PSYCHANALYSE TANTRA
La culture TANTRIQUE a conservé cette forme primordiale de la voix. La cosmogonie forgée par cette tradition rapporte qu’ « avant » il y avait « tout » et « rien ». Le « tout » était l’énergie cosmique au repos, le « rien » était l’état non manifesté, sans espace ni temps.
« Puis, sans que personne, sauf l’Eternel, sache pourquoi, dans l’akâsha, l’ « éther dynamique », explosa la vibration des origines » (A. VAN LYSEBETH, Tantra, le culte de la féminité)
Alors advint le son originel, dont l’écho vibrera dans l’univers jusqu’à la dissolution finale, le mahapralâya, qui se diversifiera dans la multiplicité infinie des êtres et des formes.
« La Parole prononcée à l’origine des temps est ainsi une force créatrice et efficace, une énergie (sakti) à la fois cosmique et humaine, dont l’homme peut s’emparer au moyen des formules (mantra) dans lesquelles elle s’exprime » (A. PADOUX, Recherches sur la symbolique et l’énergie de la parole dans certains textes tantriques)
Cette doctrine spirituelle est l’expression d’un principe fondamental : la puissance de la Parole tient à ce qu’elle est l’incarnation de la voix originelle irréductible, présentifiée dans le son primordial qui contient tous les sons, le phonème Om. Il est transcrit quelquefois AUM, pour rendre compte de la série des trois sons A, U (prononcés OU) et M (ce dernier étant assorti du suites non vocales). Le Jaiminiya Upanishad Brahmana (I, 1) rapporte comment PRAJAPATI, après avoir conquis l’univers au moyen des trois VEDA, s’employa à en extraire la sève ou l’essence, dans la crainte que les dieux ne le lui reprennent.
« Voici que d’une syllabe il ne put extraire l’essence : Om. Cette syllabe devint cette Parole et cette Parole n’est rien d’autre que Om, le souffle en est l’essence. » Le Om est ainsi « l’expression phonique par excellence, le son primordial auquel tous les mantra peuvent se ramener, la source même de la Parole » (PADOUX, Recherches sur la symbolique)
Il est qualifié de pranava (de pra‑nu, « résonner »), ce que le Ksemaraja, avec les plus anciennes Upanishad, commente en disant qu’il est l’ « énergie animatrice des créatures, le son originel « non frappé » (anahata), qui présentifie la Réalité suprême sans attributs (niskala) et en lequel tous les mantra et phonèmes ont leur fondement et reposent ».
« Sur le Om, explique‑t‑on, les eaux ont leurs assises, sur les eaux, la terre, sur la terre, les mondes. Comme les feuilles sont enfilées sur une tige, ainsi les mondes sont enfilés sur cette syllabe. » (The Jaiminya or Talavakara Upanisad Brahmana de Hanns OERTEL)
Ce que la Mândûkya Upanishad résume en ces termes :
« Cette syllabe est le tout : ce qui a été, ce qui est, ce qui sera, et aussi ce qui est au‑delà du temps. »
Voilà pourquoi la Katha Upanishad (II, 15‑17) peut conclure que « quand on a compris cette syllabe, tout ce qu’on désire, on l’a ».
Ainsi le yogin qui, par sa pratique, a atteint la maîtrise du Om, est‑il en mesure de « remonter jusqu’à la source de la Parole, peut‑être même à un au‑delà de la Parole, à une Parole qui est non‑Parole, à l’énergie première qui forme la nature profonde du mantra et qui est la cause de toute connaissance, de toute action et de tout le monde de l’objectivité. » (PADOUX)
C’est la conjonction de l’émission sonore et de son tracé, dont les spécialistes soulignent qu’il n’a pas de signification, qui constitue le mantra. Il faut en effet savoir qu’un graphisme singulier (qui n’a rien à avoir avec un écriture) correspond à l’émission vocale et spirituelle du Om. Dans la pratique, la vibration du son se superpose au tracé, qui en est la forme visible. Ce tracé est autant un yantra, diagramme mystique et magique, qu’un mandala, trait symbolique, figurant le déploiement du dynamisme créateur. Avant le SANSKRIT, avant même l’écriture devanâgarî, le ômkar se traçait dans la glaise malléable ou sur des feuilles de palme. Ce qui établit que le mantra personnel que le gourou délivre à l’oreille de l’initié dans un murmure est ce qui détient, comme la voix de SOCRATE, la vérité insensée du Sujet. Dans notre culture OCCIDENTALE, nous retrouvons, en dépit des avatars de l’Histoire, la trace encore reconnaissable de la voix primordiale dans le cri du flamenco ANDALOU.