyens de défense ; et tandis que Louis entreprenait cette
guerre inique sans aucune prévoyance, son ennemi
se préparait avec une louable prudence à soutenir la cause la plus juste.
Avignon arrêta pendant trois mois le monarque français, qui ne devint maître de
cette ville qu'après des assauts réitérés et lorsque le fer de l'ennemi, la
disette et la contagion eurent détruit une grande partie de ses troupes. Enfin,
la place capitula, et l'armée française pénétra dans le Languedoc, où tout se
soumit jusqu'à quatre lieues de Toulouse. La saison était trop avancée pour le
siège de cette ville : le roi se hâta de retourner en France ; mais
il tomba malade en chemin et, ayant été forcé de s'arrêter au château de
Montpensier en Auvergne, il y mourut le 8 novembre 1226, à l'âge de
39 ans. Quelques historiens disent qu'il fut empoisonné par Thibault,
comte de Champagne ; mais cela est peu vraisemblable. D'autres pensent que
la maladie à laquelle il succomba venait d'un excès de continence. Guillaume de
Puylaurens rapporte que les médecins, ayant imaginé d'introduire dans son lit
une jeune fille pendant qu'il
dormait, à son réveil elle lui exposa le motif de sa présence :
« Non, ma fille, lui dit Louis, j'aime mieux mourir que de sauver ma vie
par un péché mortel. ». On a beaucoup blâmé Louis VIII de s'être
arrêté au milieu de ses triomphes pour aller soumettre les Albigeois, au lieu
d'expulser entièrement les Anglais de la France ; mais il convient de
dire, à la justification de ce prince, qu'il avait besoin de ménager
l'empereur, qui, en consentant à ne former aucune alliance avec
l'Angleterre, ne voulait pas cependant qu'on profitât de la jeunesse de
Henri III pour le dépouiller : il était de même obligé de ménager les
seigneurs, qui ne voyaient pas sans peine le plus grand vassal de la couronne
traité avec tant de rigueur ; il devait craindre aussi que le pape
n'intervînt en faveur des Anglais, qui d'ailleurs faisaient bonne résistance.
Au surplus la guerre contre les Albigeois, tout injuste et cruelle qu'elle fût,
présentait dans l'avenir d'assez grands
avantages sous le rapport de la politique : le comté de Toulouse devait
être le prix de la victoire, et cette possession eût rendu l'expulsion plus
facile ; enfin Louis ne pouvait pas s'attendre à une mort si prompte.
Juger les opérations d'un monarque qui ne régna que trois ans comme s'il avait eu
le temps d'accomplir ses projets est une grande injustice ; car de ce que
Louis fit la paix après avoir enlevé aux Anglais la moitié des domaines qu'ils
possédaient en France, on ne peut pas conclure qu'il ne pensât pas à leur
arracher le reste, surtout dans un siècle où ces alternatives de paix et de
guerre formaient toute la politique des deux nations. Malgré la brièveté de son
règne, ce prince a marqué sa place entre Philippe‑Auguste et Saint-Louis. Son
expédition d'Angleterre annonce une âme ferme,
au‑dessus de toute crainte, même de celle des excommunications, si redoutables
à cette époque ; il emporta l'estime de la noblesse anglaise, forcée d'admirer
son courage, en se tournant contre lui. Pendant trois ans qu'il fut sur le
trône, il ne cessa de combattre et de vaincre ; il augmenta les domaines
de la couronne par ses armes et par d'heureuses acquisitions. On prétend que
Philippe-Auguste avait dit dans les derniers moments de sa vie : « Les gens d'Église engageront mon fils à faire la guerre aux
hérétiques albigeois ; il ruinera sa santé à cette expédition, il y mourra, et par là le royaume
restera entre les mains d'une femme et d'un enfant. » Cette prophétie a
bien l'air d'avoir été faite après l'événement. Ce qui est certain, c'est que
Louis VIII, comme le remarque le chroniqueur Matthieu Pâris, fut très
dissemblable à son père. Il eut onze enfants de Blanche de Castille, avec laquelle il avait été
marié fort jeune ; à sa mort il ne lui restait qu'une fille, qui prit le
voile, et cinq fils, à savoir : Louis IX qui lui succéda, Robert,
Alphonse, Charles et Jean ; ce dernier ne vécut que quatorze ans :
des trois autres sortirent les branches d'Artois, d'Anjou, du Maine, de
Provence et de Naples.