La rémunération des artistes interprètes pourrait être revue
Droits
LA CONDAMNATION du Ballet Preljocaj, prononcée le 18 janvier par la cour d'appel d'Aix-en-Provence, à payer 473 000 euros à la Spedidam (Société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes de la musique et de la danse) pour régler les rémunérations des musiciens interprétant les musiques diffusées lors des spectacles donnés de 1991 à 2001, a soulevé un tollé dans le milieu du spectacle vivant.
Après le pourvoi en cassation de la compagnie du chorégraphe Angelin Preljocaj, le 6 février, des chorégraphes, des directeurs de théâtres privés et d'opéras, des représentants des syndicats professionnels se sont réunis à Paris dans les locaux du Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), mardi 20 février, pour mobiliser la profession contre le barème des droits en vigueur, et qu'ils estiment inapplicable aujourd'hui.
" On va payer, bien sûr, là n'est pas la question, commente Jacques Jaricot, administrateur du Ballet Preljocaj depuis 2001. Il n'est pas question de remettre en cause les rémunérations aux musiciens-interprètes, mais de revoir le taux actuel, qui est, compte tenu des coûts de production, inconcevable. Pour un ballet comme Roméo et Juliette, que l'on vend environ 12 000 euros et que l'on a joué 105 fois, il nous faut payer environ 20 % de ce qu'on gagne en recettes. C'est une mise en faillite du spectacle vivant. "
L'Association des centres chorégraphiques nationaux revient, dans un communiqué de soutien au Ballet Preljocaj du 19 février, sur le mode de calcul des rémunérations. Elle rappelle qu'un accord avait été passé entre la Spedidam, le Syndeac et les syndicats professionnels en mai 1995, et qu'il a été ensuite remis en question en 1999 sans qu'aucune solution ne soit trouvée.
Du côté de la Spedidam, Xavier Blanc, directeur des affaires juridiques et internationales, évoque les nombreux rappels adressés sans succès au Ballet Preljocaj, assigné depuis 1999. " Après quinze ans de politique de l'autruche, on réalise qu'il y a un problème. Au-delà de la compagnie Preljocaj, c'est tout le secteur chorégraphique qui est concerné. Il y a une sorte d'irresponsabilité de la part des compagnies de danse. On se retrouve dans une logique d'affrontement alors que nous devrions être dans une réalité de partenariat. Que le ministère de la culture s'en occupe enfin est une bonne chose. "
UN GROUPE DE TRAVAIL
La Spedidam se déclare prête à discuter de nouvelles conditions, dans la logique des modifications apportées il y a six mois aux barèmes, à l'intention des petites compagnies de danse.
Vendredi 16 février, le ministère de la culture et de la communication a organisé une réunion. A la demande de Renaud Donnedieu de Vabres, elle rassemblait, sous la houlette du directeur de la musique, de la danse et des spectacles Jean de Saint-Guilhem, des chorégraphes de l'Association des centres chorégraphiques nationaux, des représentants de la Spedidam, du SNAM (Syndicat national des artistes musiciens), du Syndeac et de la Chambre syndicale des directeurs d'opéras-ballets. Un pas énorme, car tous ces groupes aux intérêts conflictuels ne se parlaient plus. Le ministère leur a demandé de se rassembler en groupe de travail afin de " proposer dans les meilleurs délais un projet de barème " et de faire " aboutir très rapidement la convention collective du spectacle vivant ".
Rosita Boisseau
© Le Monde