PSYCHANALYSE REVE TYPOLOGIE
Un Le cadre : horizon vaporeux et brillant 3
· Azur de la lumière OURANIENNE. 3
aTypologie
Ce qui distingue affectivement la descente de la fulgurance de la chute, comme d’ailleurs de l’envol, c’est sa lenteur. La durée est réintégrée, apprivoisée par le symbolisme de la descente grâce à une sorte d’assimilation du devenir par le dedans. La rédemption du devenir se fait, comme dans l’œuvre de BERGSON, par l’intérieur, par la durée concrète. Si bien que toute descente est lente elle prend son temps jusqu’à confiner quelquefois à la laborieuse pénétration.
A cette lenteur viscérale se joint bien entendu une qualité thermique. Mais il s’agit ici d’une chaleur douce éloignée de tout éclat trop ardent. Et si l’élément pâteux est bien celui de la lenteur, si la descente n’admet que la pâte, l’eau épaisse et dormante, elle ne retient de l’élément igné que sa substance intime : la chaleur. L’intérieur rêvé est chaud, jamais brûlant. Par la chaleur tout est profond, la chaleur est le signe d’une profondeur, le sens d’une profondeur.
C’est qu’en effet se conjuguent dans cette image de la chaude intimité la pénétration moelleuse et le caressant repos du ventre digestif comme du ventre sexuel. L’imagination de la descente vérifie l’intuition FREUDIENNE qui fait du tube digestif l’axe descendant de la libido avant sa fixation sexuelle. On peut même écrire que les archétypes de la descente vont suivre assez fidèlement le trajet génétique de la libido tel que le décrit l’analyse FREUDIENNE, et il sera toujours loisible à un psychanalyse de constater dans l’appariation de cette imagerie digestive, buccale ou anale, un symptôme de régression au stade narcissique, on peut citer REIK dans Des eigene und der fremde Gott.. Ce ventre polyvalent peut, certes, facilement engouffrer des valeurs négatives et venir symboliser l’abîme de la chute, le microcosme du péché. Mais qui dit microcosme, dit déjà minimisation. L’épingle épithétique de « doux », « tiède » vient rendre ce péché si agréable, constitue un moyen‑terme si précieux pour l’euphémisation de la chute, que cette dernière se freine, se ralentit en descente, et finalement convertit les valeurs négatives d’angoisse et d’effroi en délectation de l’intimité lentement pénétrée.
BACHELARD analysant une page de l’Aurora de Michel LEIRIS) a bien montré que toute valorisation de la descente était liée à l’intimité digestive au geste de déglutition. Si l’ascension est appel à l’extériorité, à un au‑delà du charnel, l’axe de la descente est un axe intime, fragile et douillet. Le retour imaginaire est toujours une rentrée plus ou moins coesnesthésique et viscérale. Lorsque l’enfant prodigue repentant repasse le seuil paternel, c’est pour banqueter. On conçoit qu’en ces profondeurs obscures et cachées, il ne subsiste qu’une limite fort mince entre l’acte téméraire de la descente sans guide et la chute vers les abîmes animaux.
DESOILLE (dans Tarpeia) étudie les rêves de descente qui sont des rêves de retour aussi bien qu’une acclimatation ou un consentement à la condition temporelle. Il s’agit de désapprendre la peur. C’est une des raisons pour laquelle l’imagination de la descente nécessitera plus de précautions que celle de l’ascension. Elle exigera des cuirasses, des scaphandres, ou encore l’accompagnement par un mentor, tout un arsenal de machines et machinations plus complexes que l’aile, si simple apanage de l’envol. Car la descente risque à tout instant de se confondre et de se transformer en chute. Elle doit sans cesse se doubler, comme pour se rassurer, des symboles de l’intimité. Il existe même dans les précautions prises dans la descente une surdétermination des protections : on se protège pour pénétrer au cœur de l’intimité protectrice.
FREUD donne ce nom à un scénario imaginé à l’état de veille, soulignant ainsi l’analogie d’une telle rêverie avec le rêve. Les rêves diurnes constituent, comme le rêve nocturne, des accomplissements de désir. Leurs mécanismes de formation sont identiques, avec prédominance de l’élaboration secondaire. Comme source commune et modèle normal de toutes ces créatures fantasmatiques, on trouve ce qu’on nomme les rêves diurnes de la jeunesse, auxquels on a déjà accordé dans la littérature une certaine attention même si elle n’est pas encore suffisante. Dans la rue, on reconnaît facilement néanmoins celui qui est pris dans un rêve diurne à un sourire subit, par où il signale le point culminant de la situation dans son rêve. La fonction de perturbateurs du sommeil et de formateurs des images du rêve est assurée par ce qu’on appelle les restes diurnes, processus de pensée investis d’affects, provenant du jour du rêve, et qui ont dans une certaine mesure résisté à l’abaissement générale du sommeil. On découvre ces restes diurnes lorsqu’on ramène le rêve manifeste aux pensées latentes du rêve. Ils sont des fragments de celles‑ci et appartiennent donc – qu’ils soient conscients ou demeurés inconscients – aux activités de la veille, qui peuvent se poursuivre pendant le temps du sommeil. Correspondant à la variété des processus de pensée dans le conscient et l’inconscient, ces restes diurnes ont les significations les plus nombreuses et les plus diverses. Il peut s’agir de désirs inassouvis ou d’appréhensions, de tentatives pour s’adapter à des problèmes qui surgissent, etc. Dans cette mesure il faut évidemment que la caractéristique dont il s’agit apparaisse justifiée du point de vue du contenu reconnu par l’interprétation. Mais ces restes diurnes ne sont pas encore le rêve, bien plus il leur manque l’essentiel de ce qui constitue le rêve. Ils ne sont pas capables à eux tous seuls de former un rêve. En toute rigueur, ils ne sont que le matériel psychique dont a besoin le travail du rêve, tout comme les excitations sensorielles ou corporelles survenant d’une manière contingente, ou les conditions introduites expérimentalement, forment son matériel somatique. Leur attribuer le rôle principal dans la formation du rêve ne signifie rien d’autre que répéter à une autre place l’erreur préanalytique, qui était de croire que les rêves sont expliqués du moment qu’on a mis en évidence une mauvaise digestion ou une pression sur un endroit de la peau. Tant il est vrai que ces erreurs scientifiques ont la vie dure et sont toujours prêtes, si on les écarte, à revenir subrepticement sous de nombreux masques. Pour autant que nous ayons pénétrer cet état de fait, nous devons dire que le facteur essentiel de la formation du rêve est un désir inconscient, généralement un désir inconscient infantile maintenant refoulé qui peut venir à s’exprimer dans ce matériel somatique ou psychique (donc également dans les restes diurnes) et pour cette raison lui prête une force lui permettant, même pendant la pause nocturne de la pensée, de forcer le passage jusqu’à la conscience. Cette fois l’accomplissement de ce désir inconscient est le rêve, même si celui‑ci contient par ailleurs, comme toujours, avertissement, réflexion, aveu, et la partie par ailleurs non liquidée du riche contenu de la vie éveillée préconsciente qui se prolonge dans la nuit. C’est le désir inconscient qui donne au travail du rêve son caractère particulier, celui d’une élaboration inconsciente d’un matériel préconscient. Le psychanalyste ne peut caractériser le rêve que comme le résultat du travail du rêve. Il ne peut mettre les pensées latentes du rêve au compte du rêve, il doit le mettre au compte de la réflexion préconsciente, bien que ce soit d’abord par l’interprétation du rêve qu’il ait pris connaissance des ces pensées. En même temps s’ajoute au travail du rêve l’élaboration secondaire opérée par l’instance consciente. On peut en faire abstraction sans rien changer à la conception présentée. On devrait dire alors : le rêve au sens psychanalytique du terme comprend le travail du rêve proprement dit et l’élaboration secondaire du résultat de ce travail.
Leur fréquence est peut‑être la même dans les deux sexes mais, chez la jeune fille et chez la femme, ils semblent être invariablement de nature érotique, et chez les hommes, de nature érotique ou ambitieuse. Cependant, on ne saurait repousser au second plan, même chez les hommes, l’importance du facteur érotique.
A y regarder de plus près, le rêve diurne chez l’homme habituellement que toutes ces actions héroïques ne sont accomplies, tous ces succès ne sont remportés que pour plaire à une femme et être préféré par elle à d’autres hommes. Ces fantasmes sont des satisfactions de désir, issues de la privation et de la nostalgie. Ils portent à juste titre le nom de rêves diurnes, car ils donnent la clef pour comprendre les rêves nocturnes, dans lesquels le noyau de la formation du rêve n’est constitué par rien d’autre que de tels fantasmes diurnes, compliqués, déformés et compris de travers par l’instance psychique consciente. Ces rêves diurnes sont investis d’un grand intérêt, soigneusement cultivés et la plupart du temps très pudiquement mis à l’abri, comme s’ils comptaient parmi les biens les plus intimes de la personnalité.
Ce qui est remarquable, c’est que dans tous les cas précipités la lumière céleste soit incolore ou peu colorée. Fréquemment dans la pratique du rêve éveillé, l’horizon devient vaporeux et brillant. La couleur disparaît à mesure que le Sujet s’élève en songe et lui fait dire qu’il éprouve alors une grande impression de pureté.
Cette pureté est celle du ciel bleu, privé du chatoiement des couleurs est phénoménalité sans phénomène, sorte de nirvâna visuel que les poètes assimilent soit à l’éther, à l’air purissime, soit avec GOETHE, à l’Urphänomen, soit avec CLAUDEL au vêtement de la purissima. La psychologie contemporaine confirme d’ailleurs ce caractère privilégié de l’azur, du bleu pâle. Dans le RORSCHACH, le bleu est la couleur qui provoque le moins de chocs émotionnels. Contrairement au noir et même au rouge et au jaune. Comme l’ont montré GOLDSTEIN et ROSENTHAL, les couleurs froides, dont le bleu, agissent dans le sens d’un éloignement de l’excitation, le bleu réalise donc les conditions optima pour le repos et surtout la retraite.
Il ne s’agit ici que de l’or visuel en quelque sorte, que de l’or phénoménal, cet or couleur, dont DIEL nous déclare qu’il est représentatif de la spiritualisation et qui a un caractère solaire marqué. Il y a, en effet, deux significations opposées de l’or pour l’imagination, selon qu’il est reflet ou substance produite par le Grand‑Œuvre, mais ces significations se mélangent et donnent souvent des symboles fort ambigus. L’or en tant que reflet constelle avec la lumière et la hauteur et surdétermine le symbole solaire. C’est dans ce sens qu’il faut interpréter les nombreuses images de lumière dorée qui foisonnent dans La Chanson de ROLAND et ont inspiré G. COHEN le titre de son livre, La grande clarté du Moyen‑Age. Outre le remarquable isomorphisme du soleil, des cheveux et barres blanches qui ne sont pas sans faire penser aux attributs de FARO, il n’est question que du ruissellement de soleil, de filles aux cheveux d’or, de cavaliers resplendissants, d’habits et de barbes blancs comme fleurs en épines. Le doré est donc synonyme de blancheur. Cette synonymie est encore plus nette dans L’Apocalypse où l’imagination de l’apôtre visionnaire joint en une remarquable constellation les cheveux blancs comme de la neige, comme de la laine, les yeux flamboyants et les pieds brillants du Fils de l’homme, sa face resplendissante comme le soleil et la couronne dorée, le glaive et les diadèmes. Enfin, dans la symbolique alchimique, on passe constamment de la méditation de la substance or à son reflet, l’or par son éclat possédant les vertus dilatées du soleil en son corps et le soleil devenant par là tout naturellement le signe alchimique de l’or. L’or, grâce au doré, est bien goutte de lumière.
Les personnages imaginés, lors de leur imaginaire ascension, ont le visage qui se transforme, se transfigure en halo de lumière intense, et en même temps l’impression constamment éprouvée par le Sujet est celle du regard. Regard qui, selon DESOILLE, est justement représentatif de cette transcendance psychologique que FREUD nomme le Surmoi, c’est‑à‑dire regard inquisiteur de la conscience morale. Ce glissement de lumière, du halo lumineux au regard, nous apparaît comme très naturel : car il est normal que l’œil, organe de la vue, soit associé à l’Objet de la vision, c’est‑à‑dire à la lumière.
Le rêve est la réalisation d’un désir. Le rêve est la tentative d’accomplissement d’un souhait refoulé. Telle est la formule derrière à laquelle la psychanalyse du rêve. Mais pour arriver à cette formule, un chemin extrêmement compliqué doit être suivi dont nous ne retiendrons ici que les stations principales. Il faut partir du désir de dormir et du fait que le rêve est le gardien du sommeil, en donnant une décharge onirique à des Investissements tenaces qui refusent l’abandon régressif du dormeur. L’entrepreneur du rêve est un reste de pensée, un résidu diurne de représentations, souvent insignifiantes à leur niveau. Ces représentations sont transformées en images de façon à ne pas troubler le sommeil. Mais ces pensées prennent leur poids et leur résistance de ce qu’elles sont entrées en relation avec une intention refoulée. A l’occasion du fléchissement de la Censure dû au sommeil et permis par la fermeture de l’accès à la motricité. Le capitaliste du rêve est en effet un souhait, exprimant une motion pulsionnelle. Chez l’adulte, le souhait provocateur du rêve (en portant sa charge sur les résidus diurnes) est un vœu refoulé, ou qui a reçu un renforcement inconscient. Le désir inconscient agit sur le matériel des pensées du rêve en l’entraînant dans l’inconscient ou, à parler plus précisément, en le traitant de façon conforme au processus de pensée propre à l’inconscient et aux nécessités de la Censure résiduelle. Un compromis convient à l’expression du désir et du reste de Censure, ainsi que l’emploi d’un mode de décharge selon le processus primaire. Si le déguisement échoue, le Moi donne le signal d’angoisse et le réveil : c’est le cauchemar. Le travail du rêve concerne alors le déplacement de l’accent, les condensations multiples et artificielles (qui ne craignent pas de jouer aussi bien sur les mots). Il y a emploi envahissant de la métaphore, de l’allusion, du laconisme, de l’inversion, de la substitution, de l’identification, de l’énigme, du rébus. Il y a, de même, coexistence des contraires, symbolisme, remplacement des liaisons intrinsèques (similitude, temporalité, causalité) par des rapprochements extrinsèques (simultanéité, contiguïté, succession). L’ensemble doit également convenir aux conditions d’une représentation plastique (par régression formelle de la pensée aux images, et de l’optatif au présent). Ainsi, le désir insatisfait se sert des préoccupations diurnes, qu’il rejoint, pour se manifester à travers un déguisement aboutissant au contenu manifeste (et incompréhensible) du rêve. Une élaboration secondaire de la dramatisation onirique tente parfois de mettre à ce point un semblant de logique. L’association libre sur les éléments du rêve permet de retrouver, derrière le contenu manifeste, les pensées, le contenu latent, qui ont été soumis au travail du rêve, du fait de leur liaison avec le désir inconscient. L’existence de ce dernier (d’où relève toute la signifiance du rêve) doit s’inférer dans l’interprétation des pensées latentes, compte tenu des déplacements d’intensité et d’affects.