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29 juin 2007

VDS95 STEREOTYPES LITTERAIRES

aTypologie

Le phénomène de répétition au cœur du stéréotype contribue largement à produire un effet de vraisemblable. Ici, ce terme renvoie à deux acceptions qui ne sont pas sans lien l’une avec l’autre. D’une part, sera « vraisemblable » tout ce qui est conforme aux représentations dominantes d’une époque et d’un lieu donnés. Le vraisemblable mime donc le vrai, naturalisant et universalisant ce qui n’est que construction idéologique à caractère provisoire. En tant que tel, il intervient dans l’acte de lecture comme un efficace moyen de mimesis. D’autre part, le vraisemblable, dans une autre acception qui est proche de la précédente parce que en relation causale avec elle, renvoie à la capacité d’un texte de reproduire fidèlement les traits du genre auquel il appartient. La ressemblance de ce texte avec les textes lus antérieurement contribuera à renforcer l’effet de mimesis et la crédibilité du lecteur.

D’une manière générale, la répétition stéréotypique, par la relation figée entre signifiant, signifié et référent (cliché), entre un trait narratif (par exemple le « happy end ») et un genre, produit un effet d’effacement de la forme, du support de signification, contribuant à accréditer le sentiment d’une évidence ou d’une nécessité qui, comme telles, ne sauraient être remises en cause. Le dénouement du roman populaire a donc un caractère péremptoire par cela même qu’il se construit sur un ensemble de stéréotypes narratifs dont la répétition a créé une sorte de jurisprudence des règles de l’écriture romanesque, et sur un corpus d’idées reçues qui, outre leur pseudo pertinence extralittéraire, en deçà de tout débat, interviennent stratégiquement au terme du récit.

Une sorte de retour à l’ordre n’est autre chose que la restauration d’un ensemble de stéréotypes et d’idées reçues dont la mise en question au début du roman avait dynamisé la narration. Enonçons sans équivoque cette caractéristique fondamentale du roman populaire : son intérêt dramatique est lié pour l’essentiel à la mise en place des éléments fictionnels qui vont permettre aux personnages d’illustrer un ou plusieurs stéréotypes. Quand la situation sera parfaitement conforme à ces stéréotypes, le dynamisme dramatique du roman sera épuisé. Le roman populaire ne tient que par cette armature de situations convenues et d’idées reçues.

Comme dans bien d’autres romans populaires, il nous semble que l’épilogue mime la rigueur, l’exigence d’exhaustivité, la clarté monologique d’un discours de type juridique : une sorte d’apurement du contrat narratif. Peut‑être faudrait-il corriger ou nuancer la formule. Sans doute les dernières pages du roman s’attachent-elles avec application à résorber les derniers « trous noirs » du récit, à satisfaire complètement la curiosité du lecteur. En ce sens, le texte se clôt sur le plan narratif. Mais, au-delà, la fermeture est également discursive et idéologique. Fermeture absolue des menaces virtuelles contre l’avenir des personnages positifs. Normalement, la justice qui sort de l’épilogue est rigoureuse. Sans nuances, elle accorde aux héros le bénéfice d’un bonheur dont l’évidence ne peut se passer des clichés. Notons d’ailleurs que l’excès même, caricatural, laisse planer un soupçon de distance ironique sous la plume de l’auteur. Il n’en reste pas moins que le cliché lénifiant de « l’amour toujours », complémentaire de l’élimination définitive des menaces pesant sur le bonheur des héros, est sous-tendu par l’aspiration rassurante à un état atemporel qui ne laisse aucun recours au romancier. Le bonheur est absolu et éternel, bloquant définitivement la poursuite du récit : clichés (signifiants figés) et idées reçues (représentations dominantes) évacuent toute velléité de débat, de contestation d’un univers convenu qui a pris les apparences fallacieuses de la naturalité et qui, le temps de la lecture, a permis au lecteur, réellement dupe ou simplement feignant de jouer le jeu, de se rassurer.

 

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