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27 février 2007

Les terrains anciens sont les plus propices à la recherche de la vie

            

LE LOINTAIN passé de Mars va modifier le proche avenir de l'exploration de la planète. Les découvertes de l'européenne Mars Express et des américains Spirit et Opportunity vont très probablement réorienter vers les terrains les plus anciens les recherches d'éventuelles traces de vie martienne. Dans cette quête, rappelle Jean-Pierre Bibring, " ce qui compte n'est pas tant de savoir si de l'eau a coulé, mais si ce liquide a perduré suffisamment longtemps pour qu'une évolution biochimique puisse se développer ".

Les écoulements, aussi violents qu'éphémères, ont pour principal intérêt d'avoir contribué au dévoilement de couches enfouies qui peuvent témoigner des temps reculés où l'eau a pu stagner sur Mars. Ils ont ainsi désigné aux prochains explorateurs des cibles de choix, telles ces argiles identifiées par le spectro-imageur Omega de la sonde de l'Agence spatiale européenne (ESA). Celles-ci peuvent avoir conservé les traces fossilisées d'une forme de vie élémentaire, en les protégeant durant des milliards d'années de l'environnement martien, devenu très hostile.

Déjà, la sonde américaine Mars Reconnaissance Orbiter (MRO) s'est lancée sur ces nouvelles pistes. Ce vaisseau de la NASA, entré dans sa phase d'activité scientifique à l'automne 2006, a fait basculer l'exploration martienne dans l'ère de la haute résolution, grâce à sa caméra Hirise, digne d'un satellite espion terrestre, et son spectro-imageur Crism. Ce petit frère d'Omega surpasse son aîné en précision : là où le premier distingue des formes de 300 mètres, le nouveau venu peut scruter des détails d'une trentaine de mètres. Comme il perd en largeur de vue ce qu'il gagne en définition, Crism a besoin d'être guidé vers des zones précises. Son équipe a donc entrepris de revisiter prioritairement tous les sites où Omega a détecté des minéraux hydratés.

Ce relevé fin des argiles et des sulfates, appuyé sur une topographie très précise des lieux, devrait commencer à être publié au printemps. Il jouera un rôle majeur dans le choix du site d'atterrissage du futur gros robot explorateur américain, Mars Science Laboratory (MSL), dont le lancement est prévu en 2009. Chaque planétologue a bien son idée sur la région qui devrait avoir l'honneur de recevoir l'engin, coïncidant souvent avec l'emplacement de ses propres découvertes. Pour l'heure, les endroits désignés par Mars Express sont les mieux placés dans les listes de la NASA. Dédié à la recherche des " niches " ayant pu abriter la vie en surface, MSL ne dispose pas de meilleur terrain que les argiles pour fouiller dans le passé de Mars.

Dans le meilleur des cas, il pourrait y découvrir les traces microscopiques laissées par des organismes animés, avant que la catastrophe climatique qu'a connue la planète n'interrompe ce cycle de vie. Même sans aller jusqu'à cette hypothèse optimiste, l'étude in situ des minéraux fournirait un éclairage crucial sur cette enfance martienne. " Personne n'a détecté de grands massifs formés de carbonates, mais on pourrait peut-être en retrouver de petits grains contenus dans l'argile, comme on en a vu dans les météorites qui proviennent de Mars, explique M. Bibring. Cela constituerait une indication majeure de la présence durable d'eau liquide à la surface. Ces analyses nous renseigneraient sur nombre de points, comme la pression atmosphérique de ces premiers âges, avant que le CO2 ne s'échappe. "

RETOUR D'ÉCHANTILLONS

L'altitude de ces sites, sur des terrains plus élevés que ceux des précédents atterrissages, ne semble pas opposer d'obstacle majeur à leur étude. " L'atmosphère de Mars est si ténue que les robots ont tout intérêt à se poser le plus bas possible, pour disposer d'une capacité de freinage maximale, explique Francis Rocard, responsable de l'exploration du système solaire au Centre national d'études spatiales (CNES). Mais les techniques de la NASA ont tellement progressé que seuls les massifs volcaniques très élevés sont exclus du champ d'action de MSL. "

Ce critère risque en revanche d'être plus pénalisant pour le choix du site d'atterrissage d'ExoMars, le futur robot de l'ESA, qui ne maîtrise pas encore cet art de la rentrée dans l'atmosphère de la planète. De multiples autres difficultés techniques devront de toute manière être résolues par l'agence européenne pour tenir la nouvelle échéance de lancement, repoussée en 2013. A cette date, l'engin, dévolu à la recherche des conditions d'une vie sur Mars, devrait lui aussi se tourner vers le passé de la planète et ses minéraux témoins - à moins que d'ici là les connaissances ne soient bouleversées par une autre découverte, comme l'éventualité de bactéries ayant survécu dans des nappes d'eau liquide souterraine.

Après MSL, Exomars contribuera à préparer le point d'orgue de l'exploration robotisée : un retour d'échantillons sur Terre, pas avant 2020. Une mission de ce type est programmée par l'ESA, mais les coûts et les difficultés sont tels qu'il paraît douteux que l'Europe puisse y parvenir seule. La NASA a aussi travaillé sur de nombreux projets. " Face à leur complexité, l'agence a fait savoir qu'elle ne se lancerait que lorsqu'on lui fournirait un site précis, où elle pourra prélever les traces d'une forme de vie ", dit M. Rocard. En l'état actuel des connaissances, ce morceau de Mars rapporté sur Terre pourrait bien être un bout de son passé.

 

 

© Le Monde

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