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7 août 2003

PSYCHANALYSE AUTISME

Chapitre 33 AUTISME : 1

a Son histoire. 1

i BLEULER en 1911. 1

ii KANNER en 1935. 1

iii « Syndrome d’ASPERGER », années 80. 2

iv De nos jours : la neurologie. 2

b Ce qu’on peut en dire. 2

i Différence entre la France et les USA.. 2

a BETTELHEIM... 2

Un Quelques une de ses analyses. 2

ii Le délire autistique. 2

iii L’autisme infantile précoce. 2

a Symptômes. 3

c Symbolique. 3

i Torchon tripoté (BETTELHEIM) 3

d K.. 3

i Les « élevés par des animaux » (BETTELHEIM) 3

ii « JOEY, l’enfant mécanique » (BETTELHEIM) 3

aSon histoire

Du grec « autos » (soi-même). Terme forgé par BLEULER, psychiatre SUISSE, en 1911, pour décrire le détachement de la réalité ou absolue de la vie intérieure. L’autiste est un introverti où l’intérêt pour les préoccupations d’ordre imaginaire prédomine sur le souci de la réalité. Le comportement n’est plus en rapport avec la logique. La pensée et ses intimations ne revêtent plus qu’une signification subjective. Ce recul, cette distance mise entre le Sujet et le monde, crée bien cette attitude de représentation qu’on pourrait nommée « vision monarchique », et le psychiatre à son tour peut parler de tour d’ivoire pour le Sujet : ce dernier s’éloignant en entier du mondre pour regarder d’en haut, en aristocrate, les autres se débattre.

Par exemple : un Sujet situe les points cardinaux d’après ses références personnelles : le nord se localisant devant lui. De même, un Sujet qui urine confond cet acte avec la pluie et imagine toute une rêverie dans lequel il arroserait le monde.

Il écrit Chil Psychiatry, c’est un livre de référence qui comptera quatre éditions et aura fait l’objet de quatorze réimpressions en 1972. En 1943, il apporte vraiment sa pierre à l’édifice en publiant un article considéré comme fondateur. Il y expose les cas de onze enfants qu’il a suivis pendant plusieurs années et qui semblent coupés de leurs parents depuis leur plus tendre enfance. Ces enfants étranges vivent dans un monde à eux, souvent impénétrable. Il est le premier clinicien aux USA à considérer que ce comportement constitue un syndrome unique, qu’il baptise « autisme infantile précoce ». Sur les onze cas qu’il étudie, les trois caractéristiques principales qu’il décrit demeurent à l’heure actuelle celles qui définissent l’autisme :

1.       troubles de la relation sociale, caractérisés par une certaine réserve et un manque de réciprocité

2.       incapacité à communiquer, manifestée par le mutisme, l’écholalie, ou une mauvaise utilisation de l’intonation verbale

3.       répétition de comportements stéréotypés notamment chez les enfants, comme se balancer ou tripoter des Objets et, pour certains Sujets plus âgés, un comportement marqué par des routines compulsives obsessionnelles, comme apprendre par cœur les horaires des trains ou des avions

Dans les années 80, alors que les recherches et les idées de Hans ASPERGER sont mieux connues, quelques cliniciens étendent la définition de l’autisme en y intégrant les troubles apparentés qu’on note chez certains enfants qui parlent couramment, quoique bizarrement, à l’âge de cinq ans, et finissent à l’âge adulte par s’adapter plus ou moins, voire à se réintégrer presque totalement. Ils demeurent toutefois « extrêmement égocentriques et renfermés ».

L’ensemble des professionnels du secteur médical et thérapeutique s’accorde à reconnaître l’autisme comme un trouble du développement dont les origines sont soit génétiques, soit liées à des lésions ou des maladies neurologiques. Si KANNER et ASPERGER suspectent déjà des causes neurologiques à l’autisme, ils manquent de preuves solides et au tout début de ses investigations, KANNER considère même l’environnement psychologique de l’enfant autistique comme une cause importante de sa pathologie. Ses premières découvertes le persuadent que la plupart des parents d’enfants autistiques sont d’un excellent niveau intellectuel, égocentriques, absorbés par leur carrière, émotionnellement distants, et qu’ils maintiennent soigneusement leurs enfants malades à l’abri. Il regrettera ensuite la métaphore glaçante qui le désigne tout naturellement comme le père du mythe tenace dénonçant ces « mères‑réfrigérateurs » employée à leur égard : « dans un réfrigérateur qui ne dégivre pas ».

bCe qu’on peut en dire

La nosologie française continue de placer l’autisme dans le cadre des psychoses de l’enfant. Mais selon les recherches les plus récentes de la psychiatrie américaine, l’autisme infantile serait plutôt un trouble global du développement mental distinct des psychoses tout au long de son évolution. L’absence d’expression délirante et hallucinatoire serait une différence clinique fondamentale de l’autisme.

En 1955, il demande une subvention de 673200 dollars à la fondation FORD pour étudier l’autisme et les dynamiques du développement de l’ego chez l’enfant. En traitant sans relâche des enfants autistiques sur une période de sept ans, il espère espérer à cerner la thérapeutique la mieux adaptée pour briser la carapace et reconstruire enfin leur identité.

Il présente les tableaux de comportements de plusieurs enfants avec ses commentaires cliniques. Les mères autistiques sont remplies d’une grande colère contre tous les membres de leur famille, ou manifestent un gigantesque désir d’humiliation à l’égard de leurs enfants, qui deviennent autistiques ; les pères, eux, entretiennent une distance implacable et paranoïde avec leur épouse. Même si BETTELHEIM veut sincèrement aider les enfants, il reconnaît aussi que cette pathologie a un attrait considérable du fait de sa nouveauté et du mystère qui l’entoure ; sans compter que son talent pour conter les histoires de cas ajoute à la fascination.

Est typiquement la forme évoluée du délire rencontré dans certains cas de schizophrénie. Il s’agit d’un délire chronique qui aboutit à la constitution d’un monde hermétique, impénétrable, non communicable, qui tend à se clore sur lui-même. Exprimé dans un langage abstrait, au symbolisme idiosyncrasique, il procure à l’interlocuteur une impression d’un amalgame de constructions imaginaires et hallucinatoires incohérentes, dont il est impossible de percer tous les arcanes, et qui témoignent d’une conception étrange et bizarre profondément aliénée du monde.

Décrit par Léa KANNER en 1943. Il est de 5 et 10 pour 10000, atteint trois à quatre garçons pour une fille. Désigne un syndrome psychiatrique propre au très jeune enfant qui n’a rien à avec la schizophrénie.

Son trait pathologique déterminant est un trouble grave de la communication avec autrui, trouble massif de la structuration et de la valeur communicative du langage ou mutisme complet. Il se manifeste par des répétitions inlassables de gestes, mouvements, sons ou mots (écholalie), et une résistance aux changements et des réactions inattendues à la modification des habitudes. Le développement de l’adaptation sociale et affective est très altéré, le sujet est considéré comme bizarre, incompréhensible.

cSymbolique

Il suggère, par exemple, que le torchon tripoté compulsivement par un des garçons constitue une sorte d’écran onirique représentant le sein fantasmé ; ou encore que cette manipulation du torchon permet à l’enfant de simuler « une autosuffisance mégalomaniaque du corps et de ses organes ».

dK

Ses patients autistiques n’ont pas été élevés par des loups, pourtant beaucoup d’entre eux se comportent comme des animaux : ils urinent et défèquent dans leurs culottes « sans avoir l’air de le savoir » ; ils se déshabillent et déambulent nus, en poussant des cris et des hurlements au lieu de parler : certains se gavent de légumes crus et piquent des crises épouvantables si on les leur refuse. D’autres lèchent du sel pendant des heures, mais uniquement sur leurs mains. Certains se construisent un repaire dans un coin sombre ou dans un cagibi et ne veulent dormir nulle part ailleurs, préférant rester là jour et nuit. A l’occasion d’une balade dans le quartier, lorsque certains enfants croisent des animaux, ils réagissent « comme s’ils retrouvaient un grand ami perdu depuis longtemps ». En apercevant un chien, une fillette tombe à quatre pattes et se met à pousser « des hurlements de loup » en « faisant mine de mordre ». Il décrit qu’à l’image des enfants‑loups les petits psychotiques ont un sens aigu de l’odorat et du toucher. Rejetés dans leur petite enfance, ils ont cette impression de ne faire partie de l’espèce humaine, aussi, se croient‑ils engendrés par des loups. Les enfants autistiques comptent peu sur leur vue et les enfants schizophrènes se comportent souvent comme s’ils étaient insensibles au froid et au chaud.

JOEY était un enfant qu’on avait privé de son humanité. Ses parents l’ont complètement ignoré. Sa mère refuse de l’allaiter et de prendre soin de lui d’une quelconque manière et son père le punit lorsqu’il pleure. A la naissance, JOEY est un bébé en pleine santé, mais il présente rapidement des signes de faiblesse et d’irritabilité. Lorsqu’il apprend à parler, JOEY ne s’adresse qu’à lui‑même. Il fut très tôt obsédé par les machines et manifesta un intérêt particulier pour un vieux ventilateur électrique qu’il pouvait entièrement démonter et remonter, avec une étonnante dextérité. Au fur et à mesure qu’il grandit, JOEY développe un système de défenses compulsif, qu’il appelle lui‑même ses « préventions », et se met à boire à travers un système très élaboré de tuyaux et de pailles, expliquant que les liquides doivent être pompés jusqu’à l’intérieur de son corps. D’après BETTELHEIM, JOEY a tenté de se suicider trois mois avant son arrivée à l’Ecole orthogénique, alors qu’il n’a que neuf ans. A cette époque, il semble figé dans une image de machine et présente ce que BETTELHEIM appelle un exemple classique d’autisme infantile. Cette description montre que JOEY capable de se nourrir seulement si son système digestif est alimenté par un câble électrique imaginaire, branché à une prise électrique fictive. JOEY se met en marche très souvent et passe les vitesses à un régime de plus en plus élevé. Une machine qu’il appelle le « contrôleur » l’empêche de dire des mots à connotations désagréables. Durant sa première année à l’Ecole, JOEY ne peut aller à la selle qu’en se tenant accroupi sur le dessus des toilettes, tout en touchant le mur d’une main, celle‑ci tenant le tuyau de l’aspirateur qui commande à ses intestins de se vider. Au dortoir, il aménage également son lit comme une sorte de voiture qui « le maintient en vie » lorsqu’il dort. Une photo accompagnant l’article montre ce complexe échafaudage composé d’une « batterie », d’un « carburateur » et d’un « volant » improvisés, le tout fixé à la tête du lit. La conclusion montre que JOEY se sentait machine et que dès lors guéri, il exprima ses sentiments.

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