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11 mars 2004

En Poitou-Charentes, « Madame Ségolène » menace de s'emparer du fief de Jean-Pierre Raffarin

Ségolène Royal, tête de liste de la gauche unie pour les régionales, marque des points dans les sondages. Sur les marchés, elle vérifie la progression de sa popularité auprès des électeurs

'interpellation de l'éleveur est abrupte mais avant tout amicale : « Alors, ça va passer ? » « Peut-être... on verra », répond Ségolène Royal, dont le sourire en dit plus long que sa réponse. Il n'est pas encore 8 heures du matin, ce mardi 9 mars, lorsque la candidate à la présidence de la région Poitou-Charentes à la tête d'une liste de gauche PS-Verts-PCF-PRG arpente le marché aux bestiaux de Lezay - petite commune des Deux-Sèvres, située dans la circonscription où elle est élue députée. Les sondages la donnent-elle désormais victorieuse sur sa principale concurrente, l'actuelle présidente de la région, Elisabeth Morin (UMP-UDF) ? « C'est bon pour le moral » , avance prudemment Mme Royal. Dans son entourage, on ne cache plus son optismisme.

« Tout dépend si les gens ont envie de punir », commente tranquillement l'éleveur. « Punir » le gouvernement et surtout son chef, Jean-Pierre Raffarin, qui a dirigé la région depuis 1988 avant de devoir céder son fauteuil à Mme Morin en mai 2002 et de se contenter de la fonction de vice-président. Ce matin-là, sous le froid et vaste hangar du foirail, les mugissements des 1 468 petits veaux promis à la vente n'incitent pourtant pas à la conversation.

 

A l'intérieur du bistrot mitoyen de la grande halle, où se sont rassemblés les éleveurs, bâton à la main et bottes aux pieds, la candidate socialiste se contente de distribuer sourire et poignées de main et de boire un café avec l'un de ses colistiers, Joseph Joubert, le maire de Lezay. L'ambiance paisible est troublée lorsqu'un candidat PS à l'élection cantonale produit une lettre anonyme particulièrement indélicate à son endroit. « Il ne doit pas rester isolé », s'inquiète Mme Royal après son départ. « Il faut faire campagne, campagne, campagne », poursuit-elle en martelant les mots.

 

Moins de deux heures plus tard, la voilà à l'autre bout du département, sur le marché couvert de Bressuire, 11 000 habitants, 17 000 en comptant les petites communes associées autour. La droite y est dominante, paraît-il, mais l'accueil est on ne peut plus gentil. « Ça fait plaisir de vous voir », disent les femmes. « Accrochez-vous ! », lance l'une d'entre elles. « De toute façon, vous avez ma voix », lui glisse en passant un vendeur assis derrière un petit étalage de noix. « Je ne vois pas ce qui pourrait l'empêcher de gagner, affirme à voix haute un homme de 82 ans. Moi, ça me ferait plaisir », ajoute-t-il.

 

« FAUT RESTER COOL »

 

Là encore, Mme Royal ne pousse pas à la discussion. Souriante, elle se borne à faire le tour des étals en saluant tout le monde. « C'est aux gens d'avoir envie de poser des questions. Sinon, faut rester cool », explique-t-elle. Une petite exception lorsqu'un paysan bourru déclare : « Les politiques sont tous nuls, ils ne s'occupent jamais de nous. » « Voyons, ne soyez pas défaitiste », le reprend Mme Royal. L'homme veut se justifier : « Justice à deux vitesses », marmonne-t-il. « Ah ! », approuve avec satisfaction Mme Royal... en tournant les talons.

 

« Je n'ai jamais répondu aux attaques de la droite et de Raffarin qui ont voulu donner de moi l'image d'une Parisienne agressive : «Charentaise du week-end», «Dame de pique» a même dit le premier ministre. Et ça s'est retourné contre eux », confie Mme Royal dans la voiture qui la mène cette fois à Niort, où elle doit tenir une réunion publique, en début de soirée, dans un quartier populaire, en compagnie du maire (PS), Alain Baudin.

 

Pourtant, elle avoue aussi son inquiétude. « La droite est très mobilisée, affirme-t-elle, et depuis dix-huit ans qu'elle est au pouvoir ici elle a tous les réseaux, les élus, la présidence des quatre conseils généraux de la région, les chambres consulaires... » Nombre de ministres ont déjà fait le déplacement : Nicolas Sarkozy, Gilles de Robien, Luc Ferry... La venue, quelques jours plus tôt, à Saintes, de Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la ville, l'exaspère : « Il a annoncé 300 millions d'euros pour rénover les quartiers. Rendez-vous compte, c'est quasiment le budget de la région. » « Des méthodes de voyou ! », dénonce-t-elle.

 

Mais, dans ses contacts avec les électeurs, la candidate se garde de polémiquer. Une stratégie qui porte apparemment ses fruits. A Bressuire, les habitants ne l'appellent plus autrement que « Madame Ségolène ». La campagne régionale aura eu cet effet : la compagne de François Hollande, trois fois ministre dans les gouvernements de gauche, a désormais acquis un prénom. Et cela a son importance.

  P/                  

Isabelle Mandraud

               

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