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10 juillet 2007

VDS95 PSYKA OBJET MAGIQUE 090907

Il intervient surtout lorsqu’il s’agit de différencier le héros de l’opposant. En effet cet objet magique apparaît régulièrement, dans un premier temps, comme un pont entre quêteur et opposant, ou faux héros. C'est ainsi que l'on comprend mieux la fusion du rôle de l'opposant et du donateur, que décrivait PROPP, lorsqu'il s'agit du don de cet objet : il est souvent soutiré à l'ennemi ; et ce que l'on sait maintenant de son caractère équivoque nous éclaire cette remarque structurale d'une nouvelle interprétation.

Dans un premier temps, l'objet fait un lien entre les éléments bientôt séparés. L’objet magique les met à un même niveau. Cela ne va pas sans nous rappeler l'appropriation. Cet objet, avant de servir d'opérateur à la différenciation, sera toujours plus ambivalent qu'il n'y paraît.

La 2nd étape de l’objet magique est celle de la différenciation. Le héros est dégagé de ses mauvais penchants : l'objet sert alors, par son ambivalence, à marquer cette différence.

Mais que se passe-t-il après que cet objet ait rempli sa fonction ?

Le héros est bien délimité, débarrassé de ses ‘alter ego’ plus ou moins manifestes : il a absorbé en lui les penchants qu'ils incarnaient. Plus qu'une simple élimination du " mauvais moi " ou de l' " autre moi ", il a acquis un caractère plus nuancé en reconnaissant ses côtés inavoués - pour les dépasser ou les assumer.

Il n'est plus un, entier, il est clivé. Le conte nous montre par la défection et l'abandon d'une grande part de ses incarnations (la mort des personnages transversaux) que le héros les englobe maintenant. Il n'en a plus besoin ; ce qu'il a découvert par leur biais, il l'incarne maintenant pleinement, non comme des facettes distinctes et différenciées parce qu'expressions d'une vérité intolérable (on se rappellera ici comment l'enfant opère le clivage de sa mère pour en conserver une image plurale mais entière plutôt que nuancée, qu'il ne saurait maîtriser), mais comme une entité unique, changeante mais bien définie, à l'image de tout individu réel. Ce qui est acquis, c'est une reconnaissance des zones refoulées, inavouées : nous retrouvons là le territoire de la névrose mis parfaitement en image par cette transposition.

Le héros, tout entier réceptacle de valeurs positives, ne peut être compromis par des sentiments réprouvés (il est toujours en position de les éprouver, comme Cendrillon pourrait être contente de la jalousie de ses sœurs, Blanche Neige de celle de sa belle mère, etc., mais le texte nous explicite toujours clairement qu'il n'a pas la moindre once de ce genre de penchants en lui) ; ses pulsions sont confiées à l'opposant. Que ce dernier soit systématiquement tué par ce qui le fonde, c'est-à-dire ses mêmes pulsions, n'est pas innocent.

On voit bien ainsi que le conte nous rappelle, en le mettant en scène, que ces pulsions enfin nommées, reconnues, peuvent être sinon dissoutes, du moins acceptées. Le méchant, dans ses penchants, et souvent dans sa punition exemplaire, nous montre aussi jusqu'où peut être poussée la surenchère pulsionnelle si l'interdit ne vient la tempérer, en jouant avec les trois interdits fondamentaux que FREUD a posés dans Totems et Tabous : le meurtre, le cannibalisme et l'inceste. Faut-il voir en ce recours au pire de la violence l'expression de traditions séculaires, une illustration de l'abjection aussi exagérée que tout ce qui est inclus au conte selon la logique propre à ce dernier, ou une mise en garde sur la nécessité de l'interdit (et de la névrose) ?

iAutres exemples dans les contes

Dans Le petit Poucet, le cannibalisme incestueux est la punition de l'Ogre. Dans Le Petit Chaperon Rouge, le cannibalisme est clairement opéré par le loup ; idem pour Blanche Neige, où la Reine s'y essaye (il est d'ailleurs étonnant de remarquer que Blanche Neige est sauvée en crachant un morceau qu'elle n'a pu avaler), etc.

La pomme de Blanche Neige est partagée par les deux femmes ; le chausson de Cendrillon est essayé par les trois femmes ; la clef de Barbe Bleue leur ouvre un même horizon coupable ; les coiffes du Poucet et de ses frères sont le pendant des couronnes des filles du monstre.

La pomme est à moitié verte, à moitié rouge ; la clef, pour la femme, sera tâchée de rouge ; la pantoufle n'ira qu'à Cendrillon - pour les autres ce sera l'amputation sanglante ; couronnes et bonnets (les caractères des personnages, que l'on confond ici encore avec leur réalité), expression déjà scindée en deux parties d'une même ‘sur catégorie’ (les couvres chefs) à laquelle appartient l'objet magique, entraîneront par leurs natures légèrement différentes le meurtre de la mauvaise part.

Il a appris ses propres défauts : Blanche Neige n'est plus orgueilleuse, le Petit Chaperon Rouge a retenu les dangers de la régression (et de la séduction), la femme de Barbe Bleue a vu sa jalousie, etc.

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