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8 août 2003

PSYCHANALYSE SCHIZE - SCIENCES

Chapitre 1 SCHIZE. 1

Chapitre 2 SCHIZO.. 2

a Typologie. 2

i -paranoïde (KLEIN) 2

ii -phrénie. 3

a Histoire. 3

b Selon. 4

Un BLEULER.. 4

Deux BETTELHEIM... 4

Trois BINSWANGER.. 5

Quatre FENICHEL.. 5

Cinq MINKOWSKI 5

Six SECHEHAYE.. 5

c Symptômes. 5

Un Discordance, dissociation, désagrégation. 5

Deux Repli sur soi fantasmatique (autisme) 5

d Structures schizomorphes. 6

Un Représentation. 6

· 1ère structure : recul accompagnant perte du contact avec la réalité. 6

· 2ème structure : la Spaltung. 6

· 3ème structure : géométrisme morbide. 6

· 4ème structure : la pensée par antithèse. 6

e Aspect 6

Un Catatonie. 6

f Différents types. 6

Un Dite progressive. 6

Chapitre 3 SCIENCE. 6

a Caractéristiques. 6

i Problèmes à l’Objectivité. 6

b Typologie. 7

i Dite –fiction. 7

La 2ème psychiatrie dynamique sera‑t‑elle dominée jusque vers 1980 par le système de pensée FREUDO‑BLEULERIEN. Toute une terminologie sera forgée, notamment par l’école FRANCAISE (Henri CLAUDE et René LAFORGUE), puis par Ernst KRETSCHMER, pour exprimer diverses modalités de cette « schize » : de la schizomanie, où l’autisme est présent sans la dissociation, à la schizoïdie, caractérisée par un état pathologique sans psychose, en passant pas la schizothymie, cette tendance morphologique à l’intériorisation.

aTypologie

Au commencement était le sein. Le Sujet était le sein. Mais le bébé, le Sujet, risque d’être anéanti par le sein ; soit il disparaît dans le sein quand le sein est présent, puisqu’il est le sein ; soit c’est le néant ou satisfaction hallucinatoire qui l’annule en tant que Sujet quand le sein est absent. C’est un état d’angoisse extrême, primitive,  une angoisse qui est sentie comme la peur d’être anéanti et qui prend la forme de la peur de la persécution.

Le Sujet réagit alors. Sa fonction principale est d’administrer cette angoisse essentielle en clivant l’Objet : la défense primordiale dans le système kleinien est le clivage. Le sein en tant qu’Objet primordial va être clivé en un bon sein et un mauvais sein, ou bien en un bon Objet que le Sujet possède et un mauvais qui est absent. C’est ainsi que s’instaure une alternance entre le Sujet et l’Objet, entre l’être et l’avoir : de n’avoir pas l’Objet, le Sujet vient à l’être, alternance d’où s’origine l’identification secondaire.

Mais en même temps que s’installe le clivage se mettent en place les mécanismes de l’introjection et de la projection. Voici une rapide définition de ces deux concepts. Dans l’introjection, la libido, en l’occurrence la pulsion sadique orale, investit un Objet et en ramène l’imago, c’est‑à‑dire la déformation fantasmatique de cet Objet extérieur qui est alors perçu comme « bon » ou comme « mauvais » ; ce seront les Objets intériorisés, dont la propriété fantasmatique et partielle sera indiquée par les guillemets. Ces Objets sont irrémédiablement connotés de négativité car est mauvais par principe tout ce qui est morceau, y compris le « bon » sein qui peut parfois persécuter ; seul l’intègre, le complet est réellement bon, et précisément l’introjection ne laisse pas subsister l’intègre.

L’introjection participe du mécanisme général d’intériorisation, mais elle fragmente les Objets, alors que l’identification qui participe du même mécanisme concernera les Objets dans leur totalité. Une fois introjectés, les Objets « bons » ou « mauvais » resteront à l’intérieur de l’autre scène ; ils y seront inscrits, définitivement. L’introjection est une marque définitive.

C’est pourquoi la projection n’est pas le mécanisme strictement inverse de l’introjection, car le Sujet aura beau tenter de mettre au–dehors les mauvais Objets intériorisés, de les projeter, il n’y arrivera pas. La projection ou éjection est la tentative d’expulser le sadisme ou bien l’Objet « mauvais ». Bien que projeté, l’Objet reste mauvais Objets intériorisé, ombre marquée dans le Moi et d’autant plus dangereusement menaçant qu’il a été projeté sadiquement. D’où les craintes de rétorsions vengeresses de la part du sein de la mère sur lequel s’exercent ces projections.

Le mauvais sein a donc deux niveaux de définition : c’est premièrement le sein absent ; deuxièmement et conséquemment, c’est le sein intériorisé, c’est‑à‑dire partiel, « bon » ou « mauvais ».

Le développement du Sujet qui prend son départ du clivage de l’Objet primordial va être régi par les mécanismes de l’introjection et de la projection. Le Sujet introjecte l’Objet fantasmatique en s’en nourrissant mais aussi en le dévorant, le déchiquetant. De cela, le Sujet veut se défendre en le projetant car il craint ses représailles. L’angoisse surgit et le Sujet est poussé à introjecter, mais éloigné de l’Objet primordial. L’angoisse surgit de nouveau avec la crainte de persécution vengeresse. Le Sujet est poussé à un nouveau déplacement sur un autre Objet équivalent, etc. Il s’agit là du mécanisme du refoulement tel que FREUD présente en 1915 dans la Métapsychologie, mécanisme qui est tout aussi bien la mise en place du principe de plaisir, celui qui baisse la tension par le biais du jeu ou par l’association.

La phase schizo‑paranoïde est dominée par le sadisme. Les pulsions sadiques orales, anales et urétrales se réunissent pour s’emparer du sein. L’enfant est sous l’emprise de la crainte d’une vengeance ; il est soumis à des sentiments et fantasmes de persécution. La destruction des persécuteurs par des moyens violents ou au contraire sournois et rusés est la principale défense.

L’identification projective est d’abord l’idée qu’un Objet extérieur peut être détesté dans la mesure où il représente une partie haïssable du Sujet : le Sujet éjecte, projette son « amuavais », ses excréments sur l’autre et l’identifie ainsi comme mauvais. Mais ce peut être aussi des parties bonnes qui sont ainsi projetées, permettant à l’enfant de développer des relations stables aux Objets nécessaires à la constitution du Moi.

Ce type d’identification a toutefois l’inconvénient de créer la confusion entre Moi et l’autre, ce qui n’est pas sans rappeler les phénomènes de transitivisme. KLEIN précise que la ntaure archaïque de ce mécanisme n’est présente de façon normale que chez le nourrisson, comme reliquat des angoisses et des mécanismes schizo‑paranoïdes et disparaît au début de la deuxième année. L’identification projective persiste dans la psychose. L’utilisation abusive de ce concept par les analystes kleiniens a été récemment interrogée.

Terme créé par E. BLEULER (1911) pour désigner un groupe de psychoses dont KRAEPLIN avait déjà montré l’unité en les rangeant sous le chef de la « démence précoce » et en y distinguant les trois formes, restées classiques, hébéphrénique/catatonique et paranoïde. En y introduisant le terme schizophrénie, BLEULER entend mettre en évidence ce qui constitue selon lui le symptôme fondamental de ces psychoses : la Spaltung (« dissociation »). Le terme s’est imposé en psychiatrie et en psychanalyse, quelles que soient les divergences des auteurs sur ce qui assure à la schizophrénie sa spécificité, et, partant, sur l’extension de ce cadre nosographique. Contourné par FREUD qui préféra parler de paraphrénie, ce terme s’est pourtant imposé en psychiatrie et en psychanalyse pour caractériser, à côté de la paranoïa et de la psychose maniaco‑dépressive issue de la mélancolie, l’une des trois composantes modernes de la psychose en général.

Avant même de recevoir le nom que lui donna BLEULER, cette forme de folie avait été décrite par les médecins du 19ème siècle comme une démence à l’état pur, caractérisée par un retranchement du Sujet à l’intérieur de lui‑même. Jeune la plupart du temps, la Sujet, homme ou femme, sombrait sans aucune raison apparente dans un tel état de stupeur et de délire qu’il semblait perdre définitivement pied avec la réalité. En 1832, Honoré de BALZAC (1799‑1850) décrivit pour la première fois, dans Louis LAMBERT, la quintessence de ce qui allait devenir le symptôme schizophrénique :

« Louis se tenaitdebout comme je le voyais, jour et nuit, les yeux fixes, sans jamais baisser et relever les paupières comme nous en avons l’habitude […]. J’essayai de lui parler à plusieurs reprises, mais il ne m’entendit pas. C’était un débris arraché à la tombe, une espèce de conquête faite par la vie sur la mort, ou par la mort sur la vie. J’étais là depuis une heure environ, plongé dans une indéfinissable rêverie, en proie à mille idées affligeantes. J’écoutais Mlle de VILLENOIX qui me racontait dans tous ses détails cette vie d’enfant au berceau. Tout à coup, Louis cessa de frotter ses jambes l’une contre l’autre et dit d’une voix lente : ‘’Les anges sont blancs.’’ »

En devenant la forme paradigmatique de la folie du 20ème siècle, la schizophrénie fut également l’Objet d’un débat esthétique, puis politique. A partir de 1922, et tout en s’inspirant des pathographies classiques, Karl JASPERS (1883‑1969) entreprit d’étudier quatre Destins de créateurs rétroactivement de schizophrènes : Friedrich HÖLDERLIN (1770‑1843), Emmanuel SWEDERNBORG (1668‑1772), Vincent VAN GOGH (1853‑1890) et August STRINDBERG (1849‑1912). Constatant que la notion de schizophrénie était équivoque et que son origine pouvait être attribuée à une lésion cérébrale, JASPERS quittait néanmoins le domaine de la nosogrpahie pour souligner l’existence d’une vie spirituelle propre à cette forme de folie : « Il existe une vie de l’esprit dont la schizophrénie s’empare pour y faire ses expériences, y créer ses fantasmes et les y implanter ; peut‑être, après coup, peut‑on croire que cette vie spirituelle suffit à les expliquer, mais sans la folie ils n’auraient pu se manifester de la même façon. » Dès les années 1920, la schizophrénie, comme d’ailleurs l’hystérie, échappait donc à la définition BLEULERIENNE pour devenir l’expression d’un véritable langage de la folie, non pas pathologique mais subversif, porteur d’une révolution formelle et d’une contestation de l’ordre établi. Telle fut la signification en 1925 du manifeste surréaliste « Lettre aux médecins‑chefs des asiles de fous », inspiré par Antonin ARTAUD (1896‑1948) et rédigé par Robert DESNOS (1900‑1945) :

« Sans insister sur le caractère parfaitement génial des manifestations de certains fous, dans la mesure où nous sommes aptes à les apprécier, nous affirmons la légitimité absolue de leur conception de la réalité et de tous les actes qui en découlent. »

C’est dans cette perspective que le psychiatre ALLEMAND Hans PRINZHORN (1886‑1933) décida de se consacrer à l’étude des œuvres plastiques produites par les malades mentaux. Dans son livre magistral, Expressions de la folie, publié en 1922, il fut le premier à regarder ces productions non pas comme une illustration de la pathologie des auteurs, mais comme des œuvres d’art à part entières. Il les baptisa « art schizophrénique » et les rapprocha des diverses écoles picturales modernes, notamment de l’expressionnisme. Loin de s’en tenir à la définition psychiatrique de la schizophrénie, PRINZHORN étendait le terme à une forme de pensée ou à une structure psychique capable de produire un art « sauvage » semblable à celui des enfants et des peuples primitifs, rejoignant ainsi le débat qui avait lieu, à la même époque, entre l’anthropologie et la psychanalyse à propos de Totem et Tabou. Cette conception de la schizophrénie sera reprise, à partir de 1955‑1960, moyennant quelques modifications, par les artisans de l’antipsychiatrie (David COOPER et Ronald LAING), puis théorisée en FRANCE par deux philosophes : Michel FOUCAULT (1926‑1984) et Gilles DELEUZE (1925‑1995). Dans son Histoire de la folie à l’âge classique, publié en 1961, FOUCAULT se refusait à tout diagnostic mais faisait de la folie d’ARTAUD, de NIETZSCHE, de VAN GOGH et d’HÖLDERLIN l’instant dernier de l’œuvre :

«  Là où il y a œuvre, il n’y a pas folie ; et pourtant la folie est contemporaine de l’œuvre, puisqu’elle inaugure le temps de sa vérité. »

La même année, Jean LAPLANCHE étudiait la schizophrénie d’HÖLDERLIN en la considérant comme un élément inséparable de l’œuvre du poète. Quant à DELEUZE, dans l’Anti‑Œdipe, Capitalisme et schizophrénie, ouvrage rédigé avec Félix GUATTARI, il s’appropriait le terme « schizophrénie » pour le faire résonner autrement. Les deux auteurs s’efforçaient de repenser l’histoire universelle des sociétés à partir d’un postulat unique : le capitalisme, la tyrannie ou le despotisme trouveraient leurs limites dans les machines désirantes d’une schizophrénie réussie, c’est‑à‑dire dans les filets d’une folie non entravée par la psychiatrie. A l’impérialisme de l’Œdipe FREUDIEN et à la théorie LACANIENNE du signifiant, ils opposaient le principe d’une schizo‑analyse fondée sur une psychiatrie dite « matérialiste », dont Wilhelm REICH, contre FREUD et BLEULER, aurait été le premier porte‑parole. L’ouvrage, remarquable par sa verve antidogmatique, la beauté de son style, la générosité de l’inspiration et la valeur programmatique de son idéal biochimique et énergétique, ne provoqua aucune réforme du savoir psychiatrique dans le domaine du traitement de la schizophrénie, et s’inscrivit le plus simplement du monde dans l’histoire progressiste de la psychothérapie institutionnelle. Tandis que, portée par l’antipsychiatrie, s’épanouissait la grande thématique libertaire de la révolte schizophrénique, les études cliniques sur le traitement de la schizophrénie et de la psychose maniaco‑dépressive se poursuivaient à l’ombre des institutions hospitalières du monde entier. A cet égard, une révolution pragmatique et technologique fut apportée par la pharmacologie avec l’invention en 1952 des neuroleptiques. Alors qu’au début du siècle, les schizophrènes étaient condamnés à passer leur vie dans un asile, et que de nombreux malades étaient sauvagement traités par la cure d’insuline, inventée en 1932 par Manfred SAKEL (1900‑1957), puis par la neurochirurgie (ou lobotomie), introduite en 1935 par Egas MONIS (1874‑1955), et enfin par l’électrochoc, l’apport de la psychanalyse et des différentes thérapies – KLEINIENNE, FREUDIENNE, familiale – permit un progrès considérable dans le traitement de cette forme de folie. L’introduction des divers traitements pharmacologiques a remplacé l’ancien enfermement carcéral par une camisole chimique et a permis de soigner les patients hors de l’asile. Cette révolution tranquille, contemporaine de l’essor du grand mouvement de contestation de l’ordre psychiatrique des années 1955‑1970, imposa progressivement ses méthodes dans le monde entier au prix de l’anéantissement de toute la conception FREUDO‑BLEULERIENNE de la psychiatrie dynamique.

La schizophrénie malgré les différentes analyses constitue un cohérent syndrome. Et sous un aspect caricatural, on peut analyser des éléments symboliques et schématiques du Régime Diurne de l’imagination.

BLEULER, s’insurgeant contre le nihilisme thérapeutique de l’école ALLEMANDE, plus soucieuse de classer que de soigner, créa le mot de schizophrénie pour intégrer la pensée FREUDIENNE au savoir psychiatrique : en effet, à ses yeux, seule la théorie du psychisme élaborée par FREUD permettait de comprendre les symptômes de cette folie. Tout en lui conservant une étiologie organique, héréditaire et toxique, il ouvrait la voie à une conception selon laquelle les notions de personnalité, de Soi, de relation du Sujet au monde (intérieur et extérieur) jouaient un rôle considérable. En d’autres termes, cette nouvelle démence et elle n’était plus précoce, elle englobait tous les troubles liés à la dissociation primaire de la personnalité conduisant à divers symptômes tels que le repli sur Soi, la fuite des idées, l’inadaptation radicale au monde extérieur, l’incohérence, les idées bizarres, les délires sans dépression ni manie ni troubles de l’humeur, etc. BLEULER fait de la schizophrénie le grand modèle structural de la folie du 20ème siècle.

Jusqu’à aujourd’hui, les rites d’initiation et, en particulier, ceux de la circoncision, ont été considérés par les anthropologues et les psychanalystes comme imposés par les anciens aux jeunes non consentants. Mais les enfants schizophrènes que BETTELHEIM a observés ont développé, à partir de besoins intérieurs profonds, des pratiques s’apparentant à des coutumes initiatiques. Aussi névrotiques ou psychotiques qu’aient pu être ces efforts, leur fonction était bien d’aider ceux qui les effectuaient. Ce qui l’a conduit à se demander s’ils n’avaient pas sous‑estimé l’homme en admettant que l’in de ses rituels les plus importants fut imposé d’abord par la tradition ou la haine des aînés. BETTELHEIM est de plus en plus convaincu avec le temps que ces rites étaient motivés non par le désir de briser l’autonomie de l’homme, ni par celui d’empêcher qu’il ne se réalisât en tant que personne et membre du groupe social, mais bien par le désir opposé. Les n’ont que peu de rapport avec un conflit humain entre jeunes et vieux, l’affirmation du tabou de l’inceste ou l’adhésion à la tradition. Il pense, au contraire, qu’ils sont des efforts accomplis pour maîtriser les conflits provenant des désirs pulsionnels polyvalents de l’homme et aussi du conflit entre ces désirs et le rôle que la société attend de l’homme.

Pour BINSWANGER qui présenta l’histoire de cinq grands cas parmi lesquels ceux d’Ellen WEST et de Suzan URBAN, la causalité première de la schizophrénie était l’entrée dans une existence inauthentique conduisant à la perte du Moi dans l’existence, à une grave altération de la temporalité et à l’autisme, c’est‑à‑dire à un projet de ne pas être soi‑même.

FENICHEl va jusqu’à dire que « dans la schizophrénie, l’inconscient est conscient ». En effet, les motivations qui, chez les Individus « normaux », sont inconscientes, sont souvent exprimées ouvertement par des adultes schizophrènes et que les enfants « normaux », témoignent d’un comportement qui, chez les adultes « normaux » , reste caché. Le contenu de l’inconscient risque d’être plus aisément visible dans le comportement (et les déclarations) des enfants schizophrènes.

Du point de vue de la phénoménologie, la schizophrénie fut regardée par MINKOWSKI comme une altération de la structure existentielle du Sujet, comme une perte de contact vital avec la réalité, et enfin comme une incapacité à s’inscrire dans une temporalité. La schizophrénie est euphorie, délectation morbide devant la Spaltung. Le sujet semble parfaitement à l’aise dans les hallucinations de la maladie.

Sa version est d’indiquer que la schizophrénie est angoisse devant la vision schizomorphe de l’univers. Le Sujet veut guérir, cela occure lorsque le Sujet prend en horreur l’exclusif monde de l’éclairement et qu’il se raccroche à un rituel et à un symbolisme nocturne. Si la guérison est possible, les structures archétypales et leurs liaisons isomorphes restent inchangées, intangibles dans une sorte d’Objectivité nouménale des régimes de représentation. La prise en considération du corps est le symptôme du changement de régime de l’imaginaire. L’intérêt et l’affection portés au corps marquent, pour le schizophrène, une étape positive dans la voie de la guérison. C’est lorsque les sentiments de culpabilité charnelle sont écartés que le Sujet entre dans le processus d’amélioration et déclare : « Alors je commençais à prendre en considération et à aimer mon corps. » Il est remarquable d’ailleurs que dans ce processus l’imagination du corps soit à la fois sexuelle, gynécologique et digestive : le symbolisme du lait, des pommes et des nourritures terrestres alternant avec des fantasmes d’involution dans le corps maternel.

Cliniquement, la schizophrénie se diversifie en des formes apparemment très dissemblables d’où l’on dégage habituellement les caractères suivants

Incohérences de la pensée, de l’action et de l’affectivité (désignée par les termes classiques de discordance, dissociation, désagrégation),

Le détachement à l’endroit de la réalité avec repli sur soi et prédominance d’une vie intérieure livrée aux productions fantasmatiques (autisme), une activité délirante plus ou moins marquée, toujours mal systématisée. Enfin, le caractère chronique de la maladie, qui évolue selon les rythmes les plus divers dans le sens d’une « détérioration » intellectuelle et affective, et aboutit souvent à des états d’allure démentielle, est pour la plupart des psychiatres un trait majeur sans lequel on ne peut porter le diagnostic de schizophrénie.

La première structure schizomorphe que met en lumière le grossissement pathologique est une accentuation de ce recul par rapport au donné qui constitue l’attitude réflexive normale. Ce recul devient alors perte du contact avec la réalité, déficit pragmatique, perte de la fonction du réel, autisme. La structure schizomorphe première ne serait pas autre chose que ce pouvoir d’autonomie et d’abstraction du milieu ambiant qui commence dès l’humble autocinèse animale, mais se renforce chez le bipède humain par le fait de la station verticale libératrice des mains et des outils qui prolongent ces dernières.

Elle est reliée à cette faculté d’abstraire qui est la marque de l’homme réfléchissant en marge du monde, c’est la fameuse Spaltung. C’est une fureur d’analyse qui s’empare de la représentation du schizophrène : les visages sont découpés comme du carton, chaque partie du visage est perçue comme séparée, indépendante des autres. Le Sujet répète inlassablement « Tout est séparé, détaché, électrique, minéral. ».

Cette 3ème découle de ce souci obsessionnel de la distinction et c’est ce que le psychiatre appelle le géométrisme morbide. La valeur donnée à l’espace et à l’emplacement géométrique explique par contrecoup la fréquente gigantisation des Objets dans la vision schizomorphe. La 2nd conséquence qu’entraîne la géométrisation morbide, et qui nous révèle le sens profond des structures schizomorphes, c’est l’effacement de la notion du temps et des expressions linguistiques qui signifient le temps au profit qu’un présent spatialisé. Cela peut déboucher sur un emploi abusif d’infinitifs, de certaines prépositions de signification chronologique comme « lorsque », « quand » sont remplacés par des termes de nuance topographique comme « où ».

Le sens tout entier du Régime Diurne de l’imaginaire est pensée contre les ténèbres, est pensée contre le sémantisme des ténèbres, de l’animalité et de la chute, c’est‑à‑dire contre KRONOS, le temps mortel. Or, le schizophrène reprend à son compte, en l’exagérant, cette attitude conflictuelle entre lui‑même et le monde. Naturellement prédisposé pour la logique, il pousse en chaque circonstance l’antithèse l’antithèse moi‑et‑le‑monde jusqu’à ses extrêmes limites et, de ce fait, vit dans une atmosphère de conflit constant avec l’ambiance. Cette fondamentale attitude conflictuelle déborde sur tout le plan de la représentation et les images se présentent par couples en une sorte de symétrie renversée que MINKOWSKI appelle l’attitude antithétique.

La souffrance du schizophrène est parfois visible sur son visage pendant que son mutisme se complète souvent d’une immobilité de tout le corps qui le transforme en statue. Cela pose un problème vital pour le malade, indifférent à la nourriture, au froid, à la chaleur, refusant tout soin corporel.

Insensiblement un jour, un être jeune, homme ou femme, s’est séparé du monde. Il s’est détaché de ses affections, de son travail, de ses amis, mais aussi de toutes les contingences de la vie qui lui paraissent vaines. En même temps que ses passions s’éteignent, il construit de singuliers discours, curieux, impénétrables, utilisant des mots nouveaux. Ses mimiques sont caricaturales, mais parfois, de ses attitudes, et de ses propose émane une poésie fascinante. Ce spectacle n’évolue pas seul. L’extravagance ou l’étrangeté de l’attitude n’est que la sombre parure d’un travail interne qui longuement s’organise pour dissoudre l’âme.

aCaractéristiques

BACHELARD a écrit La Formation de l’esprit scientifique dans lequel il montre comment la science avait peine à se débarrasser des images et des rêveries.

bTypologie

BERNABEU, dans Science‑Fiction, souligne qu’un homme créé à l’image de Dieu ou un Dieu à l’image de l’homme, de même qu’un démon à l’image de l’homme, nous révèlent les peurs et les aspirations de l’homme. une machine déifiée nous révèle les peurs et les aspirations de l’homme à l’époque du machinisme. Si nous considérons la science‑fiction dans cette perspective, nous constatons qu’elle traite surtout de l’espace et du temps, du sens Individuel de la réalité et de l’identité, des problèmes d’un isolement prolongé et du combat mortel que l’Individu mène contre les machines.

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