VDS95 PSYKA PERSONNAGE 020707
aTypologie
Dans l’attitude de ces personnages comiques (dont l’exemple le plus frappant nous est fourni par le bouffon de cour bafouant les conventions sociales) de légères traces de la signification originairement révolutionnaire du symbole phallique matriarcal. On trouve une allusion à ce point dans une des préfaces de G. B. SHAW : « Tout despote doit pour être maintenu dans un état sain, avoir un Sujet déloyal… La démocratie de nos jours a confié le sceptre du despote au peuple souverain, mais le peuple a besoin, lui aussi, d’un confesseur et ce confesseur s’appelle la Critique. La Critique n’est pas seulement médicalement salutaire, elle exerce sur le peuple une attraction positive par sa cruauté, ses allures et ses procédés de gladiateur, la satisfaction qu’elle procure à la jalousie en s’attaquant à ce qui est grand et celle qu’elle procure à l’enthousiasme en jouant ce qui est bien. Elle peut dire des choses que beaucoup voudraient dire, mais n’osent pas… Ses iconoclastes, ses révoltes, ses blasphèmes lorsqu’ils sont bien dirigés taquinent ceux qu’ils choquent. C’est ainsi que la Critique cumule les privilèges du bouffon de cours avec ceux du confesseur. Si GRAICK GARRICK avait appliqué au docteur JOHNSON le surnom de PUNCH, il aurait dit une chose profonde et spirituelle, tandis que le docteur JOHNSON, en lançant cette épithète à GARRICK, n’a utilisé que l’injure la plus minime qui puisse s’adresser à un acteur. »
Si les personnages des contes sont stables, le monde est instable selon les contes. Il est en effet intéressant de remarquer que les études morphologiques, comme celles attachées au sens caché des contes, ont redécouvert chacune à leur manière cette plasticité du monde physique et cette apparente rigidité des personnages qui les confine au rang d’archétype. Face à cette multiplicité fluctuante mais bien rangée, les actions qu'ont à charge ces entités subissent elles-mêmes une inflation dramatique à la hauteur de la radicalité de leur essence : défis de sagacité, exploits physiques, combats, etc. se succèdent, frisant toujours une issue fatale.
Il nous faut à cet endroit revenir à la perception que l'enfant (et dans une certaine mesure, comme nous l'avons précédemment suggéré, une tranche de la population plus âgée) a de son environnement : pour lui, qui n'a guère de référentiel quant à la durée d'une épreuve, qui sait ses capacités diminuées par rapport à celles de son entourage adulte, et qui n'a pas encore beaucoup l'expérience de l'autonomie et de la possession du monde, toute épreuve, aussi minime soit-elle, lui apparaît comme une opposition titanesque. A nouveau, le conte rejoue cette disproportion avec ses personnages ; il y fournit même un apaisement, soit par la réussite (non obligatoire) de l'épreuve, soit par le traitement dédramatisé, que nous évoquions dans le chapitre précédent, que subit cette dernière. Ainsi les monstres, les ogres et les sorcières sont-ils des exagérations en regard du monde quotidien, mais ils s'adaptent tout simplement à la mesure de l'angoisse ressentie ; ils lui fournissent une expérience codée, appropriée et appropriable, et plus loin encore maîtrisable.
Dans le conte, tout élément physique – quelle que soit sa nature – se trouve doué d'une double capacité de sortir de son état et d'agir comme un être pensant ; ce sont là les conséquences de l'appropriation. Ceci dit, il est intimement lié à l'unicité de son identité : il n'est conçu que comme unidirectionnel, monolithique. Ses intentions ne changent pas : il est méchant ou bon, mais pour convenir aux besoins de la différenciation, il ne peut ni muer ni dévier de sa nature sans porter un préjudice décisif aux conceptions manichéennes qui président au conte (et à travers lui à l'inconscient).
L'enfant découpe le réel en tranches de permanence, pour éviter d'être englouti par le manque de cohérence de ce dernier. Que sa mère le gronde, et par là même devienne une entité incompréhensible, loin de l'amour qu'il attend d'elle, il en fait dans son esprit deux : une sympathique, et une autre hostile. Il scinde en deux personnages constants cette personne fluctuante, selon son comportement (ses actes) et non selon son identité propre. Ainsi le conte permet une expression simple de mécanismes difficiles à cerner, et surtout pour l'enfant lui‑même. Ils vont en fait un peu plus loin que lui : s'il présuppose un clivage dans l'entité " mère ", en d'autres termes si la distinction qu'il fait entre bonne et mauvaise incarnation est vraie pour son inconscient mais contestée par l'affirmation de ses sens (sa mère est toujours identique à elle-même, au moins physiquement), il ne se le formule que rarement aussi radicalement. Cela reste une sorte d'idée, de penchant un peu nébuleux ; le conte, en lui donnant une structure imagée où ce pré-sentiment rencontre un écho plus abouti, résonne en lui d'une façon très sensible. Et même à des âges plus avancés : l'ambivalence des personnages que mettent en scène ces histoires, sous leur apparente immuabilité, reste de nos jours au moins, l'un des plus grands attraits de ces formes de narration.
Si une telle démarcation n'est ni flagrante, ni systématique dans le monde quotidien, elle est très bien illustrée dans le domaine du conte, par l'apparition fréquente de la marâtre comme image négative de la mère. La belle mère, invariablement hostile, vient dans le foyer comme pour nuire à l'enfant du premier lit. Elle lui enlève le père aimé, mais plus que cela elle s'en prend directement à lui - illustration de cette connivence aux sensibilités refoulées que nous avons déjà décelée dans nos textes (la jalousie qu'éprouve l'enfant se traduit par la méchanceté de cette fausse mère, qui est de plus renforcée par son assimilation à la mauvaise mère du domaine réel).
iProjection du « lecteur enfant » sur la marâtre / anti-héros
Dans tous les cas de figure, la marâtre, peut correspondre à une incarnation mauvaise de la mère ; mais elle peut aussi être habitée par une parente que craint l'enfant (une grand-mère par exemple) ; et, plus loin encore, elle peut être l'incarnation des pulsions de l'enfant lui-même, des penchants qu'il condamne déjà en lui (cela donc ne peut arriver qu'après la crise œdipienne) et qu'il incarne dans une image de son " mauvais moi ", distinct de l'idéal du héros. De là il ne faut pas loin pour trouver dans chaque intervenant autre que le héros (appelons ces derniers des personnages transversaux) une incarnation d'une partie refoulée du lecteur, une incarnation de lui-même, de certains instants de son existence, qui ne correspondent pas à l'idéal qu'il s'en fait - place dévolue au héros ; dans cette optique chaque personnage du conte équivaut donc à un " Moi de cet instant ", de " cet " instant " où j'ai agi de la même façon ".
Citons pour exemple Blanche Neige, Cendrillon, la Belle et la Bête, la mauvaise fée de la Belle au Bois Dormant, la sorcière dans HANSEL et GRETEL y répondent tout aussi bien. Dans Blanche Neige, la sorcière est jalouse de sa belle fille ; elle est une image de la méchante mère, qui, pour l'enfant, voit dans sa descendance une rivale. Maintenant, la méchante sorcière tente Blanche Neige par des appâts qui lui promettent plus de beauté encore (un ruban, un peigne) : Blanche Neige y succombe, allant par là vers le même narcissisme que celui de sa belle-mère. Elle s'efface à son profit - et tombe dans le coma, laissant la reine seule, incarnation de ses mauvais penchants pour l'orgueil, habiter l'histoire. De fait, la sorcière est aussi (mais pas seulement) une incarnation des pulsions d'orgueil, de narcissisme de notre héroïne, et donc du lecteur. Ce dernier les refusant, le conte permet de les mettre en scène sous la forme de l'opposant - autrement dit de ce qu'il faut dépasser.
On peut aller plus loin encore, et trouver dans les personnages masculins une homologie de construction avec les Barbe Bleue, les Ogres, les loups parfois, etc.
L'exagération des traits, les motivations intrinsèques à leur nature, l'absence de nom individuel au profit d'une appellation se faisant par les caractères physiques (BLANCHE NEIGE, BOUTON D'OR, etc.), la répétition des formes et des identités d'un conte à l'autre (l'omniprésence du prénom Ivan dans les contes russes, la persistance de la nature de l'opposant - le loup, BABA YAGA, l'Ogre, la Marâtre, etc.), tout concourt à cette prédestination du personnage.
Dans l’attitude de ces personnages comiques (dont l’exemple le plus frappant nous est fourni par le bouffon de cour bafouant les conventions sociales) de légères traces de la signification originairement révolutionnaire du symbole phallique matriarcal. On trouve une allusion à ce point dans une des préfaces de G. B. SHAW : « Tout despote doit pour être maintenu dans un état sain, avoir un Sujet déloyal… La démocratie de nos jours a confié le sceptre du despote au peuple souverain, mais le peuple a besoin, lui aussi, d’un confesseur et ce confesseur s’appelle la Critique. La Critique n’est pas seulement médicalement salutaire, elle exerce sur le peuple une attraction positive par sa cruauté, ses allures et ses procédés de gladiateur, la satisfaction qu’elle procure à la jalousie en s’attaquant à ce qui est grand et celle qu’elle procure à l’enthousiasme en jouant ce qui est bien. Elle peut dire des choses que beaucoup voudraient dire, mais n’osent pas… Ses iconoclastes, ses révoltes, ses blasphèmes lorsqu’ils sont bien dirigés taquinent ceux qu’ils choquent. C’est ainsi que la Critique cumule les privilèges du bouffon de cours avec ceux du confesseur. Si GRAICK GARRICK avait appliqué au docteur JOHNSON le surnom de PUNCH, il aurait dit une chose profonde et spirituelle, tandis que le docteur JOHNSON, en lançant cette épithète à GARRICK, n’a utilisé que l’injure la plus minime qui puisse s’adresser à un acteur. »
Certains auteurs utilisent des personnages historiques connus comme JEANNE D’ARC, ALIENOR D‘AQUITAINE, qui ont laissées leur nom dans la mémoire collective et dont les actions sont historiquement attestées. Mais quelques auteurs utilisent des personnages qui ont existé mais qui ne sont pas ou peu connus mais qui ont participé à une action, un événement historique connus. Avec ces personnages, les auteurs nous font participer à de grands évènements qui ont façonné notre passé : biographie romancée d’une famille royale, guerres... C’est un type de roman difficile à écrire, puisqu’il faut introduire de l’imaginaire dans une vérité bien connue par des sources scientifiquement étudiées. Ces romans permettent de donner à l’enfant une autre vision du personnage ou de l’événement historique qu’il a vu et appris pendant ses cours d’histoire. Par exemple Brigitte COPPIN a écrit un roman sur la vie d’ ALIENOR D’AQUITAINE.