PSYCHANALYSE HITLER
b Distance face à la société. 2
Pendant la transition entre la relative liberté d’un capitalisme évolué et un Etat de masse fondé sur l’oppression, le problème majeur est d’inciter, voire de contraindre les citoyens au conformisme. Une fois créé, l’existence d’un tel Etat dépend de l’inclination des citoyens à renoncer à leur identité personnelle et leurs modes de vie Individuels pour se laisser manœuvrer. Le plus grand espoir de l’humanité, mais aussi le plus grand danger pour ce type d’Etat, est qu’une minorité substantielle résiste à cet avertissement. L’Etat doit éliminer ces opposants ou les contraindre au conformisme, qu’ils soient surveillés ou non, car toute autre solution compromettrait sa sécurité si l’ordre établi venait à être mis en question. La seule façon d’assurer le conformisme en permanence est d’obtenir que les citoyens s’y prêtent spontanément. Et par ailleurs, la première tâche de ceux qui veulent défendre la liberté Individuelle est de trouver les moyens de la défendre contre le pouvoir de la régulation et de la persuasion de masse. On ne peut comprendre le régime de terreur de l’Etat HITLERIEN que si l’on comprend que son but premier était de convertir la liberté et l’initiative Individuelles en soumission spontanée.
aEtat
L’Etat HITLERIEN offrait à ses partisans une pseudo‑identité par l’identification avec un Etat ALLEMAND à nul autre pareil et une pseudo‑dignité grâce à la prétendue supériorité de la GERMANIQUE. Ces pseudo‑satisfactions permettaient à l’Etat de dominer complètement l’Individu sans provoquer sa désintégration immédiate et totale.
bSelon
Lorsque débuta la tyrannie en Allemagne, plus les gens tardaient à agir, moins ils étaient capables de résister. une fois engagé, le processus avait sa force propre. Pendant longtemps, beaucoup demeurèrent convaincus qu’au prochain empiètement de l’Etat sur leur autonomie, à la prochaine restriction de leur liberté, à la prochaine dégradation, ils réagiraient à coup sûr. Mais le moment venu, ils n’en étaient plus capables et se rendaient compte trop tard que la voie de leur désintégration en tant que personne ou pire, celle du camp de la mort, avait été pavée d’intentions qu’ils n’avaient pas réalisées à temps. Ce qui importe, ce n’est pas le rôle que ce processus a joué dans un système aujourd’hui disparu, mais le fait que des tendances analogues existent dans notre société de masse et qu’on en décèle dans la nôtre.
cThématique
Sitôt que l’Individu se soumettait à l’autorité de l’Etat et s’y conformait aux dépens de sa dignité et de son indépendance personnelle, il était pris dans un cercle vicieux. Ce qui, en grande partie, a été considéré comme le résultat d’une subjugation délibérée de l’Individu par l’Etat était le produit, au moins partiellement, d’une interaction. L’homme étant capable de conduire sa propre vie, l’Etat était incité à le faire à sa place. L’Individu devenait encore plus indécis et avait besoin d’une intervention accrue de l’Etat, qui affaiblissait davantage ses régulations internes. C’est l’engrenage de la désintégration. L’Etat HITLERIEN, qui réduisait le citoyen à la dépendance, ne satisfaisait pas les désirs que l’Individu était capable de réaliser par lui‑même. Mais cela accroissait encore son besoin d’être pris en charge et, en retour, aggravait sa frustration. Il en vint à s’en remettre à l’Etat pour toutes ses activités, même la satisfaction de ses pulsions instinctuelles, jusqu’au point où, pour l’élite du parti, l’Etat choisissait le conjoint. Dans sa forme ultime, l’Etat HITLERIEN ne laissait plus à l’Individu que le choix du moment et des conditions de sa mort, de telle sorte que sa propre destruction devenait aussi son seul véritable acte d’affirmation de soi. Dans les camps de concentration, le détenu n’avait même plus cette liberté et dans les camps d’extermination elle était totalement abolie.
Les ALLEMANDS ont invoqué après la guerre les phénomènes psychologiques de la très lointaine distance qui les séparait de HITLER afin de se disculper, lorsqu’on les a mis devant les horreurs dont ils étaient censés avoir été complices. Lorsqu’ils n’affirmaient pas n’en avoir eu aucune connaissance, ils rétorquaient : « J’étais un homme insignifiant, qu’aurais‑je pu faire ? » Mais si l’excuse était plus que justifiée par la réalité, elle constituait un autre pas vers la désintégration personnelle. Elle était contraire à ce que nous appelons l’honneur humain : maintenir son indépendance face à la pression extérieure.
La distance qui empêche de vérifier la vertu de l’homme providentiel a été utilisée très habilement dans l’Etat totalitaire ou l’Etat de Masse de HITLER.
Le leader n’apparaissait en public que lors de grandes occasions, entouré de ses gardes, pour haranguer des foules immenses. Cela mettait une double distance entre lui et l’Individu. Les gardes dressaient une barrière entre lui et le public, et la foule empêchait tout contact personnel.
Les masses attendaient pendant des heures l’apparition du leader. Pendant ce temps, leur tension était accrue jusqu’à un paroxysme insupportable par des manifestations, une musique excitante, et le simple épuisement physique d’une longue attente debout. L’apparition du leader et la fin de la tension qui en résultait étaient éprouvées à juste titre comme un soulagement affectif. Cela créait l’illusion que le leader détenait le pouvoir de soulager. De la gratitude, les gens passaient à la conviction qu’il possédait un pouvoir magique sur l’Individu.
Le contenu des discours de HITLER était creux et décevant pour quiconque n’avait pas été mis en condition par une tension artificielle. Il n’éprouvait aucun soulagement lors de l’intervention.