PSYCHANALYSE TAROT
Un Arcanes selon nombre et signification. 2
b Anthropocentrisme du Tarot 11
Jeu de cartes sans doute des plus anciens, le Tarot met en œuvre un monde de symboles. On ne peut douter de son enseignement ésotérique, plus ou moins secrètement transmis à travers les siècles. Le problème de ses origines est très difficile, sinon impossible à résoudre. Depuis COURT de GEBELIN qui, au 18ème siècle, se passionna pour son interprétation, les théories les plus diverses ont été avancées. Qu’il vienne de CHINE, des INDES, de l’EGYPTE, qu’il soit l’œuvre même de THOT‑HERMES TRISMEGISTE, celle de BOHEMIENS, d’ALCHIMISTES, de KABBALISTES ou d’un homme sage entre les sages, le Tarot présente en fait une iconographie assez nettement moyenâgeuse et mêlée de symboles chrétiens.
aCaractéristiques
Toutes ces lames sont vivement coloriées. Avant d’examiner leurs significations particulières, nous rappellerons ici en quelques lignes la symbolique des couleurs dominantes du Tarot : ocre rose (chair), bleu, rouge et jaune.
Le bleu, couleur nocturne, passive, lunaire, est la couleur du secret, du sentiment, de l’anima, des valeurs féminines par excellence.
Le jaune, dans toute son ambivalence, est en même temps la couleur de la terre et celle du soleil, de la richesse du miel et des moissons, de la lumière intellectuelle en sa pureté d’or inaltérable.
L’ocre rose indique toujours ce qui est humain ou se rattache à l’humanité (visages, corps, constructions).
Le rouge est la couleur mâle de la force interne, de l’énergie potentielle, des manifestations de l’animus, du sang et de l’Esprit.
Sous sa forme la plus traditionnelle, celle du Tarot de MARSEILLE (le seul auquel se rapportent nos descriptions détaillées), le jeu se compose de 78 lames ; 56 arcanes mineurs, 22 arcanes majeurs. Ces nombres méritent examen. Notons d’abord que le nombre 22 est celui des lettres hébraïques qui, selon la KABBALE, présentent l’Univers. Ce nombre, dans le Tarot, est fait de 21 arcanes numérotés et du mat : le nombre 21, soit 3 fois 7. Le mat qui lui est ajouté est, dirait un sage AFRICAIN, la parole donnée à cette perfection, son animation. Des 56 arcanes mineurs on retiendra surtout qu’elles constituent quatre groupes, on pourrait dire quatre colonnes de 14 lames, qui correspondent aux quatre familles des jeux de carte, dérivés du Tarot. Mais, surtout, il faut souligner que 78, somme de tout le jeu de Tarot, est aussi la somme et donc, selon le langage des ésotéristes qui inventèrent le Tarot, la signification secrète des douze premiers nombres. Secrètement ce livre qui se présente comme un jeu contient donc la substance additionnée du nombre qui structure et l’univers et la pensée.
1 |
BATELEUR |
2 |
PAPESSE |
3 |
IMPERATRICE |
4 |
EMPEREUR |
5 |
PAPE |
6 |
AMOUREUX |
7 |
CHARIOT |
8 |
JUSTICE |
9 |
HERMITE |
10 |
ROUE DE FORTUNE OU LE SPHINX) |
11 |
FORCE |
12 |
PENDU |
13 |
(MORT – OU LE FAUCHEUR - ) |
14 |
TEMPERANCE |
15 |
DIABLE |
16 |
MAISON DIEU |
17 |
ETOILE DE VENUS |
18 |
LUNE |
19 |
SOLEIL |
20 |
JUGEMENT |
21 |
MONDE |
0 |
MAT |
Il symbolise essentiellement l’épreuve du choix qui attend l’adolescent lorsqu’il parvient au carrefour de la puberté. Sa route jusque là était une, et voici qu’elle se sépare en deux, dextre et senestre. Le nombre 6 qui lui est associé souligne l’aspect d’abord sexuel de ce symbole : le sénaire, dit Clément d’ALEXANDRIE, est un nombre sexuel, et s’appelle pour cette raison le mariage. Le choix place en face d’antagonismes et d’un désir de les surmonter par l’union. Un jeune homme est au centre de cette lame, vêtu d’une tunique à bandes verticales bleues, rouges, jaunes. Deux femmes l’encadrent : à sa gauche, une femme blonde, enveloppée dans une robe bleue et une cape bleue à bords rouges, dirige sa main gauche vers la poitrine du garçon tandis que la paume de l’autre main se tourne vers le bas. A droite de l’Amoureux, une femme habillée d’une robe rouge à grandes manches bleues, aux cheveux bleus surmontés d’une sorte de coiffure ou couronne jaune, pose sa main gauche sur l’épaule du jeune homme et ouvre l’autre vers le sol. La première de ces femmes est séduisante ; la seconde, au long nez, a l’air sévère et vieilli. C’est elle pourtant que l’Amoureux regarde. Au‑dessus de lui, un ange ou un EROS‑CUPIDON aux ailes bleues est au centre d’un cercle solaire à rayons bleus, jaunes et rouges ; il tient un arc et une flèche blanche qu’il dirige vers le jeune homme. Tous les commentateurs du Tarot rappellent ici la parabole d’HERCULE au carrefour, ayant à choisir entre le Vice et la Vertu, ou la tradition ORPHIQUE et PYTHAGORICIENNE de la route suivie par l’âme après la mort, lorsque, à une bifurcation, elle doit choisir entre la route gauche, qui en réalité conduit aux Enfers, et celle de droite, qui mène aux Champs des Bienheureux. Une seule route conduit au bonheur réel ; c’est à nous de savoir la choisir. La flèche, symbole dynamique et décisif, vecteur de soleil et de lumière intellectuelle qui aide à résoudre les problèmes d’ambivalence, est là pour guider l’Amoureux ou lui dicter son choix. Ici, elle vise à le séparer des séductions illusoires. Mais cette lame symbolise aussi les valeurs affectives et la projection de la double image que l’homme se fait de la femme ; VENUS URANIE ou VENUS des carrefours, ange ou démon, inspiratrice d’amour charnel ou platonique, elle ne cesse de revêtir des formes multiples devant lesquelles l’homme hésite, parce qu’au fond il ne se connaît pas lui‑même : que l’homme recèle un conflit inexprimé ou qu’il soit hésitant devant les termes d’un conflit dont l’expression se fait jour, il lui reste à opérer d’abord la prise de conscience parachevée des éléments qui le déchirent, ensuite leur objectivation, c’est‑à‑dire l’accession à une position qui le rendra indépendant par rapport à eux. Seulement alors, une synthèse constructive est possible ; telle est la dialectique fondamentale de out progrès de la conscience. Et telle est une des leçons symboliques données par l’Amoureux, ce Moi affectif devant lequel viennent se poser et se résoudre tous nos choix.
Par un étrange paradoxe, c’est un jongleur, un escamoteur, le créateur d’un monde illusoire par ses gestes et par sa parole, qui ouvre le jeu des 22 lames majeures du Tarot. Son vêtement dont les couleurs rouge et bleu sont exactement alternées, est retenu à la taille par une ceinture jaune, comme la partie intermédiaire ; un bas bleu couvre la jambe gauche, le pied est chaussé de bleu ; les pieds sont disposés en équerre. La main tenant une baguette et sortant de la manche bleue est levée vers le ciel, ce qui symbolise l’évolution nécessaire de la matière, tandis que la main qui tient un denier et sort de la manche rouge se dirige vers le bas : c’est l’Esprit qui pénètre la matière. Toutes les apparences soulignent la division d’un être, également produit de deux principes opposés, et la domination de sa dualité par l’équilibre et la suprématie de l’Esprit. Le chapeau du Bateleur, à fond jaune, à bords verts cerclés de rouge, rappelle la forme du signe algébrique de l’infini : son couvre‑chef couronne symboliquement tout ce que le Bateleur peut représenter : le lemniscate à bord rouge nous rappelle l’ultime triomphe de l’esprit dans l’Unité. Le bateleur se tient devant une table, de couleur chair (ce qui souligne son caractère humain), dont nous ne voyons que trois pieds qui pourraient être marqués des signes soufre, sel et mercure, car ce sont les trois piliers du monde objectif. Sur cette table sont posés divers Objets qui correspondent aux autre séries des arcanes mineurs : deniers, coupes, épées, bâtons et marquent le lien qui unit les 78 lames du Tarot. Ouvreur et meneur de jeu, le bateleur n’est‑il vraiment qu’un illusionniste qui se joue de nous, ou cache‑t‑il, sous ses cheveux blancs terminés par des boucles d’or, comme s’il était hors du temps, la profonde sagesse du Mage et la connaissance des secrets essentiels ? Il désigne généralement le consultant, et peut indiquer aussi bien la volonté, l’habilité et l’initiative personnelles que l’imposture et le mensonge. On retrouve ici encore l’ambivalence, le haut et le bas de presque chaque symbole. Sa place dans le jeu, son symbolisme même nous invitent à aller au‑délà des apparences : le nombre UN est celui de la cause première et si, sur le plan psychologique ou divinatoire, le bateleur désigne le consultant, sur le plan de l’Esprit, il manifeste le mystère de l’Unité. Symbolisant à la fois les trois mondes : Dieu, par le signe de l’Infini, l’homme et la diversité de l’Univers, il est, en tout, le point de départ, avec toutes les richesses ambivalentes données à la créature pour accomplir son Destin.
Nous retrouvons dans le Chariot, 7ème arcane majeur du Tarot, l’Amoureux de la 6ème lame, un peu vieilli, couronné d’or pour attester qu’il a dominé ses ambivalences et, par là, conquis l’unité propice à tout homme qui a résolu ses conflits. Sur ses épaules, deux côtés de visage (projection dédoublée) témoignent des oppositions qu’il a dépassées. c’est parce qu’il les a dépassées, qu’il est sur le Chariot, c’est‑à‑dire qu’il avance (VIRI). Il tient un sceptre et est sous un baldaquin couleur chair, soutenu par quatre colonnes, deux bleues et deux rouges, qui s’élèvent des quatre angles du chariot. Il porte une jupe rouge, séparée par une ceinture jaune d’une cuirasse bleue, qui a une manche jaune et l’autre rouge et sur laquelle une triple équerre souligne le travail de construction qui doit être accompli dans les trois mondes : naturel, humain, divin. Les chevaux qui traînent son char n’ont pas de rênes visibles ; ils regardent dans la même direction, mais l’un est bleu, l’autre rouge et ils paraissent tirer à hue et à dia, chacun ayant la jambe extérieure levée. Entre eux les initiales S.M. signifient soit : Sa Majesté, soit selon l’interprétation alchimique : Souffre et Mercure, éléments de base du Grand Œuvre. Les commentateurs ont pensé ici à la légende d’ALEXANDRE, voulant vérifier, debout sur un char tiré dans les airs par deux oiseaux géants ou deux griffons, si les cieux et la terre se touchent, ou bien au char de feu du prophète ELIE. Certains ont vu dans cette lame le succès, le triomphe, la supériorité, la diplomatie appliquée (O. WIRTH) ; les expertises ; le besoin d’être éclairé (TH. TERESCHENKO) ; ou les concessions nuisibles, les scandales (J.R. BOST). Il correspond en astrologie à la 7ème maison horoscopique, celle de la vie sociale. Sur le plan psychologique, la 7ème lame est celle de l’homme qui a dominé les oppositions et unifié les tendances contraires par l’effet de sa volonté. Nous sommes ici dans le domaine de l’action personnelle, située dans l’espace et dans le temps. La fatalité est dépassée ; l’homme a choisi, il s’est pris en main et il est le maître victorieux qui va de l’avant, oubliant peut‑être que, s’il dérive du Pape (4), il risque d’aboutir à la Roue de la Fortune (10), dont les roues profilées du char peuvent être une préfiguration.
Entre la Tempérance et la Maison‑Dieu, le 15ème arcane majeur du Tarot invite à réfléchir sur le Diable. Il exprime la combinaison des forces et des quatre éléments de la nature (eau, terre, air, feu) au milieu de laquelle se déroule l’existence de l’homme ; le désir d’assouvir ses passions à n’importe quel prix, le trouble, la surexcitation, l’emploi de moyens illicites, la faiblesse donnant place aux influences fâcheuses (O. WIRT). Correspondant en Astrologie à la 3ème maison horoscopique, cet arcane représente en quelque sorte l’envers de l’Impératrice. Au lieu de la domination des forces bien ordonnées, le Diable représente une régression vers le désordre, la division et la dissolution, non seulement sur le plan physique, mais aux niveaux moral et métaphysique (André VIREL). Dressé à demi nu sur une boule couleur chair, dont la moitié s’enfonce dans un socle ou une enclume rouge à six couches superposées, le Diable, dont l’hermaphrodisme est adondamment souligné, a des ailes bleues semblables à celles d’une chauve‑souris ; des chaussures bleues sont retenues à la taille par une ceinture rouge en croissant sous le nombril ; ses pieds et ses mains sont griffus comme des pattes de singe. La main droite est levée ; la gauche, dirigée vers le sol, tient par la lame une épée blanche et nue sans manche ni garde. Sur sa tête, une étrange coiffure jaune est faite de croissants lunaires affrontés et de bois de cerf à cinq cors. A son piédestal sont attachés, par un cordon qui passe à travers un anneau rivé au socle et vient se nouer sur leur cou, deux diablotins symétriques, entièrement nus, l’un mâle, l’autre femelle (à moins qu’ils ne soient eux aussi androgynes), pourvus chacun d’une longue queue qui touche le sol, les pieds griffus, les mains cachées derrière le dos, la tête couverte d’une toque rouge d’où partent deux bois de cerf noirs et deux flammèches ou deux cornes. Le sol est jaune rayé de noir dans sa partie supérieure, mais, sous les pieds des deux diablotins, le sol est noir comme celui sur lequel passe la faux de la Mort (arcane 13). Tout, ici, évoque le domaine de l’enfer, où l’homme et la bête ne sont plus différenciés. Le Diable règne sur les forces occultes et sa parodie de Dieu, le singe de Dieu, est là pour avertir des dangers courus par celui qui veut utiliser ces forces pour son compte, en les détournant de leur fin. Celui qui aspire au savoir caché, au Pouvoir occulte, doit rester en équilibre comme le Bateleur, ou tenir en échec les tendances opposées de l’Abîme, comme le héros sur son char, acquérir la Paix intérieure comme l’Ermite, ou répande, en altruiste vainqueur de ses propres désirs comme le Pendu, les bienfaits de la science, sinon il tombe victime des courants fluidiques déréglés qu’il a évoqués ou projetés, mais qu’il n’a pas su maîtriser. Devant l’occulte, il faut réussir à dominer ou se résigner à servir. Vainqueur ou vaincu, on ne traite pas en égale avec les Forces du Néant (RIJT). Mais ces forces sont indispensables à l’équilibre même de la nature ; seul LUCIFER, porteur de lumière, pouvait devenir Prince des Ténèbres et, lorsque les lames du Tarot sont disposées sur deux rangs, le 8ème arcane domine le 15ème, nombre impair et triangulaire, agent dynamique et créateur (ALLN), pour rappeler que le Diable lui‑même reste soumis à la loi universelle de la Justice. Sur le plan psychologique, le Diable montre l’esclavage qui attend celui qui reste aveuglément soumis à l’instinct, mais il souligne en même temps l’importance fondamentale de la libido, sans laquelle il n’y a pas d’épanouissement humain et, pour pouvoir dépasser la chute de la Maison‑Dieu (16ème lame), il faut avoir été capable d’assumer ces forces redoutables d’une façon dynamique.
Cette lame symbolise précisément ce qu’elle représente : l’empire, la domination, le gouvernement, la puissance, le succès, l’hégémonie, la suprématie de l’intelligence dans l’ordre temporel et matériel. Sceptre en main, assis sur un trône couleur chair, l’Empereur est vêtu d’une tunique et de chausses bleues : mais il porte, sur la tunique, une veste rouge, tandis que ses pieds sont blancs, comme sa barbe et ses cheveux. Correspondant strict de la lame précédente, celle de l’Impératrice, il a, lui aussi, un écusson marqué d’un aigle, mais cette fois, l’aigle est en bas de la lame, accolé au trône, tête et ailes tournées en sens contraire de l’aigle de l’Impératrice, pour assurer l’équilibre des forces par l’opposition des contraires. L’Empereur est le premier des personnages du Tarot qui porte un habit rouge sur du bleu. Pour lui, l’action est le but de l’intelligence et la Sagesse ne servirait de rien, si elle ne s’alliait pas à la Force : par leur union, leur énergie pénètre à l’intérieur de ce monde, dont il est le souverain indiscuté. Un autre symbole de cette concentration est dans la position des jambes, croisées, pour se défendre contre les influences mauvaises et, en même temps pour retenir les forces favorables. Sur le plan psychologique, l’Empereur invite à prendre possession de soi‑même, à tout ordonner dans le sens de la volonté de puissance. Une de ses mains tient le sceptre, l’autre est refermée sur sa ceinture : il affirme ainsi son autorité et se montre prêt à la défendre. En un mot, il est le DEMIURGE, celui qui construit l’homme, aussi bien que le monde.
Mais après le Diable, centre de nuit, et la Maison‑Dieu, éclatement de la contradiction, l’Etoile, 17ème arcane majeur du Tarot est un centre de lumière (VIRI). Elle correspond en Astrologie à la 5ème maison horoscopique. Une jeune femme nue, aux cheveux bleus tombant sur les épaules, le genou gauche à terre, tient dans chaque main un vase rouge dont elle verse le contenu, bleu, dans une sorte de lac, bleu lui aussi. Sur le sol jaune et ondulé poussent une plante à trois feuilles et deux arbustes verts qui se découpent sur le ciel ; celui de gauche est le plus important : un oiseau noir, symbole de l’âme immortelle s’y est posé. Dans le ciel, six étoiles, superposées trois par trois, de tailles et de couleurs différentes (deux jaunes à sept rayons, deux bleues et deux rouges à huit rayons) sont disposées de façon symétrique autour d’une 7ème, au sommet de la lame, beaucoup plus grande, qui a l’air d’être elle‑même composée de deux étoiles superposées à huit rayons, une jaune, une rouge, qui sont, selon certains commentateurs, la nature humaine et la nature divine (MARD). Juste au‑dessus de la tête de la jeune fille, personnifiant sans doute EVE ou l’humanité, brille une étoile jaune à huit rayons. Cet ensemble de sept étoiles, groupées autour d’une plus grande, évoque la constellation des PLEIADES. Il rappelle aussi le 8ème arcane, celui de la Justice en tant qu’intelligence coordinatrice des actions et réactions naturelles (WIRT). Pour la première fois, des astres apparaissent dans le Tarot et les deux lames suivantes seront la Lune et le Soleil. Jusqu’ici l’homme était enfermé dans son univers ; maintenant, il se mêle à la vie cosmique et s’abandonne aux influences célestes qui doivent le conduire à l’illumination mystique, voir lames 18 à 21 (WIRT). Cette jeune fille nue est dans un état de réceptivité parfaite et elle ne garde pour elle rien de ce qu’elle a reçu. L’eau qui s’écoule de ses vases, en serpentant comme celle de la Tempérance, est bleue comme ses cheveux et elle va rejoindre, sans s’y mêler réellement, une eau également bleue, ou arroser la terre aride. N’est‑ce pas faire participer du caractère céleste les éléments matériels que sont l’eau et la terre ? Intercommunication de mondes différents, âme unissant l’esprit à la matière, passage à l’évolution orientée. L’arcane 17 présente un symbolisme de création, de naissance, de mutation. L’image de l’eau coulant d’un vase y rappelle que la naissance, dans les rêves et les mythes, s’associe à des images d’eau ou s’exprime par elles. L’étoile est le monde en formation, le centre originel d’un univers (VIRI). Etroitement liée au ciel dont elle dépend, l’Etoile évoque aussi les mystères du sommeil et de la nuit ; pour briller de son éclat personnel, l’homme doit se situer dans les grands rythmes cosmiques et s’harmoniser avec eux. Cet arcane, avec sa flore et ses eaux, ses deux cruches qui se déversent, ses étoiles à sept et à huit branches, symbolise la création, non point achevée et parfaite, mais en voie de se réaliser ; elle indique un mouvement de formation du monde ou de soi‑même, un retour aux sources aquatiques et lumineuses, aux centres d’énergie terrestres et célestes. Elle symbolise l’inspiration qui vient matérialiser, c’est‑à‑dire traduire, les désirs jusqu’alors inexprimables de l’artiste.
La 11ème lame du Tarot, écrit VAN RIJNBERK, symbolise la Force de Volonté dirigée vers la réalisation de valeurs morales. La volonté peut s’aiguiser dans différentes directions. Elle se concentre pour obtenir un équilibre intérieur chez le Bateleur ; elle irradie, domine, se projette dans l’astral chez le Vainqueur, qui conduit le Chariot ; elle aspire à des élans mystiques chez l’Ermite. Dans la 11ème lame, elle est appliquée à la purification morale, base et soutien de tout entraînement mystique, occulte et magique. La Force du Tarot est le symbole de la Pureté morale, de l’Innocence parfaite : l’Innocentia inviolata, qui trouve dans cet état même les énergies de combat (RIJT). Pour résoudre les ambivalences de la Roue de Fortune et nous montrer que nous pouvons dominer toutes les situations, c’est une jeune femme blonde qui nous donne l’exemple : coiffée d’une lemniscate bleu et blanc brodée de jaune qui rappelle celle du Bateleur, elle tient ouverte, de ses deux mains couleur chair, la gueule d’un lion jaune vu de profil. Sur son habit bleu, à lacis et manches jaunes, tombe un long pan de manteau rouge. Elle inverse ainsi les couleurs de la Justice à laquelle elle fait pendant et retrouve celles de l’Empereur et du Pape : le rouge de l’action et de la puissance recouvrant la lumière intérieure du bleu. Mais la Force dont il est question ici n’a rien de physique ; la jeune femme tient cette gueule ouverte du bout des doigts en quelque sorte ; elle n’évoque ni SAMSON, ni DAVID, ni HERCULE ; c’est l’exercice d’une puissance féminine, bien plus irrésistible dans sa douceur et sa subtilité que toutes les explosions de la colère et de la force brutale (WIRT). Tuer le lion ne servirait à rien, ce qu’il faut, c’est utiliser sa force et son énergie, car l’initié ne méprise rien de ce qui est inférieur ; il envisage comme sacrés jusqu’aux instincts les moins nobles, car ils sont le stimulant nécessaire de toute action. Ce qui est vil ne doit pas être détruit, mais ennobli par transmutation, à la manière du plomb qu’il faut savoir élever à la dignité de l’or (WIRT). Ce symbolisme est clair sur le plan psychologique où notre volonté doit dompter et utiliser les forces de l’inconscient pour réaliser le meilleur de nous‑mêmes. La Force, ou le Lion dompté par une Vierge, représente la force morale, la bravoure, la confiance en soi (TERESCHENKO) ; l’assujettissement des passions, la réussite (WIRTH). Elle correspond en Astrologie à la 11ème maison horoscopique. L’opposition entre le lion, image de la force brutale, et la vierge, image de la force spirituelle, se transforme en une victoire de l’esprit sur la matière et signifie, non une destruction, mais une sublimation des instincts. Et si nous nous souvenons que le chiffre 11 est capitale en initiation, à la fois parce qu’il est formé de 3 et de 8 (qui correspondent ici à l’Impératrice et à la Justice) et parce que, en réduction théosophique, il égale 2, nous ne nous étonnerons pas de trouver la Papesse (2) sous la Force. De même, sachant que, pour obtenir l’origine et la dérivée d’une lame, il faut prendre la 3ème avant et la 3ème après, nous trouvons la Force venant de la Justice (lame 8) et conduisant à la Tempérance (14) ; ce qui souligne la connexion de ces trois vertus cardinales. Mais, dans l’ensemble du Tarot, la Force est la seule lame qui n’ait pas de complémentaire : le nombre d’aucune autre, ajouté au sien, ne donne 22. N’est‑ce pas le signe que, dans la bataille à mener avec nous‑mêmes, nous sommes toujours seuls et que nous devons redoubler d’énergie pour pouvoir continuer notre route ?
L’Amoureux de la 6ème lame devenu le conducteur triomphal du Chariot, se heurte d’abord à la Justice qui lui rappelle qu’un équilibre rigoureux est la loi même du monde et qu’il ne faut rien bouleverser. Alors, pour résoudre cette nouvelle ambivalence, il choisit la voie que lui propose l’Hermite, 9ème arcane majeur du Tarot. Ce vieux sage, un peu courbé, s’appuie sur un bâton qui symbolise à la fois son long pèlerinage et son arme contre l’injustice ou l’erreur qu’il rencontre. Un long manteau bleu, à doublure jaune, à capuchon rouge terminé par un gland jaune, recouvre sa robe rouge qui a une ample manche blanche. De la main droite, par un anneau blanc, il tient à hauteur de son visage une lanterne à six pans, dont trois seulement son visibles : deux jaunes, un rouge. Cette lanterne, bien sûr, fait penser à celle de DIOGENE, cherchant en plein midi un homme dans les rues d’ATHENES et n’y trouvant que des fous. Mais elle symbolise aussi, comme la lampe d’HERMES TRISMEGISTE, la lumière voilée de la sagesse, celle que l’HERMITE couvre de son bleu manteau d’initié. L’illumination doit rester intérieure et il est inutile d’aveugler ou d’éblouir celui à qui elle n’est pas destinée. La voie du Sage est celle de la prudence et l’Hermite, maître secret, travaille dans l’invisible pour conditionner le devenir en gestation (WIRT). Détaché du monde et de ses passions, il est le philosophe hermétique par excellence et la façon dont son nom est orthographié avec un H souligne de façon indiscutable ses liens symboliques avec HERMES, maître tout‑puissant des purs initiés.
Après le Bateleur, qui manifeste la diversité du monde dans son unité, et la Papesse, qui nous invite à en pénétrer les secrets, l’Impératrice, troisième lame du Tarot, symbolise l’intelligence souveraine qui donne le pouvoir, la force motrice, par laquelle vit tout ce qui vit, la VENUS OURANIENNE des GRECS. Assise sur un trône de couleur chair, le visage face à nous, les cheveux blancs, elle revêt une tunique bleue sur une robe rouge, comme si elle avait besoin de s’envelopper de bleu pour mieux saisir les forces occultes et comme si toute son activité passionnée et ardente, qui se retrouve dans le rouge du fond de sa couronne, devait être sublimée. De sa main droite, elle retient contre elle un écusson chair sur lequel se détache un aigle, jaune comme sa ceinture, son collier, son diadème à pointe, qui rappelle le Zodiaque, et son sceptre, couleur qui symbolise les forces spirituelles ordonnant le monde sur lequel elle règne. Le sceptre est surmonté du globe et de la croix, signe alchimique de l’antimoine qui signifie l’âme intellectuelle, l’influence ascensionnelle ou spiritualisante, l’esprit se dégageant de la matière, l’évolution, la rédemption. Elle a été comparée à ISIS ou la Mère Cosmique. Elle représente la fécondité (ENEL) ; l’action sentimentale évidente ou cachée (J.R. BOST) ; la compréhension, l’intelligence, la distinction ou la prétention et le manque de raffinement (O. WIRTH). Cette lame correspond en astrologie à la troisième maison horoscopique. Ainsi tous les aspects de l’Impératrice soulignent sa force resplendissante. Mais c’est une figure ambiguë, dont la puissance peut aussi bien se pervertir en vaniteuse séduction que s’élever au sommet de la plus sublime idéalisation. Elle symbolise toutes les richesses de la féminité, idéal, douceur, persuasion, mais aussi toute sa labilité. Ses moyens d’action s’adressent non pas directement à l’esprit, mais à l’affectivité : ils tiennent du charme plus que de la raison. On pourrait rappeler à son propos le mot d’ERNEST HELLO : « Il faut toujours viser la tête pour être sûr de ne pas toucher plus bas que le cœur ».
Le 8ème majeur du Tarot ouvre le second septénaire, celui qui concerne l’Ame, ainsi placée entre l’Esprit (lames 1 à 7) et le Corps (lames 15 à 21) (WIRT). La Justice, coiffée du mortier judiciaire jaune, sur lequel s’inscrit un signe solaire, est assise sur un trône, jaune lui aussi, comme son collier torsadé, comme le glaive, qu’elle tient de la main droite, comme sa manche gauche, la balance et le sol. Elle porte un habit bleu sur une robe rouge (comme la Papesse et l’Hermite) ; mais, cette fois, les trois couleurs (jaune, bleu, rouge) se répartissent à peu près à égalité : la science occulte de la Papesse en bleu, divulguée par le Pape au manteau rouge aboutit au triomphe de l’or, couleur solaire. Le glaive et la balance sont les attributs traditionnels de la Justice : la balance, pareille à celle dont la plume de Maât suffisait à équilibrer les deux plateaux devant le tribunal d’OSIRIS, est ici parfaitement immobile. Le glaive, droit et impitoyable, comme le fléau de la balance, servira à punir les méchants. On a rappelé à ce propos que le glaive et la balance sont aussi les symboles des deux manières dont, selon ARISTOTE, on peut envisager la Justice. Le glaive représente sa puissance distributive (Justitia suum cuique tribuit) ; la balance, sa mission d’équilibrante (sociale) (RIJT). La Justice ou THEMIS ou la Balance représente la vie éternelle (E. LEVI) ; l’équilibre des forces déclenchées, les courants antagonistes, le résultat des actes, le droit et l’avoir (TH. TESCHENKO) ; la loi, la discipline, l’adaptation aux nécessités de l’économie (O. WIRTH). Elle correspond en Astrologie à la nature de la 8ème maison horoscopique. Cette Justice, dont le chiffre symbolique est précisément huit, c’est notre conscience au sens le plus élevé. Pour ceux qui ont voulu user à tort de leurs pouvoirs, il n’y a que la rigueur du glaive et de la condamnation ; pour les vrais initiés, la balance maintient l’équilibre entre le Pape (5) et la Force (11), cet équilibre rigoureux, qui est la loi même de l’organisation du chaos dans le monde et en nous‑mêmes.
Ce 16ème arcane majeur du Tarot représente une tour, couleur chair, dont le couronnement, soulevé par la foudre, bascule vers la gauche, tandis que deux personnages bras tendus sont précipités à terre de part et d’autre de l’édifice ; 37 sphéroïdes, dont 13 rouges, 13 blanches et 11 bleues, constellent le ciel autour du majestueux panache de la foudre, d’or aux languettes rouges comme pour en souligner la splendeur. A la première lecture, cette lame représente un châtiment divin – OURANIEN – frappant un édifice qui n’est autre que la construction de l’homme lui‑même, vu sa couleur ; avec cette restriction significative que le corps de la tour demeure indemne, tandis que seule bascule cette couronne humaine aux 4 créneaux d’or par laquelle on avait voulu achever l’œuvre. On pense alors au célèbre geste de NAPOLEON, arrachant la couronne aux mains du Pape pour se sacrer lui‑même Empereur : ce geste PROMETHEEN attire le courroux des dieux, WATERLOO et SEDAN sont contenus dans les 02/12. Serait‑ce cette image qui fait dire à André VIREL que la Maison‑Dieu est une sorte de complément noir de l’Empereur ? La symbolique des nombres paraît le confirmer, car si l’Empereur est Quatre, nombre terrestre par excellence, seize, carré de quatre exprime la totale puissance, le complet et dynamique développement, comme le montre, on l’a déjà dit, le svastika, croix aux branches trois fois coudées qui multiplie quatre par quatre : on sait à quelles dynamiques de puissance il a été associé, de CHARLEMAGNE à HITLER, soit qu’il tourne dans le sens direct – bénéfique, ou dans le sens inverse – maléfique. Mais, nous venons de le voir avec le svastika, le nombre seize n’est point statique, mais dynamique ; il ne représente pas seulement l’abîme que Jacob BOEHME oppose au NIRVANA, mais une reconduction cyclique, évidente dans le dessin du svastika qui indique une rotation ; rien n’est définitif, entre le haut et le bas il n’y a pas de rejet, mais un perpétuel aller et retour ; du reste les deux bâtisseurs culbutés par la catastrophe n’atterrissent‑ils pas indemnes ? C’est dire qu’ils pourront, qu’ils vont reprendre leur ouvrage, car une tour sans sommet, une vie non couronnée n’est pas achevée, n’est pas accomplie. Le symbole de la Maison‑Dieu se fait alors positif, il devient, selon le mot de F.‑X. CHABOCHE l’expression d’une mutation inattendue, d’une crise salutaire (FRCH), ou encore, comme le suggère VIREL la prise de conscience véritable, la chute de la foudre sur la couronne de l’édifice rappelant le coup de hache de VULCAIN sur le front de JUPITER sans lequel MINERVE, incarnation de la Raison, ne pourrait voir le jour. La Maison‑Dieu symbolise le coup d’arrêt du Destin dont la brutalité, à la mesure des ambitions qu’il frappe, peut seul ouvrir à celles‑ci l’unique chemin que les dieux leur autorisent, chemin non plus matériel mais spirituel. Si ce coup de semonce n’est pas entendu ni accepté dans la plénitude de son sens, les ouvriers de l’édifice humain seront condamnés à tenter perpétuellement de couronner l’incouronnable, pour chaque fois rouler dans l’abîme et reprendre leur effort : la Maison‑Dieu renvoie alors au mythe de SISYPHE.
Cet arcane exprime l’évolution importante, le deuil, la transformation des êtres et des choses, le changement, la fatalité inéluctable et, selon O. WIRT, la désillusion, le détachement, le stoïcisme, ou le découragement et le pessimisme. Jean VASSEL constate (dans Etudes Traditionnelles) que la Mort constitue une césure dans la série des images tarotiques, et qu’ensuite viennent les arcanes plus élevés, de sorte qu’on peut faire correspondre les 12 premiers aux petits mystères, et les suivants aux grands mystères, car il est manifeste que les lames qui la suivent ont un caractère plus céleste que celles qui la précèdent. Comme le Bateleur, la Mort correspond en astrologie à la 1ème maison horoscopique. Le squelette armé dune faux qui est dessiné sur cette lame est suffisamment éloquent pour n’avoir pas besoin d’être commenté. Entièrement couleur chair, et non pas d’or, un pied enfoncé dans la terre, il tient de la main gauche une faux à manche jaune et à lame rouge, couleur de feu et de sang. Est‑ce pour nous avertir que la mort dont il s’agit n’est pas la première mort Individuelle, mais la destruction qui menace notre existence spirituelle si l’initiation ne la sauve de l’annihilation (RIJT) ? Le sol est noir ; des plantes bleues et jaunes y poussent ; sous le pied du squelette, une tête de femme ; ) côté de la pointe de la lame, une têt d’homme couronné ; trois mains, un pied, deux os sont disséminés çà et là. Les têtes conservent leur expression, comme si elles restaient vivantes. Celle de droite porte une couronne royale, symbole de la royauté de l’intelligence et du vouloir que nul n’abdique en mourant. Les traits du visage de gauche n’ont rien perdu de leur charme féminin, car les affections ne meurent pas et l’âme aime au‑delà du tombeau. Les mains qui surgissent de terre, prêtes à l’action, annoncent que l’Oeuvre ne saurait être interrompu et les pieds… s’offrent pour faire avancer les idées en marche… rien ne cesse, tout se poursuit (WIRT) ! C’est que la Mort a plusieurs significations. Libératrice des peines et des soucis, elle n’est pas une fin en soi ; elle ouvre l’accès au règne de l’esprit, à la vie véritable : mors janua vitae (la mort porte de la Vie). Au sens ésotérique, elle symbolise le changement profond de l’initiation. Le profane doit mourir pour renaître à la vie supérieure que confère l’initiation. S’il ne meurt pas à son état d’imperfection, il s’interdit tout progrès initiatique (WIRT). De même, en alchimie, le Sujet qui donnera la matière de la pierre philosophale, enfermé dans un récipient clos et privé de tout contact extérieur, doit mourir et se putréfier. Ainsi, la 13ème lame du Tarot symbolise‑t‑elle la mort dans son sens initiatique de renouvellement et de renaissance. Après le Pendu mystique, tout entier offert et abandonné, qui reprenait des forces au contact de la Terre, la Mort nous rappelle qu’il faut encore aller plus loin et qu’elle est la condition même du progrès et de la vie.
Avec cette carte, l’homme va réussir à s’élever à travers les épreuves des autres arcanes. Le Pape comme l’Empereur met le rouge sur le bleu et enveloppe d’une cape rouge bordée de jaune sa robe bleue. Ses manches sont blanches, car ses bras restent purs : sa main gauche, gantée de jaune et marquée d’une croix, tient la hampe d’une croix papale à trois traverses, qui symbolise la puissance créatrice à travers les trois mondes, divin, psychique, physique. Du ternaire s’engendre ici un septénaire formé par les terminaisons arrondies des traverses et du sommet de la croix. Or, sept est le nombre de l’harmonie, celui aussi des causes secondes qui régissent le monde ; ces causes correspondent aux influences planétaires ou aux sept notes de la gamme. Le Pape est assis entre deux colonnes bleues, qui évoquent celles du temps de SALOMON ; sa main droite bénit les deux personnages tonsurés, qui sont de chaque côté du bas de la lame. L’un vêtu de rouge, a une étole jaune ; sa main gauche est levée, tandis que l’autre, couvert d’un manteau jaune à capuchon rouge avec un chapeau bleu, baisse la main droite en un geste exactement inverse. L’un est actif, l’autre passif, abandonné à l’humilité qui lui fait recevoir d’en haut la doctrine traditionnelle et dogmatique, tandis que le premier s’efforce de la répandre. Ainsi, à la suite de l’Empereur qui affirme simplement sa force active, le Pape, lui, communique son savoir. Il n’a plus besoin du livre, qui est ouvert sur les genoux de la Papesse ; symbole de celui qui sait, il transmet sa connaissance ; arcane cinq du Tarot, il porte le chiffre de l’homme, considéré comme médiateur entre Dieu et l’Univers. De sa position supérieure, il dit aux disciples « Allez et enseigner toutes les nations. » Le Pape ou Le Maître des Arcanes est remplacé souvent dans le Tarot BELGE par BACCHUS. Il représente la cause qu mène l’homme sur le chemin du progrès prédestiné (ENEL) ; le devoir, la moralité et la conscience (O. WIRTH) ; le pouvoir moral et la responsabilité conférés à h’omme (RF. ROLT‑WHEELER). Il correspond en Astrologie à la 5ème maison horoscopique. Avec lui se termine le premier groupe des arcanes du Tarot, celui qui pose le Sujet (le Bateleur) en face de l’Objet multiple des connaissances, que symbolisent les quatre puissances investies de fonctions soit laïques, soit religieuses. Après elles, l’homme va devoir prendre une première option personnelle : ce sera celle de l’Amoureux.
Elle est détentrice des secrets du monde. Par opposition au Bateleur qui était debout, est une femme assise, immobile et mystérieuse. Elle cache sous un manteau bleu, à col et fermoir jaunes, sa longue robe rouge sur laquelle se croisent deux cordons jaunes : symbole de la force de l’Esprit qui ne veut pas encore se manifester au‑dehors. Elle porte la tiare pontificale, à trois couronnes, dont la dernière déborde un peu le cadre de la lame. Un voile blanc tombe sur ses épaules et sa tête se détache sur une draperie de couleur chair, comme le sont ses mains, la manche visible de sa robe et le livre qu’elle tient ouvert devant elle. Ce voile blanc a fait penser à ISIS et à l’inscription que PLUTARQUE nous dit avoir été gravée sur sa statue à SAÏS : « Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est et tout ce qui sera, et mon voile, jamais aucun mortel ne l’a encore soulevé. « Parfois appelée Porte du Sanctuaire occulte, la Papesse a le Livre des livres, celui du Dies irae dans lequel tout est contenu et par quoi le Monde sera jugé. Elle est encore comparée à JUNON qui représente la sagesse, la richesse ; la stabilité, la réserve ; l’inertie nécessaire ou nuisible. Elle correspond en Astrologie à la deuxième maison horoscopique. Peu importe de savoir si une Papesse a ou non existé au Moyen Age. Ce qu’elle symbolise ici, c’est la Femme, prêtresse ou déesse elle‑même, qui détient, sans vouloir les montrer, tous les secrets du monde. Elle n’est pas encore la manifestation, la déesse‑mère. Derrière le rideau des apparences, elle couvre la force (rouge) d’un manteau bleu (comme l’Impératrice, la Justice et l’Hermite), elle est celle qui attend : loi morale… sacerdoce… Savoir opposé au Pouvoir, contradiction intérieure de la dualité, éternelle antithèse de l’Existence et de l’Essence.
Ayant son origine et sa dérivée dans l’Hermite (lame 9) et le Diable (lame 15), qui équivalent aux deux femmes de l’Amoureux (lame 6) sur le plan spirituel, le 12ème arcane majeur du Tarot, dont le complémentaire est la Roue de la Fortune, nous présente un Pendu, dont le visage ressemble fort à celui du Bateleur. Un jeune homme est suspendu par un pied à un gibet vert sombre, soutenu par deux arbres jaunes, portant chacun six cicatrices rouges, qui correspondent à des branches coupées, arbres plantés sur deux monticules verts, sur lesquels pousse en outre une plante à quatre feuilles. Les cheveux et les chaussons du Pendu sont bleus, ainsi que le haut de sa veste à demi‑manche rouges, à basques jaunes, marquées les unes et les autres d’un croissant horizontal, boutonnée par neuf boutons (six au‑dessus de la ceinture, trois au‑dessous), boutons blancs, comme le col, la ceinture et la partie du vêtement sur laquelle ils sont cousus. Le Pendu a les mains dans le dos au niveau de la taille et sa jambe droite est repliée derrière l’autre à la hauteur du genou. Le Pendu – ou le Sacrifice ou la Victime – représente : l’expiation subie ou voulue, le renoncement (M. POINSOT) ; le paiement des dettes, la punition, la haine de la foule et la traîtrise (FR. ROLT‑WHEELER) ; l’esclavage psychique et l’éveil libérateur d’un joug (TH. TERESTECHENKO) ; le désintéressement, les chaînes de toutes sortes, les pensées coupables, les remords, le désir de se libérer d’un joug, l’oubli de soi‑même, l’apostolat, la philanthropie, les bonnes résolutions inexécutées, les promesses non tenues, l’amour non partagé (O. WIRTH). Dans un Tarot FRANÇAIS du commencement du 18ème siècle, cette lame ne s’appelle pas le Pendu, mais la Prudence, qui est un conseil à donner devant l’ensemble des significations de cet arcane. La 12ème maison horoscopique lui correspond en Astrologie. Au premier regard, cette lame est celle de la défaite et de l’impuissance totale. Pourtant, les bras et les jambes du Pendu dessinent une sorte de croix sur un triangle, signe alchimique de l’accomplissement du Grand Œuvre. C’est assez dire qu’il faut, encore une fois, aller au‑delà des apparences. Ce Pendu n’est‑il pas victime, d’abord, d’un asservissement magique ? La corde, dont les extrémités peuvent faire penser à de petites ailes, ne passe pas réellement autour de son pied et il est permis de se demander comment elle tient réellement. C’est que le Pendu symbolise ici tout homme qui, absorbé par une passion, soumis corps et âme à la tyrannie d’une idée ou d’un sentiment, n’a pas conscience de son esclavage. Tout être humain dominé par une habitude mentale relève de la lame du Pendu, dit VAN RIJNBERK, qui ajoute : de même, tout homme dominé par un préjugé morale, contre ou sur quoi que ce soit, appartient à la catégorie des gens non‑libres, liés tête et bas au plateau de leurs préjugés (RIJT). Mais le symbole du Pendu débouche aussi sur un autre plan. Son inactivité apparente, sa position, indiquent une soumission absolue qui promet et assure un plus grand pouvoir occulte ou spirituel : la régénérescence chtonienne. Le Pendu a renoncé à l’exaltation de ses énergies propres, il s’efface pour mieux recevoir les influences cosmiques : les douze marques rouges des branches coupées évoquent les signes du Zodiaque et surtout, sa tête, entre les deux monticules, paraît s’enfoncer dans le sol, qu’il touche de ses cheveux bleus, couleur des puissances occultes. Nous songeons ici à ANTEE, le GEANT qui reprenait des forces à chaque fois qu’il touchait terre ; à la position des YOGIS, dressés sur leur tête et les avant‑bras appuyés au sol, pour obtenir une plus grande concentration intellectuelle par une régénération et une circulation de forces de bas en haut entre le ciel et la terre. Le Pendu marque bien la fin d’un cycle, l’homme se renversant pour enfouir sa tête dans la terre, on pourrait dire pour restituer son être pensant à la terre dont il fut façonné. Le Pendu est « l’arcane de la restitution finale ». Mais cette restitution est la condition de la régénérescence. Symbole de purification par l’inversion de l’ordre terrestre, le Pendu est alors le Mystique par excellence et c’est en ce sens que WIRTH voit dans ce 12ème arcane majeur celui qui ouvre la série de l’initiation passive, par opposition aux douze premiers qui sont ceux de l’initiation active, fondée sur la culture et le déploiement des énergies que l’Individu puise en lui‑même (WIRT).
Si l’Hermite du Tarot indique à l’homme la voie de la recherche solitaire, la roue de la Fortune, 10ème arcane majeur, nous replonge dans le monde et ses vicissitudes. Faisant appel à une image bien connue de l’Antiquité et du Moyen Age, elle nous montre une roue couleur chair, maintenue en l’air par un appareil de bois jaune et sur laquelle s’agrippent deux animaux étranges, tandis qu’un sphinx bleu, couronné d’or et aux ailes rouges, tenant une épée blanche, est assis sur un socle étroit, posé sur lui‑même sur la partie supérieure de la roue. Cette roue a six rayons, bleus dans la partie qui touche au moyeu rouge, blancs vers la jante ; c’est une manivelle blanche, couleur de l’indifférencié, qui la fait tourner. A gauche de la roue, s’agrippe un singe, tête en bas, le milieu du corps caché par une sorte du jupe rigide à trois pans coupés : un bleu entre deux rouges. A droite, c’est un chien jaune, dont un collier enserre aussi les oreilles, vêtu d’une veste bleue à queue rouge, qui semble monter vers le sphinx diabolique et impassible. On a vu, dans ces deux animaux, HERMANUBIS, le génie du Bien et TYPHON, le génie du Mal. Quoi qu’il en soit, la signification de cette lame rejoint celle de la roue à travers toutes les traditions. Elle représente les alternances du sort, la chance ou la malchance, les fluctuations, l’ascension et les risques de chute. Elle correspond en Astrologie à la 10ème maison horoscopique, qui représente la situation sociale et professionnelle. Symbole solaire, c’est la roue des naissances des morts successives à travers le cosmos ; c’est, sur le plan humain, l’instabilité permanente et l’éternel retour. La vie humaine roule instable comme les rayons d’une roue de chariot, disait ANACREON. Et ce mouvement qui tantôt élève, tantôt abaisse, c’est le mouvement même de la Justice (lame 8), qui veut maintenir l’équilibre sur tous les plans et n’hésite pas à tempérer par la destruction et la mort le triomphe des réalisations créatrices, comme le souligne encore le numéro de ce 10ème arcane, entre le Chariot (7) et la Mort (13). On peut aussi voir dans ces êtres aux figures animales, qui tournent autour de la roue des existences, la loi des renaissances qui s’impose, dans de nombreuses traditions, à ceux qui n’ont pas dominé leurs désirs charnels. On verra aussi dans la montée et la descente une loi d’alternance, voire de la compensation, se dégageant de l’histoire humaine, sociale ou personnelle, où se succèdent sans cesse succès et revers, naissances et morts. D’un point de vue plus intérieur, la roue de fortune est moins l’image du hasard que celle de la justice immanente.
La tempérance signifie la maîtrise du désir, la modération, la mesure : cette modération, qui, chromatiquement, donne la couleur violette. Faite de l’addition du rouge et du bleu, qui dominent dans la lame du Tarot, elle est aussi le mariage de l’actif et du passif, symbolisant le mystère de la création, invisible, secret. Avec le 14ème arcane majeur du Tarot, dont l’origine est la Force (11) et le complément de la Justice (8), nous sommes en présence de la 4ème vertu cardinale. Il en existe diverses interprétations. La tempérance ou les Deux Urnes, ou le Génie solaire, exprime l’involution (ENEL) ; la rétribution (JOLIVET‑CASTELOT) ; le frein, l’arrêt (M. POINSOT) ; l’arrangement opportun ou non (J.R. BOST) ; l’action, l’effort, l’usage des opportunités, la direction, les progrès défavorables, l’hostilité des forces traditionnelles (FR. HOLT‑WHEELER) ; la sérénité, le caractère accommodant, la philosophie pratique, la souplesse sachant se plier aux circonstances ou l’indifférence, le manque de personnalité, la tendance à se laisser aller au courant des choses et la soumission à la mode et aux préjugés (O. WIRT). Il correspond en Astrologie à la 2ème maison horoscopique, cet arcane étant en quelque sorte le complément de la Papesse. Mais il importe d’observer attentivement la lame. C’est une femme aux cheveux bleus, vêtue d’une longue jupe mi‑bleue, mi‑rouge. Elle tient de la main gauche un pot bleu : elle en verse le blanc liquide dans le pot rouge qui est tenu plus bas dans sa main droite. On serait tenté de voir dans ce geste une allusion à la distillation, à la purification, à l’évolution de la matière (RIJT), car cette lame est généralement considérée comme le symbole de l’alchimie. Le Sujet, mort et putréfié, comme nous l’a rappelé la 13ème arcane, est soumis à l’ablution, elle le fait passer du noir au gris et enfin au blanc, qui marque la réussite de la 1ère partie du Grand Œuvre (WIRT). C’est l’entrée de l’esprit dans la matière, le symbole de toutes le transfusions spirituelles. Le Génie ailé réalise et incarne sur le plan matériel les œuvres de la Justice, mais il ne crée rien par lui‑même. La Tempérance se contente de transvaser, d’un récipient dans un autre, un liquide ondulant qui reste le même, sans que jamais s’en perde une goutte. Seul le vase change de forme et de couleur. N’est‑ce pas, comme nous l’avons noté à propos du serpent, le symbole du dogme de la Réincarnation ou de la transmigration des âmes ? Il suffit de rappeler qu’en GREC classique l’acte de verser d’un vase dans un autre est pris comme le synonyme de la métempsycose (RIJT). Ainsi entre la Mort (13) et le Diable (15), la Tempérance ailée nous rappelle‑t‑elle la grande loi de l’éternelle circulation des fluides de la vie, sur le plan cosmique, et, sur le plan psychologique, la nécessité du difficile équilibre intérieur que nous devons maintenir entre les deux pôles de notre être, fait par moitié de rouge et de bleu, de terre et de ciel. Si le liquide qui coule d’un vase dans l’autre a des ondulations qui n’ont rien à voir avec les lois physiques, c’est que le serpent est ici, encore une fois, le symbole du passage indéfiniment recommencé, d’un monde à l’autre.
Soleil 19
Jugement 20
Monde 21
Mat 22
bAnthropocentrisme du Tarot
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Il apparaît alors clairement que l’axe vertical du Tarot rejoint les arcanes 6 et 17, l’Amoureux et l’Etoile, l’un étant l’affectivité et l’autre l’espérance, comme si ces deux valeurs étaient le pivot autour duquel gravitent toutes les autres.
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