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7 août 2003

PSYCHANALYSE EPREUVE - EROTISME

Chapitre 1 EPREUVE. 2

a Typologie. 2

i Dite de la croix. 2

ii Dite de l’eau. 2

a Eau froide. 2

iii Dite du feu. 2

iv Dite de réalité. 2

Chapitre 2 Les ERINYES. 2

a Définition. 2

b Qui sont‑elles ?. 2

i Leurs prénoms et origines. 2

ii Description et préceptes. 3

iii Des ERINYES aux EUMENIDES. 3

c Assimilation des ROMAINS. 3

d Dans la mythologie GRECQUE. 3

i Famille des ATRIDES. 3

ii ŒDIPE. 4

Chapitre 3 EROGENE. 5

Chapitre 4 EROGENEITE. 5

Chapitre 5 EROS. 5

a Caractéristiques. 5

i Pulsions de vie. 5

ii Révolution cathare au 12ème siècle. 5

b Liens. 5

i EROS avec CHRONOS/THANATOS. 5

Chapitre 6 EROTISME. 5

a Dit anal (FREUD) 5

i Leur petite enfance. 6

ii Trois essais sur la théorie de la sexualité (1905) 6

iii Anecdote. 7

b Dit urétral (ou urinaire) 8

aTypologie

L’épreuve de la croix était nettement moins risquée : elle consistait en un duel aimable où les deux protagonistes se tenaient debout, immobiles, les bras étendus en croix comme des gymnastes, prenant leurs distances. Celui qui, pris de crampes, abandonnait le premier la position avait tort. L’autre naturellement grimaçait, mais il avait raison. Ce cet exercice nous vient certainement l’expression « baisser les bras ».

Aux gens de moindre qualité était réservée l’épreuve de l’eau, sous deux formes : eau chaude et eau froide. La première consistait à tremper son bras jusqu’au coude dans une bassine d’eau bouillante. Dans le Roman de RENART, Dame HERSANT, la femme d’ISENGRIN le loup, contrairement à CUNEGONDE, refuse poliment cet examen. Elle nie l’adultère dont elle est accusée :

« Certes, onques n’ot en part

En tel manière n’en tel guise ;

J’en feroi bien un Jouïse*                                           * : Jugement de Dieu

En eve chaude ou en feu chaut

Mais esconduire riens ne vaut,

Lasse, chaistive, mal ostrue* !                                    * : infortunée, née sous un « mauvais astre »

Que je n’en serai ja creü. »

On jetait le suspect pied et poings liés dans une rivière ou dans un bassin ; s’il allait au fond, il était innocent, s’il flottait, il était coupable.

L’épreuve du feu est une cérémonie et sans doute celle dont le sens est le plus profond, puisqu’elle signifie non seulement que l’initiation est complète, mais peut‑être aussi la soumission de l’homme à la femme. Immédiatement  avant cette cérémonie intervient l’opération qui modifie l’anatomie des hommes de telle manière que ceux‑ci urinent comme les femmes et que chez eux, comme chez les femmes, du sang s’écoule d’un orifice vaginal. Si, anatomiquement, cette intervention a des conséquences importantes, il n’en est pas de même psychologiquement, son influence étant moins profonde que celle du rituel du feu. L’intervention antérieure sur les organes génitaux par la circoncision provoque une seule hémorragie qui est même moins abondante. Enduire les garçons d’une substance représentant le sang menstruel est un acte purement symbolique, alors que les jeter en l’air est, de toutes les cérémonies d’initiation, la plus pacifique.

Processus postulé par FREUD, permettant au sujet de distinguer les stimuli provenant du monde extérieur des stimuli internes, et de prévenir la confusion possible entre ce que le sujet perçoit et qu’il ne fait que se représenter, confusion qui serait au principe de l’hallucination.

aDéfinition

Ce sont des déesses grecques. Habitantes des Enfers, elles sont chargées d’infliger le châtiment pour tous les crimes de sang.

bQui sont‑elles ?

Elles sont trois, ALECTRO, TISIPHONE et MEGERE. Elles sont nées des gouttes de sang tombées de l’organe sexuel d’OURANOS.

Génies ailés aux longs cheveux entremêlés de serpents, elles portent à la main des fouets et des torches. Elles harcèlent leurs victimes, les torturent avec délectation et les rendent folles. Aveugles, elles exécutent leurs châtiments indéfiniment. Implacables, elles exigent pour tout homicide un châtiment. Pour elles, le meurtre est une souillure et l’homme qui l’a commis est banni de sa cité, devient errant et est frappé de folie. Il doit être purifié. Déterminées, elles veillent à ce que chacun reste à sa place, interdisent aux devins de trop dévoiler l’avenir et aux hommes d’avoir trop de puissance. Elles condamnent l’Hubris (l’exagération, l’orgueil). Elles ne reconnaissent pas l’autorité des dieux de l’OLYMPE. On les appelle aussi les EUMENIDES (les Bienveillantes), afin d’écarter leur colère.

Parce qu’elle éclaire le sens de l’intervention d’ATHENA, l’accusation portée par ARISTOTE contre ESCHYLE d’avoir par ses tragédies dévoilé les mystères d’ELEUSIS nous met sur le voie de l’explication susceptible de rendre compte de la transfiguration des archaïques déesses de la vengeance, gardiennes de la voix du sang. En arborant sur son bouclier la tête décapitée de la GORGONE, la fille de ZEUS agoraios, protecteur des marchés et des places publiques, se dresse comme l’incarnation de la victoire de la raison sur les temps du chaos et de la barbarie. La déesse aux yeux pers proclame l’instauration d’une nouvelle loi, référée désormais au logos, qui marque la naissance de la cité antique, soit une loi instaurée par l’ordre du signifiant – et c’est ici que l’accusation d’ARISTOTE trouve son sens. L’advention des EUMENIDES exprime, en fait, le refoulement (originaire) des ERINYES et marque la bascule de l’espace de la Chose au monde de la civilisation. Ce retournement signifie que la morale, la vie sociale et la culture prennent naissance sur le refoulement de la haine. Au‑delà de cette leçon, déjà quelque peu dérangeante, le théâtre GREC nous délivre une vérité plus déconcertante encore : que la prospérité et l’éclat des civilisations, telles qu’elles se manifestent dans la splendeur des arts, la gloire des armes et la fécondité des récoltes, se fondent sur l’oubli de l’abjection et de l’horreur. La tragédie de Philoctète précise le sens de ce précepte. PHILOCTETE avait hérité de l’arc et des flèches d’HERACLES, avec l’obligation de ne jamais révéler le lieu de la sépulture du héros. Circonvenu par ULYSSE, il avait été parjure à sa promesse et s’était embarqué pour TROIE avec son séducteur. En punition, il avait été mordu au pied par un serpent qui lui avait causé un ulcère si putride que ses compagnons de navigation, incapables de supporter l’odeur pestilentielle qu’il dégageait, avaient, à l’instigation d’ULYSSE, résolu de l’abandonner sur l’île de LEMNOS où, rongé par son mal et sa haine envers ceux qui l’avaient trahi, il allait les maudire durant dix ans. Au terme de ce temps, l’oracle d’APOLLON fit savoir aux GRECS qu’ILION ne serait jamais prise sans le secours de l’arc et des flèches d’HERACLES que PHILOCTETE avait conservé sur son rocher. Ainsi le sort de l’HELLADE était‑il tenu en gage dans la figure la plus abominable, mais en même temps la plus misérable – « un cadavre, l’ombre d’une fumée, un fantôme vain » (SOPHOCLE, Philoctète, vv.946‑947). Ce principe est vérifié par l’attribution faite aux ERINYES, depuis l’origine, du rôle de gardiennes de tous ceux que le corps social a rejetés : les voyageurs errants, les étrangers et les mendiants, autant de figures de l’intime étrangeté de l’homme dans lesquelles celui‑ci reconnaît avec horreur le cœur abject de son être. L’élan du saint‑chrétien vers le lépreux ou le pestiféré traduit la même reconnaissance de la valeur et de la signification de l’abject. Le dernier épisode de la destinée d’ŒDIPE est la plus célèbre illustration de cette fonction des noires sœurs.

cAssimilation des ROMAINS

Les ROMAINS les ont assimilées à leurs Furies.

dDans la mythologie GRECQUE

Dans le TARTARE, elles torturent les morts.

Elles poussent CLYTEMNESTRE à tuer son époux, AGAMEMNON, qui a sacrifié IPHIGENIE, sa fille, puis font tuer CLYTEMNESTRE par son propre fils ORESTE, qui venge ainsi son père, et enfin poursuivent le fils pour le meurtre de sa mère. A ce temps des origines, les ERINYES sont les gardiennes de la filiation naturelle incarnée dans le sang, comme en témoigne leur poursuite acharnée d’ORESTE, citation d’ESCHYLE :

« Comme un chien un faon blessé, nous suivons l’homme à la piste du sang qu’il perd goutte à goutte… Cette fois, il est tapi quelque part : l’odeur du sang humain me rit… Le sang maternel, une fois à terre, est difficile à racheter, la terre qui en fut humectée ne le rendra plus… A la place de ce sang, il faut que de son vivant nous tirions un breuvage amer. »

Les ERINYES ne parlent qu’au Sujet. Elles entretiennent avec lui un soliloque que nul n’entend, sinon celui à qui elles s’adressent. Et cette voix, le Sujet ne peut la faire taire, parce qu’elle ne parle pas, parce que c’est une voix d’avant la parole. On comprend alors que si les ERINYES poursuivent ORESTE, si elles ne le quittent pas, c’est qu’elles sont en lui et que, où qu’il aille, elles seront avec lui. Les ERINYES se présentent ici comme les fantômes de la mère, acharnés à persécuter le meurtrier, figures du Surmoi archaïque identifié par Mélanie KLEIN. Par son meurtre, ORESTE a tué sa mère mais il n’a pas tué sa haine, laquelle, sous la forme de la voix du sang, va passer en lui pour le harceler sans trêve. C’est ce principe que vérifie le désarroi des patients psychotiques que l’on voit dans les asiles coller des transistors contre leur oreille pour tenter désespérément de couvrir ces voix erratiques, difractées, éclatées, qui font retour dans le réel pour les persécuter. Une question est restée toutefois obscure pour les mythologues, celle de savoir comment ces divinités vengeresses se sont brusquement transformées en figures favorables et bienveillantes pour devenir les EUMENIDES. Ce retournement constitue le thème de l’ORESTIE d’ESCHYLE. La célèbre trilogie du premier des tragiques rapporte comment ORESTE, meurtrier de sa mère, CLYTEMNESTRE, réussit à gagner la pitié d’APOLLON, divinité solaire et purificatrice, qui entreprend d’arracher leur victime aux redoutables déesses de la nuit. L’AEROPAGE est choisi pour arbitrer ce conflit entre les dieux ; la sentence reste indécise (les juges s’étant partagés par moitié), jusqu’à ce que l’intervention d’ATHENA détermine l’acquittement d’ORESTE. Aussitôt le chant de mort cesse, les ERINYES acceptent le verdict ; elles consentent à s’établir en ATTIQUE et, sous le nom d’EUMENIDES, elles protègeront désormais ce pays :

« Sans elles, aucune maison ne sera heureuse ; par elles, la terre sera fertile, les citoyens vaillants et unis. »

Ainsi les EUMENIDES apparaissent‑elles, au terme de ce renversement, comme divinités de la fécondité du sol, personnifications de la loi morale et garantes du lien social.

Elles sont de la même façon à l’origine de la malédiction d’ Œdipe et de ses descendants. Au terme de sa vie, le héros aveugle est devenu un Objet exécré qu’aucune terre n’accepte de recueillir jusqu’au jour où, dans la banlieue d’ATHENES, il trouve un abri au bourg de COLONE dans l’enclos des ERINYES. CREON le qualifie de « réceptacle d’impuretés […], d’être dont ni la terre, ni la sainte pluie du ciel, ni la clarté du jour ne sauraient tolérer le contact » (SOPHOCLE, Œdipe‑Roi, vv. 1424‑1428). Or c’est à ce moment où il est, tel PHILOCTETE, réduit à rien, qu’il a le sentiment d’êtredevenu véritablement un homme. Œdipe à Colone, cité par LACAN, Séminaire II, Le moi dans la théorie de FREUD et dans la pratique psychanalytique. Ce que confirment les suppliants (CREON, POLYNICE) qui vont requérir, comme cela avait été le cas des GRECS venus chercher PHILOCTETE. Ces processions paradoxales n’éclairent guère toutefois la sentence d’ŒDIPE sur lui‑même et laissent incertaine l’interprétation du dénouement du mythe chez SOPHOCLE. On pourrait d’abord penser qu’ŒDIPE, dépouillé à cet instant des semblants du monde et des affections des hommes, est ramené au pur signifiant qui fonde l’identité symbolique du Sujet. La violence du héros, qui résonne en écho de celle de PHILOCTETE, semble cependant mal convenir à un homme qui serait dégagé de toute pathos. La haine d’ŒDIPE, déchaînée à travers les imprécations qu’il lance contre les humains et d’abord contre ses fils, est plus en accord avec les malédictions proférées par les ERINYES. Ainsi la position d’ŒDIPE dans cette scène doit‑elle être située en amont du point où se dressera plus tard sa fille ANTIGONE pour incarner le loi non écrite du pur signifiant, incarnée dans la DIKE. Au terme de son parcours, ŒDIPE rejoint l’état originaire de l’homme, où l’identification est supportée par l’Objet qui constitue, avant toute assomption symbolique, l’éclair de l’être : la voix. Ce stade ultime figure ainsi, dans la fiction tragique, le temps primordial où le Sujet, réduit à lui‑même, n’a pas d’autre Autre que sa propre voix. NIETZSCHE (dans Reden des letzten Philosophen mit sich selbst. Ein Fragment aus der Geschichte der Nachwelt) a conservé la mémoire du soliloque pathétique par lequel ŒDIPE, à l’instant du désastre, s’adresse à cette voix essentielle :

« Personne ne me parle que moi seul et ma voix me parvient comme celle d’un mourant. Avec toi, voix aimée, avec toi, dernier souffle du souvenir de tout bonheur humain, laisse‑moi encore ce commerce d’une seule heure ; grâce à toi je donne le change à ma solitude et je pénètre dans le mensonge d’une multiplicité et d’un amour, car mon cœur répugne à croire que l’amour est mort, il ne supporte pas le frisson de plus solitaire des solitudes et m’oblige ) parler comme si j’étais deux. T’entends‑je encore, ma voix ? Tu chuchotes en maugréant ? Puisse ta malédiction faire crever les entrailles de ce monde. Mais il vit encore et ne me fixe qu’avec plus d’éclat et de froideur de ses étoiles impitoyables, il vit, aussi stupide et aveugle qu’il fut jamais, et un seul meurt, l’homme. Et pourtant ! Je l’entends encore, voix aimée ! Il meut encore quelqu’un en dehors de moi, le dernier homme, dans cet univers : le dernier soupir, ton soupir meurt avec moi, ce long hélas ! hélas soupiré sur moi, le dernier des misérables, ŒDIPE. »

Reste à la fin de cette élégie à établir la nature et le statut de la voix qu’elle évoque. Parce que sous les contraintes de la clinique, nommément celle des psychoses, elle pense la destinée de l’homme en termes de logique subjective, la psychanalyse déplace la question posée par la pensée de la modernité. Celle‑ci s’avoue en effet incapable de distinguer de la voix muette d’ANTIGONE la voix physique (l’Objet‑voix), qui est voix du silence que la tragédie exprime comme malédiction. La butée d’un esprit aussi perspicace que Giorgio AGAMBEN sur cette aproie est exemplaire de l’embarras de la philosophie à discriminer les registres de la phoné et à penser un mode de la voix séparé du logos. La psychanalyse, pour sa part, postule à l’origine du devenir de l’homme un éclat primordial qui donne naissance à la voix comme part d’être échappée – celle qu’ŒDIPE précisément va retrouver à COLONE au terme de sa destinée.

Qui est en rapport avec la production d’une excitation sexuelle.

Capacité de toute région du corps d’être la source d’une excitation sexuelle, c’est-à-dire de se comporter comme zone érogène.

Terme par lequel les GRECS désignaient l’amour et le dieu Amour. Ce terme regroupe les pulsions sexuelles et les pulsions d’auto‑conservation. Elles visent à maintenir l’unité du Sujet par les liens entre les représentations et les affects.

aCaractéristiques 

FREUD l’utilise dans sa dernière théorie des pulsions pour connoter l’ensemble des pulsions de vie par opposition aux pulsions de mort.

Sur un ascétisme dualistique exacerbé dans lequel l’enthousiasme, l’EROS divin, aboutit à l’amour de l’amour, à un désir vide d’Objet qui, par haine de la chair, se retrouve face à face avec la mort, vient peu à peu se greffer une doctrine de l’amour qui va euphémiser le contexte charnel et progressivement renverser les valeurs ascétiques promulguées par les « Parfaits ». l’orthodoxie CATHOLIQUE elle‑même ne pourra pas rester en marge de cette révolution psychique inaugurée par l’hérésie et finira par habiliter le culte de la VIERGE‑MARIE, le culte de la femme exorcisée et sublimée.

bLiens

On peut remarquer grâce à la psychanalyse la tendance progressive à l’euphémisation des terreurs brutales et mortelles en simples craintes érotiques et charnelles. Il y a en effet glissement progressif du Mal métaphysique au péché moral par le jeu suggestif des images elles‑mêmes. Cette ambivalence, de la pulsion et du Destin mortel, marque la limite même à partir de laquelle les grands thèmes de la symbolique ne peuvent qu’inverser leur valeur. Si EROS teinte de désir le Destin lui‑même, il a moyen d’exorciser autrement que par l’antithèse polémique et implacable le visage menaçant du temps. A côté du processus métaphysique qui, par les symboles antithétiques, par la fuite ou par le glaive, combat les monstres hyperboliques engendrés par l’angoisse temporelle, à côté d’une attitude diaïrétique, d’une ascèse transcendante, la duplicité permettant l’euphémisation de la mort elle‑même ouvre à l’imaginaire et aux conduites qu’il motive une toute autre voie.

aDit anal (FREUD)

Cela se rencontre chez des personnes particulièrement ordonnées, économes, et entêtées. Chacun de ces mots couvre, en vérité, un petit groupe ou une sérié de traits de caractère apparentés les uns aux autres. Le terme « ordonné » comprend aussi bien la propreté corporelle que les scrupules dans l’accomplissement des petits devoirs et le fait d’être digne de confiance. Le contraire en serait : désordonné, négligent. Le caractère « économe » peut croître jusqu’à l’avarice. L’entêtement tourne au défi auquel se rattachent aisément la tendance à l’emportement et l’esprit vindicatif. Ces deux derniers traits sont liés plus fortement l’un à l’autre qu’au premier. Ils sont aussi la part la plus constante de tout le complexe, cependant, il apparaît impérieusement à FREUD que ces trois traits de caractère se tiennent d’une façon ou d’une autre.

L’histoire de la petite enfance de ces personnes nous apprend aisément qu’il leur a fallu un temps relativement long pour devenir maîtres de leur incontinentia alvi et qu’elles ont eu à se plaindre, même dans les années ultérieures de leur enfance, d’accidents isolés de cette fonction. Elles paraissent avoir été de ces nourrissons qui se refusent à vider leur intestin lorsqu’on les met sur le pot, parce qu’ils tirent un gain supplémentaire de plaisir de la défécation. Elles indiquent qu’elles ont encore trouvé de l’agrément à retenir leurs selles même à un âge un peu plus avancé et se rappellent toutes sortes de choses inconvenantes faites avec l’excrément expulsé au‑dehors, mais les imputent plutôt et plus volontiers à leurs frères et sœurs qu’à leur propre personne. De ces indices FREUD conclue à une accentuation érogène fortement marquée de la zone anale dans la constitution sexuelle qui leur échoit. Mais, puisque chez ces personnes une fois passée l’enfance, rien de ces faiblesses et de ces singularités ne se laisse plus découvrir, FREUD admet que la zone anale a perdu sa signification érogène au cours du développement et présume alors que la constance de cette triade de propriétés dans leur caractère peut être mise en liaison avec l’extinction de l’érotisme anal.

Dans cet ouvrage, FREUD cherche à montrer que la pulsion sexuelle de l’homme est un montage hautement complexe, né de la contribution de nombreuses composantes et de pulsions partielles. Une contribution essentielle à l’excitation sexuelle est fournie par les excitations périphériques de certains endroits remarquables du corps (organes génitaux, bouche, anus, méat urinaire) qui méritent le nom de zones érogènes. Mais les quantités d’excitation envoyées depuis ces endroits ne connaissent no toutes ni à chaque époque de la vie le même destin. Généralement parlant, une partie seulement d’entre elles servent à la vie sexuelle. Une autre partir est détournée des buts sexuels et dirigée sur d’autres buts, processus qui mérite le nom de sublimation. A l’époque de la vie que l’on peut caractériser comme période de latence sexuelle, de la cinquième année accomplie jusqu’aux premières manifestations de la puberté (vers la onzième année,), on voit même se créer dans la vie psychique, aux frais de ces excitations fournies par les zones érogènes, des formations réactionnelles, des contre‑puissances, comme la honte, le dégoût et la morale, qui s’opposent comme des digues à la mise en activité ultérieure des pulsions sexuelles. Or, puisque l’érotisme anal appartient à ces composantes de la pulsion, qui, au cours du développement, et dans le sens de l’éducation de notre civilisation actuelle, deviennent inutilisables pour des fins sexuelles, nous sommes portés à reconnaître, dans les traits de caractère si fréquemment accusés par les anciens tenants de l’érotisme anal (être ordonné, économe et entêté), les résultats les plus directs et les plus constants de la sublimation de l’érotisme anal. Naturellement, même pour FREUD, la nécessité interne de cette connexion n’est pas limpide. Mais, le fait d’être propre, ordonné et digne de confiance donne tout à l’impression d’une formation réactionnelle contre l’intérêt pour ce qui n’est pas propre, ce qui dérange et ne fait pas partie du corps (Dirt is matter in the wrong place, la saleté est de la matière placée au mauvais endroit). Mettre en relation l’entêtement avec l’intérêt pour la défécation ne semble pas une tâche facile. On se rappelle cependant que le nourrisson lui‑même peut se montrer volontaire quand il s’agit de déposer ses selles, et qu’il est de pratique courante, dans l’éducation des enfants, d’appliquer des stimuli cutanés douloureux sur le postérieur qui est relié à la zone érogène anale, et ce dans le but de briser l’entêtement de l’enfant et de le rendre docile. Pour exprimer le défi et le sarcasme de défi, nous utilisons encore contre autrefois une invective qui a pour contenu le fait de caresser la zone anale, donc qui désigne proprement une tendresse frappée par le refoulement. Montrer ses fesses figure l’affaiblissement de cette parole en geste dans le Götz von Berlichingen de GOETHE arole comme geste se trouvent utilisés au moment le plus opportun pour exprimer le défi (Acte III, scène 17, GÖTZ est sommé de se rendre par un héraut, « Dis à ton capitaine qu’à Sa Majesté Impériale je présente, comme toujours, mon humble respect. Mais lui, dis‑lui qu’il peut lécher mon cul ! »). Les relations entre les complexes apparemment si disparates de l’intérêt pour l’argent et de la défécation se manifestent à profusion. Tout médecin qui a pratiqué la psychanalyse sait bien que c’est en empruntant cette voie qu’on peut faire disparaître les cas les plus opiniâtres et les plus durables de ce qu’on appelle constipation habituelle des Sujets nerveux. On s’en étonnera moins en se rappelant que cette fonction a fait preuve également d’une même docilité à la suggestion hypnotique. Mais dans la psychanalyse, on n’obtient cet effet que lorsqu’on touche le complexe d’argent des patients et qu’on leur donne la possibilité de le faire accéder à la conscience avec toutes ses relations. On pourrait penser qu’en cela la névrose ne fait que suivre une incitation de l’usage linguistique qui appelle sordide (schmutzig) ou ladre (filzig) (en anglais : filthy = schmutzig) une personne qui retient son argent avec une anxiété excessive. Mais cela serait une estimation par trop superficielle. En vérité, partout où a régné ou bien persiste le mode de pensée archaïque, dans les civilisations anciennes, dans le mythe, les contes, les superstitions, dans la pensée inconsciente, dans le rêve et dans la névrose, l’argent est mis en relation intime avec l’excrément. Il est bien connu que l’or dont le diable fait cadeau à ses amants se change en excréments après son départ, et il est certain que le diable n’est rien d’autre que la personnification de la vie pulsionnelle inconsciente refoulée. D’autre part, on connaît la superstition qui met en rapport la découverte de trésors avec la défécation, et nul n’ignore la figure du chieur de ducats (Dukatenscheisser) : déjà pour l’ancienne BABYLONE, l’or est l’excrément de l’enfer, « Mammon » = « ilu manman » (JEREMIAS, l’Ancien Testament à la lumière de l’Orient ancien, et Le monde babylonien dans le Nouveau Testament : « Mammo, est le Babylonien Man‑man, surnom de NERGAL, le dieu des enfers. D’après la mythologie orientale, qui est passée dans les légendes et les contes folkloriques, l’or est excrément de l’enfer). Donc, quand la névrose suit l’usage linguistique, c’est, qu’ici, comme ailleurs, elle prend les mots dans leurs sens originaire, chargé de toute sa signification, et que là où elle semble présenter un mot au figuré, elle ne reproduit d’habitude que la signification ancienne de ce mot. Il est possible que l’opposition entre ce à quoi l’homme a appris à accorder le plus de valeur et ce qui est le plus dénué de valeur, et qu’il rejette comme déchet (refuse, terme employé par FREUD en anglais dans le texte) a conditionné cette identification de l’or et de l’excrément. Dans la pensée névrotique, une autre circonstance vient même à l’appui de cette assimilation. L’intérêt originairement érotique porté à la défécation est destiné à s’éteindre dans les années de la maturité. Au cours de ces années apparaît, comme quelque chose de nouveau qui a jusqu’alors manqué à l’enfant, l’intérêt pour l’argent. Cela facilite le fait que l’aspiration antérieure qui est sur le point de perdre son but, se trouve transportée sur le but qui est entrain d’émerger. S’il y a quelque fondement réel à la relation, dont FREUD a affirmé l’existence, entre l’érotisme anal et cette triade de traits de caractère, on ne pourra s’attendre à rencontrer aucune empreinte particulière du caractère anal chez les personnes qui ont conservé pour leur vie adulte la propriété érogène de leur zone anale. On devrait d’une façon générale se demander si d’autres complexes caractériels ne peuvent dépendre de l’excitation de zones érogènes déterminées. Jusqu’à présent je ne connais que l’ambition démesurée et brûlante de ceux qui furent autrefois des énurétiques. Pour la formation du caractère définitif à partir des pulsions constitutives, on peut d’ailleurs proposer une formule : les traits de caractère qui demeurent sont soit la continuation inchangée des pulsions originaires, soit la sublimation de celles‑ci, soit des formations réactionnelles contre ces pulsions. 

Comme il se trouve que les remarques sur l’érotisme anal du nourrisson contenues dans les Trois essais sur la théorie de la sexualité ont particulièrement choqué des lecteurs obtus, je me permets ici d’insérer une observation que je dois à un patient très intelligent : « Une personne de ma connaissance qui a lu l’essai sur la Théorie de la sexualité, parlant du livre, l’admet complètement si ce n’est un seul passage ; bien que par ailleurs, naturellement, elle approuve et comprenne ce passage pour ce qui est du contenu, il lui a paru si grotesque et si comique qu’elle en est tombée assise et a ri pendant un quart d’heure. Ce passage est le suivant : « Un des meilleurs présages d’une bizarrerie de caractère ou d’une nervosité ultérieure est qu’un nourrisson se refuse obstinément à vider son intestin lorsqu’on l’a mis sur le pot, c’est‑à‑dire lorsque cela plaît à la personne chargée de s’occuper de lui, mais qu’il réserve cette fonction pour son propre bon plaisir. Naturellement, peu lui importe de salir son lit ; son seul souci est de ne pas laisser échapper le gain de plaisir supplémentaire lors de  la défécation. »  La représentation de ce nourrisson assis sur le pot et qui se demande s’il doit laisser se produire une telle limitation de son libre‑arbitre personne, qui en outre, se soucie de ne pas laisser échapper le gain de plaisir accompagnant la défécation a suscité chez mon ami une folle gaieté. – Quelques vingt minutes plus tard, pendant le goûter, il lance soudain, sans aucun préambule : « Tiens, en voyant devant moi le cacao, il me vient justement une idée que j’ai toujours eue étant enfant. Je me représentais alors toujours que j’étais le fabricant de cacao VAN HOUTEN (il prononçait VAN HAUTEN), que je possédais un secret formidable pour la fabrication de ce cacao, et que tout le monde s’efforçait de m’arracher ce secret devant faire le bonheur du monde, secret que je gardais jalousement. Pourquoi je suis tombé justement sur VAN HOUTEN, je n’en sais rien. Vraisemblablement, c’est sa réclame qui m’a le plus influencé. «  En riant, et, à vrai dire, sans encore relier cela à une intention plus profonde, je pensai : Wann haut’n die Mütter ? (Quand est‑ce que les mères donnent la fessée ?). Ce n’est qu’un moment plus tard que je m’aperçus que mon jeu de mots contenait, en fait, la clef de la totalité de ce souvenir d’enfance ayant émergé soudainement, souvenir que je saisis alors comme un exemple éclatant de fantasme‑écran. Ce fantasme, au moyen de la conservation de l’état de fait proprement dit (processus de la nutrition) et sur la base d’associations phonétiques (Kakao, Wann haut’n) apaisait la conscience de culpabilité par une transmutation complète du contenu mnésique (translation d’arrière en avant, la nourriture dont on se défait devient la nourriture qu’on prend, le contenu honteux et qu’il faut cacher se transforme en secret devant faire le bonheur du monde). Ce qui m’intéressera, c’est la manière dont à la suite d’une défense, qui, certes, prenait la forme plus douce d’une protestation formelle, le Sujet fut involontairement atteint, un quart d’heure plus tard, par la preuve décisive, fournie par son propre inconscient. 

bDit urétral (ou urinaire)

Mode de satisfaction libidinale lié à la miction.

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