Mme Royal pose les bases de son pacte avec les " éléphants "
Le rassemblement socialiste a trouvé sa première image : Ségolène Royal et Laurent Fabius marchant côte à côte, samedi 24 février, pour aller déjeuner au restaurant dans la petite commune de La Bouille, la candidate et l'ancien premier ministre ensemble, dans l'après-midi, pour tenir un meeting commun au Zénith, dans la banlieue de Rouen, devant plus de 5 000 personnes.
Sur sa terre d'élection, M. Fabius, battu pendant la primaire du PS, n'a pas chipoté son soutien. Service impeccable : mobilisation de ses partisans, discours plus court pour laisser la place à Mme Royal, un emprunt à Alexandre Dumas - " une pour tous, tous pour une " - et une rose offerte à la fin, accompagnée d'une bise.
Dans la toute récente équipe du pacte présidentiel, où figurent douze autres personnalités du PS, dont Lionel Jospin, M. Fabius occupe une place à part. Il est le premier avec lequel Mme Royal s'affiche. Il est le seul aussi, pour l'instant, à avoir un terrain de jeu défini : l'international. La candidate, qui devrait limiter ses déplacements hors des frontières au minimum pour se concentrer sur la campagne en France, devrait ainsi lui déléguer quelques déplacements. " Vu sa stature d'homme d'Etat, c'est bien normal ", assure un de ses proches. Et cette attribution était souhaitée par M. Fabius. Tout juste de retour d'une mission d'observation au Soudan, c'est d'ailleurs sur ce terrain qu'il a commencé son discours. " Je me trouvais hier soir à la frontière du Tchad et du Darfour ", a-t-il lancé, là où, avec ses " compagnons ", il a " vu l'enfer ". Quelques instants plus tard, ouvrant le chapitre des délocalisations, il glissera : " Moi qui par mes fonctions, et mon intérêt, parcours le monde... "
Après lui, Mme Royal est apparue plus sur la réserve, se contentant de citer une seule fois " Laurent " pour le remercier de son accueil et d'évoquer, au détour d'une phrase, " ce jour qui marque le rassemblement de la famille socialiste ".
Elle a réservé une bonne partie de son discours à promouvoir la " gauche moderne, celle du XXIe siècle, le nouveau modèle, une nouvelle façon, avec des valeurs de gauche adaptées, pour accompagner les mutations et apaiser les inquiétudes ". " Une gauche moderne, nouvelle et efficace qui ne renonce pas à l'espérance du progrès social, à l'égalité réelle " et qui " n'oublie pas de parler de la France et de la nation ", une gauche qui " a les yeux ouverts sur la réalité " et qui " sait que, faute d'être confrontées au réel, les idées se transforment en dogme ". Une gauche que Mme Royal entend incarner, elle et elle seule. " Je serai la présidente de la parole tenue, de l'écoute de la réalité de la vie des gens ", a-t-elle lancé, avant de poursuivre : " J'ai entendu les reproches consistant à dire : le peuple ne peut pas décider de tout (...) mais qu'on cesse de m'accuser de populisme. Je reviens aux sources de la démocratie : on gouverne avec le peuple et pas contre lui. "
Il n'y a pas de " nous " dans son intervention. L'appel aux éléphants ne dessine pas les contours d'un futur gouvernement mais constitue d'abord et avant tout une réponse au débauchage électoral que tente auprès de la gauche François Bayrou.
Le candidat centriste avait-il évoqué, le 19 février, la possibilité pour lui de nommer " un premier ministre de sensibilité de gauche " en exprimant notamment son " estime " pour Dominique Strauss-Kahn ? Le socialiste a laissé dire mais il est lui aussi de l'équipe du pacte présidentiel de Mme Royal. Bernard Kouchner a-t-il donné raison à M. Bayrou de vouloir dépasser les clivages droite-gauche ? Hop, dans l'équipe du pacte !
" Il fallait conforter la gauche dès le premier tour ", admet un proche de la candidate. Toutes les personnalités du PS, qui calculent en silence les " points de crédibilité " que chacun peut apporter, ont désormais une même feuille de route : se déployer pour expliquer, à travers une centaine de réunions publiques prévues, le pacte présidentiel, mais la plupart du temps tout seul. La candidate se méfie toujours de l'image contrastée que pourrait avoir la présence, à ses côtés, des éléphants du PS. " Si c'est elle le chef, c'est bien perçu ", assure son entourage. Mais point trop n'en faut.
Jean-Pierre Chevènement, que Lionel Jospin ne souhaite pas croiser, l'a bien compris. " L'essentiel, c'est que les éléphants n'arrivent pas après la bataille ", écrit le président d'honneur du MRC sur son blog en comparant Ségolène Royal à... Hannibal. Le fabiusien Guillaume Bachelet préfère user d'une autre image : " Le retour de Zidane, Makelele et Thuram n'a pas fait de mal à l'équipe de France. "
Isabelle Mandraud
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