Les déremboursements donnent du tonus à l'automédication en France
En 2006, les Français n'ont dépensé que 26,84 euros par personne en
automédication, moins que les Anglais (43,61 euros) ou que les
Allemands (60,61 euros)
Les
Français sont parmi ceux qui dépensent le moins en Europe en
automédication, c'est-à-dire en produits pharmaceutiques non
remboursables. En 2006, selon les chiffres publiés vendredi 16 février
par l'Afipa (Association française de l'industrie pharmaceutique pour
une automédication responsable), les Français n'ont dépensé que 26,84
euros par personne. Moins que les Polonais (30,88 euros), les Anglais
(43,61 euros), les Italiens (46,96 euros) et surtout beaucoup moins que
les Allemands (60,61 euros).
Second pays d'Europe par sa population, l'Hexagone se situe au 4e rang (1,8 milliard d'euros) pour l'automédication. Il n'a représenté en France que 7 % des ventes de médicaments contre 14 % en Allemagne et 15,1 % en Espagne.
Un décalage qui pourrait se résorber. Les déremboursements, une plus grande sélectivité dans les autorisations de mise sur le marché de médicaments remboursables, amènent d'ores et déjà les Français à autofinancer une part croissante de leurs dépenses de médicaments.
Le marché progresse de plus de 8 % par an et certaines catégories de médicaments, comme ceux concernant le sevrage tabagique par exemple, révèlent un " comportement d'automédication " selon l'expression utilisée par l'Afipa, bien ancré.
En 2006, trois médicaments sur quatre ont été achetés sans prescription médicale pour le traitement du rhume ou de la grippe, un sur deux pour celui de la diarrhée, un sur trois pour celui de la toux et un sur quatre pour des produits d'antalgie. Certains suppléments minéraux autrefois remboursés ne le sont plus.
STABILITÉ DU PRIX PUBLIC MOYEN
Le déremboursement, au 1er mars 2006, de 175 molécules (309 médicaments) a contribué à nourrir mécaniquement la croissance du marché.
Cette croissance ne doit pas masquer toutefois que déremboursement rime avec baisse de prescription et donc réduction des ventes. Plus de 106 millions de boîtes ont perdu leurs acheteurs par rapport à la même période de 2005 (- 61 %). Certains laboratoires comme Sanofi-Aventis, Bouchara-Recordati, Labcatal... ont souffert de pertes commerciales importantes.
Malgré une hémorragie de clientèle, certains produits comme Euphytose (Bayer Santé), Ultra Levure (Biocodex), Bronchokod (Sanofi-Aventis), Oligosol (Labcatal), Efferalgan (Upsa) ont su conserver une part de marché appréciable. La flambée des prix qui avait marqué le déremboursement de certains médicaments n'ont concerné qu'une frange restreinte de produits. L'Afipa indique au contraire une stabilité du prix public moyen qui est passé de 4,53 euros en 2005 à 4,54 euros en 2006.
Yves Mamou
© Le Monde