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16 février 2007

CANADA : LE PEN ET SA XENOPHOBIE ONT UNE PORTEE MONDIALE... L'affaire Herouxville.

Le débat des «accommodements raisonnables» qui a pris en grippe le Québec devient déraisonnable en ceci : plus vous êtes loin d'une population diversifiée, plus la diversité fait peur à la population locale.

Pour avoir exploité à des fins électoralistes la crainte des gens, Mario Dumont devrait avoir honte. Le monde change et en politicien girouette, il frappe sur le clou de la peur ressentie dans le monde rural.

L'ironie de cette exploitation à la Dumont, c'est que plus il y aura d'immigrants dans les villages ruraux, plus cette crainte de l'«autre» diminuera. Un sondage Environics indiquait la semaine dernière qu'au sein de la population musulmane instruite et cultivée, la plus grande peur était... la météo. Très bien acceptés au parlement fédéral, les six députés d'origine musulmane sont six fois plus nombreux, toutes proportions gardées, que leurs homologues du Congrès américain.

Faites une promenade dans les rues de Montréal, vous y observerez des accommodements suivre leur cours normal. Des gens issus de différentes régions, langues et religions vivent ensemble paisiblement et ne se sentent aucunement déchirés par leur religion.

Quelques années plus tôt, le chef spirituel musulman de la communauté Ismaeli, Aga Khan, rencontrait des ministres du cabinet fédéral pour en connaître davantage sur le multiculturalisme d'ici. Après des affrontements tribaux en Afghanistan, Aga Khan voulait financer un plan pour estomper les différences de ce pays déchiré par la guerre. Et c'est à celui-ci que le président afghan fit appel pour implanter chez lui le modèle canadien de multiculturalisme.

Comment se fait-il que dans les pays de ce monde, on ne rejette pas, mais adopte plutôt le modèle de diversité canadienne ? Pendant que la brouille s'installe entre les pays européens et leur démographie en pleine mutation, la majorité des Canadiens accueillent les immigrants et voient en eux un actif pour notre pays. Ce respect du Canada pour la diversité n'est pas arrivé par hasard.

D'abord, le pays s'est bâti sur deux langues et deux religions. Un concept révolutionnaire en 1867 qui, jusqu'en 2007, demeure toujours aussi innovateur, quand on sait que la plupart des guerres éclatent pour des divisions religieuses et linguistiques.

Deuxièmement, plus de cent ans après sa fondation, le Canada fut le premier pays à légiférer sur le multiculturalisme.

Le succès fut tel qu'on vint de partout pour découvrir le secret de la coexistence pacifique et harmonieuse.

Les trois plus grandes villes du pays, Toronto, Montréal et Vancouver, sont des modèles d'intégration et d'interculturalisme. Nous avons été le premier pays à adopter l'Instrument international sur la diversité culturelle, reflet de notre respect pour les différences de culture.

Bâtir des ponts
Notre pays s'est fondé sur la notion de deux langues et de deux cultures vivant ensemble. Si nous jetons la serviette quant à notre propre diversité, comment pouvons-nous montrer la voie aux autres pays qui font face à des divisions ?

Quand des différences raciales et religieuses s'affrontent, habituellement les gens réagissent prudemment. Sauf que la déclaration d'Hérouxville dégage des relents de xénophobie qu'on attend plutôt d'un Jean-Marie Le Pen.

Heureusement, le Congrès musulman canadien envoya une délégation rencontrer la mairie pour dissiper l'incompréhension et les stéréotypes raciaux. Une simple rencontre entre gens différents pour établir des ponts aura plus d'effets qu'une douzaine de commissions d'enquête ou de déclarations politiques.

Les politiciens doivent demeurer prudents quant aux stéréotypes raciaux gratuits, qui ne provoquent que tension et incompréhension. Les gens ont aussi le devoir d'écouter et d'y penser deux fois avant de parler. Trop souvent, des déclarations raciales germées dans l'ignorance ont déclenché des guerres, mais le bon sens des gens peut les stopper.

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