Quand un PVD tire profit de la grippe aviaire...
Un pays en voie de développement exposé aux conséquences économiques de l'épizootie de grippe aviaire peut-il tirer profit de cette situation ? A qui appartiennent les souches du virus H5N1 responsables de cette maladie animale qui, parfois, se transmet à l'homme ?
Telles sont les questions économiques et éthiques auxquelles viennent de répondre le gouvernement indonésien et la multinationale américaine pharmaceutique Baxter. Pour l'Organisation mondiale de la santé animale, il ne fait aucun doute que l'Indonésie est l'un des pays les plus touchés par l'épizootie.
Dans les milliers d'îles qui constituent ce pays, le virus H5N1 s'est installé de manière endémique dans les populations aviaires. C'est aussi en Indonésie que l'on recense le plus grand nombre de cas d'infection humaine par le virus aviaire H5N1. Tout laisse redouter que la prochaine pandémie grippale hautement pathogène émergera en Indonésie, si elle doit émerger.
Cette situation vient de conduire le gouvernement indonésien à signer un accord sans précédent avec la direction de Baxter International. Il prévoit que l'Indonésie fournira gracieusement à cette société les souches virales de H5N1. En retour, Baxter fournira à un tarif préférentiel les vaccins contre l'épidémie, si la population indonésienne devait être au plus vite protégée.
" Nous avons le virus. C'est nous qui sommes les malades, a expliqué Siti Fadillah Supari, ministre indonésien de la santé. Nous ne souhaitons pas faire partie, comme d'habitude, des pays fragiles qui sont mis en position de faiblesse. " Selon elle, cet accord permettrait, en cas d'urgence, d'assurer à l'Indonésie un approvisionnement de vaccins à un prix abordable.
C'est la première fois qu'un accord de ce type est passé. Jusqu'à présent, les usages en vigueur font que les souches de virus grippaux ne font pas l'objet de tractations commerciales. Après analyse dans les quelques laboratoires spécialisés de virologie existant à travers le monde, elles sont fournies gracieusement aux firmes qui élaborent des vaccins à partir de ces virus.
Après avoir tenté de dissuader le gouvernement indonésien de passer un tel accord, le docteur David Heymann, directeur général adjoint chargé des maladies infectieuses de l'Organisation mondiale de la santé, s'est dit " préoccupé ".
Tout comme la multinationale pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK), en concurrence directe avec Baxter pour la mise au point de vaccins protecteurs contre une prochaine pandémie grippale. Pour sa part, Kim Bush, président de Baxter, ne voit pas où est le problème. Rien, selon lui, n'interdit à l'Indonésie de conclure à l'avenir des conventions avec d'autres firmes.
Jean-Yves Nau
© Le Monde