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28 février 2007

" L'exception française, au sens péjoratif du terme, se perpétue un peu trop "

Comment la campagne française est-elle perçue en Europe ?

La tournure des débats, en particulier sur l'euro, a beaucoup surpris. Les voisins européens de la France y ont vu un procès excessif. Le sentiment dominant est que l'exception française, au sens péjoratif du terme, se perpétue un peu trop. Il est regrettable que l'Europe soit souvent considérée comme un bouc émissaire, ou comme un rempart auquel on fait appel, plutôt que vécue comme un accélérateur de chances, et un levier pour adapter notre pays.

Les discours défensifs renvoient à un malaise français, à un doute profond sur nos chances de faire face à l'évolution du monde. C'est ce doute qui pose le plus question à nos partenaires.


L'Europe n'est pourtant pas très présente dans les débats ?

Lorsqu'elle l'est, c'est de façon très contestable, car les critiques ne s'appuient pas sur une bonne connaissance de l'Union. Il y a eu le coup de boule du référendum, comparable à celui de Zidane. Il ne sert à rien maintenant de pleurer dans les vestiaires, il faut revenir. Les allusions à l'euro fort, les attaques contre la Banque centrale européenne, sont souvent fondées sur une fausse appréciation : le débat sur l'euro et la hausse du coût de la vie occultent, par exemple, le fait que l'inflation a été maîtrisée depuis la création de la monnaie unique.


Est-il judicieux de chercher à capter l'électorat du non ?

Il ne faut pas que le non de 2005 génère le silence, une parole faussée ou le repli sur soi. C'est un grand danger. D'autant plus que le non lui même portait pour certains un fort désir d'Europe. Un discours qui n'explique pas ce que l'on veut faire de l'Europe ne rassurera pas ceux qui ont voté non. Il faut leur expliquer comment mener au niveau européen des chantiers indispensables pour la France, comme ceux de l'immigration, de la lutte contre le réchauffement climatique, de l'insécurité ou de la recherche.


C'est ce que Mme Royal appelle l'Europe par la preuve ! Mais cette Europe concrète semble faire du surplace ?

Mme Royal n'a pas le monopole de cette formule. Je souhaite que les candidats s'engagent sur les grands chantiers à l'ordre du jour. Sur le dossier énergétique, Paris a fait des propositions ; la France a des arguments à faire valoir, avec le nucléaire, et pourrait prendre la tête de cette révolution énergétique. Mais il ne faut pas qu'elle soit frileuse et joue les élèves de seconde zone. Il existe un trépied que les candidats ne doivent pas perdre de vue : une France qui cesse de douter d'elle-même, une Europe capable de faire la course en tête dans un certain nombre de domaines, et des adaptations institutionnelles.


Quel est le bilan de M. Chirac en matière européenne ?

Il n'est pas possible de faire porter seul à M. Chirac la responsabilité des difficultés de l'Union. M. Chirac a tenté de faire avancer l'Europe de la défense au service de la paix. Il y a eu des progrès avec un état-major européen, une agence de la défense. M. Chirac aurait pu aller plus loin s'il n'y avait pas eu la guerre en Irak. Ce conflit a eu un effet très néfaste car il a empêché l'engagement du Royaume-Uni dans le fil du sommet de Saint-Malo - de 1998 sur la défense - . Pour le reste, les difficultés économiques rencontrées par certains pays ont suscité un certain repli nationaliste. La France n'est pas exempte de ce reproche. Le concept de patriotisme économique revient à du nationalisme.

Propos recueillis par Thomas Ferenczi et Philippe Ricard

                     

© Le Monde

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