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27 février 2007

Au ban du peloton, Jan Ullrich met un terme à sa carrière

Soupçonné de dopage, le seul vainqueur allemand du Tour de France a annoncé, lundi 26 février, qu'il prenait sa retraite

CHRONOLOGIE

25 MAI 2006.

La radio espagnole

Cadena Ser révèle que Jan Ullrich ferait partie des clients du docteur Fuentes.

30 JUIN.

T-Mobile l'exclut, ainsi

qu'Oscar Sevilla, de l'équipe la veille du départ du Tour de France à Strasbourg.

20 JUILLET.

Début d'une procédure contre le coureur allemand après dépôt d'une plainte pour escroquerie.

21 JUILLET.

T-Mobile le licencie.

16 AOÛT.

La Fédération suisse entame l'examen de son cas.

19 OCTOBRE.

Jan Ullrich résilie sa licence avec la Fédération suisse.

1ER FÉVRIER 2007.

Il se soumet à un prélèvement de salive pour faire une comparaison de son ADN avec les poches de sang retrouvées chez Fuentes.

26 FÉVRIER.

Il annonce sa retraite.

   

 

Il a lu le communiqué annonçant sa retraite devant une affiche le représentant tout auréolé de jaune, au sommet de sa gloire, lorsqu'il remportait le Tour de France 1997. Depuis, le coureur est retombé durement sur terre, les ailes brûlées par le soleil noir de la méforme et des affaires de dopage.

Lundi 26 février, Jan Ullrich a annoncé dans un hôtel de Hambourg la fin de sa carrière de coureur cycliste, à l'âge de 33 ans. L'enfant prodige du cyclisme allemand, le seul à avoir inscrit son nom au palmarès de la Grande Boucle, déclenchant un engouement sans précédent pour la petite reine outre-Rhin, met un terme à une carrière qui l'a surtout vu aux places d'honneur derrière Lance Armstrong.

" J'ai énormément réfléchi avant de prendre cette décision ", a expliqué celui qui, il y a encore un mois, faisait part sur son site Internet de son intention de revenir aux affaires dans le Tour 2007. Et cela alors même qu'il n'avait plus ni équipe ni licence après son renvoi de la formation T-Mobile le 20 juillet 2006 pour suspicion de dopage et son conflit avec la Fédération suisse dont il dépendait depuis son installation sur les rives du lac de Constance en 2002.

Lors de sa conférence de presse, le natif de Rostock (ex-RDA) a assuré être encore " en grande forme " et avoir reçu " sept propositions " de la part d'équipes cyclistes, parmi lesquelles des formations professionnelles. Mais sa volonté de tourner la page après la désillusion de 2006 et son exclusion du Tour de France pour son implication présumée dans l'affaire Fuentes aura été plus forte. " Ma vie sportive s'est écroulée ce jour-là ", a-t-il dit en parlant de ce 30 juin 2006 où T-Mobile a choisi de l'écarter des partants et de mettre ainsi fin à ses rêves d'une deuxième victoire dans le Tour, parce que son nom était cité parmi les coureurs, tous présumés clients du médecin espagnol Eufemiano Fuentes, accusé d'être au centre d'un vaste réseau de dopage sanguin (Le Monde du 27 mai 2006).

Depuis, Jan Ullrich n'a eu de cesse de clamer son innocence, assurant ne s'être jamais dopé de toute sa carrière. " J'ai l'impression d'être un criminel alors que je n'ai jamais rien fait de mal ", a-t-il encore martelé lundi. Le coureur allemand a pourtant bien été contrôlé positif, aux amphétamines, au printemps 2002, quelques semaines après un accident de voiture à Fribourg, où il était rentré dans un hangar... à vélos. Jan Ullrich avait alors attribué son contrôle positif à la prise de cachets d'ecstasy en boîte de nuit, mais avait tout de même été suspendu six mois et licencié par son employeur de l'époque, Deutsche Telekom. En 2003, il signait son retour à la compétition d'une deuxième place dans le Tour du centenaire derrière Armstrong.

" LE CYCLISME PERD UN GRAND NOM "

Cet oscillogramme agité est le cours qu'a en fait suivi toute sa carrière entre 1998 et 2005, après un démarrage en fanfare : souffrant d'un manque de motivation et de rigueur, il néglige sa préparation hivernale, s'éloigne dangereusement de son poids de forme avant de faire le forcing pour rattraper le retard à l'approche de la Grande Boucle. Surtout, le surdoué allemand s'est heurté à partir de 1999 à la suprématie de l'Américain Lance Armstrong, contre laquelle il ne s'est jamais vraiment rebellé. Résultat : cinq places de 2e (en 1996, 1998, 2000, 2001 et 2003), une 3e place en 2005 et une 4e en 2004.

" Le fait est que le cyclisme perd un grand nom ", a réagi le quintuple vainqueur du Tour, Eddy Merckx, après l'annonce de la retraite de l'Allemand. Mais Jan Ullrich ne quitte pas complètement le cyclisme. Il a indiqué dans son communiqué qu'il avait l'intention de devenir " consultant et représentant " de Team Volksbank, une formation autrichienne de deuxième division. Fort de son expérience, l'ex-coureur devrait notamment s'occuper de la formation des jeunes que compte cette équipe.

Une initiative que l'ancien champion olympique allemand de poursuite par équipes en 1964, Karl Link, voit d'un mauvais oeil. " Il ne faut pas le laisser s'occuper de jeunes coureurs ", a-t-il déclaré à propos de Jan Ullrich, pur produit du système est-allemand. Le désormais tout nouveau retraité du peloton, qui avait remporté le Tour à seulement 23 ans, doit au moins avoir appris qu'il ne faut pas forcer les choses dans l'éclosion des jeunes talents. Sous peine de leur brûler les ailes.

Christophe Lehousse

 

 

© Le Monde

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