VDS95 PSYKA LITTERATURE ORALE 300607
aClassification
La littérature orale n’est pas très différente de la littérature écrite mais elle subit d’autres contraintes liées à son oralité. La première caractéristique de la littérature orale est son dualisme. Elle est passée puisque traditionnelle, mais elle est aussi tournée vers le futur et la transmission. Ce n’est donc pas un genre figé mais un genre qui évolue en fonction des besoins et de la mode Elle est constituée de deux parties : une partie rigide, l’enveloppe conservatrice qui est généralement connue par les auditeurs. Et une partie souple que le conteur adapte en fonction de son talent et de sa personnalité. Enfin, ce qui caractérise la littérature orale est sa structure rythmée. En effet, elle met en œuvre la structure tonale de la langue et s’accompagne souvent de musique et de chants. La littérature orale illustre parfaitement le rôle et l’importance de la parole dans les sociétés traditionnelles. C’est un genre complexe et riche qui se distingue de la littérature écrite par des conditions d’énonciation propres au style de vie et à la manière de penser des sociétés orales. Le genre de littérature le plus connu est le conte. Il possède les mêmes caractéristiques générales que la littérature orale plus quelques particularités.
Tout comme la parole, la littérature orale doit suivre des règles quant à la profanation. Le moment le mieux adapté est le soir, à la tombée de la nuit (vers 18h-19h) autour d’un feu.
Ceci pour des raisons pratiques : la journée les hommes vaquent à leurs occupations alors que le soir ils sont réunis, le corps et l’esprit reposé.
Mais aussi pour des raisons symboliques, la nuit est associée à la mère et à la fécondité. Proférer la nuit est bénéfique pour la parole. Il existe aussi une littérature particulière réservée à certaines occasions : veillées funèbres, récolte, tissage, initiation... Ces règles même si elles sont différentes d’une tribu à l’autre constituent une constante des sociétés orales. La littérature orale se récite généralement dans une case ou une aire sablonneuse à l’orée du bois en fonction de la saison. Remarquons ici que désigner le contage par le terme récitation peut sembler étrange étant donné le caractère figé de la récitation, et la théâtralité des contes. Toutefois, c’est le terme que nous avons choisi pour désigner le fait de conter, comblant ainsi, un manque terminologique.
Certaines productions orales comme la littérature initiatique se récitent dans la brousse, loin des regards indiscrets. On peut également réciter sur la place publique ou au centre d’une concession. Où qu’elle se passe, la récitation est publique. Elle implique la présence de l’émetteur et du récepteur à portée de voix (sauf dans le cas des tambours parleurs). La présence d’un auditoire est indispensable : on ne dit pas un proverbe pour soi, on ne conte pas sans public. La littérature orale instaure une interaction entre émetteur et un ou des récepteur(s) qui doivent manifester leur présence. Il est de coutume que l’auditeur formule un son nasal à la fin de chaque réplique du conteur. Ce son [nn] qui signifie « oui » est indispensable à la poursuite du récit. Nous avons personnellement pu observer cette interaction lors d’une récitation de conte. La conteuse pour être certaine de bien garder notre attention introduisait au fil de son conte le mot " édjimé " auquel nous devions répondre " éwa " en respectant le ton qu’elle avait employé. Ces formules permettent de maintenir le contact (ce qu’on appelle la fonction phatique) et crée une complicité entre émetteur et récepteur. Comme dans toute production orale, le récit se construit dans l’interaction. La présence du récepteur peut changer le message.
Dans la littérature orale, rien n’est gratuit, on ne fait pas de " l’art pour l’art ". Comme nous l’avons vu, la littérature traditionnelle est un enseignement. Comme la parole, elle engage la société. La littérature orale ne connaît pas l’expression des sentiments égoïstes et individuels. Elle est le porte-parole de la pensée et des valeurs collectives. Elle remplit des fonctions pédagogiques, politiques, initiatiques, fantasmagoriques. En mettant en scène les problèmes quotidiens, elle assure le maintien et la survie du groupe. Elle remplit aussi une fonction thérapeutique préventive pour pallier l’excès ou le débordement. Elle aborde des problèmes comme la hiérarchie, les conflits de générations, les problèmes liés à la polygamie, ce qui révèle un souci politique du maintien de l’ordre. Mettre en scène la vie quotidienne et ses drames a pour effet de réduire les tensions : elle s’apparente à la catharsis grecque. Elle remplit également une fonction initiatique parce que c’est par la littérature orale qu’on va effectuer le rite initiatique, entre autres en contant dans une langue codée (la langue des initiés). La littérature orale puisqu’elle met en scène la société renseigne sur le milieu écologique, les habitudes, les structures, les croyances, la technologie de la société. C’est une source importante pour les ethnologues.
Conter, ce n’est ni lire, ni dramatiser ; c’est d’abord savoir la trame de l’histoire, tel le virtuose qui ne se soucie plus des ports de notes, le conteur peut improviser et divaguer sur le canevas du conte, réceptif aux réactions de son auditoire. On pourra, dans ce but, améliorer l’expression orale des apprenants par des enregistrements audio qui imposent un travail attentif sur l’intonation, sur les pauses, sur les inflexions de voix, etc. ; elles amènent donc l’étudiant à oublier qu’il s’exprime en langue étrangère (par exemple) : détendu, il prend plaisir à jouer de sa voix et sort “ naturellement ” de son habituelle retenue. Cet objectif est d’ailleurs fort bien atteint lorsque sont proposés des enregistrements vidéo : outre l’attention portée sur la manière de poser sa voix, l’étudiant est amené à se concentrer également sur le gestuel et la mimique. Car s’il l’on peut dissocier le fond de la forme d’un texte, de même, on ne peut séparer la parole des organes qui lui donnent vie : le corps est le dire, c’est désormais un fait acquis pour tous. Quant à la perception phonétique, elle peut être perfectionnée par l’écoute renouvelée de cassettes audio ou vidéo, qui permettent d’alterner les activité de distinction auditive et même de déboucher sur de “ modernes ” dictées aux supports techniques variés.
Réduire la littérature orale à la seule forme du conte, c’est laisser de côté de multiples usages de la parole. Le terme " littérature orale " qui apparaît tout d’abord comme un oxymoron (" littérature " est dans nos sociétés associé à l’écrit) désigne un genre très vaste et diversifié. Ces genres de la littérature sont universels. Ils ont une grande importance sociale et une structure linguistique particulière. Il existe une grande solidarité entre les différents genres de la littérature traditionnelle. Il n’y a pas de réelles frontières entre les différents genres de littérature, ils utilisent le même stock thématique et remplissent les mêmes fonctions socioculturelles.
Ce sont des brefs récits réels – ou présentés comme tels – et souvent humoristiques, relatifs à des personnages réels – ou présentés comme tels – et dont la répétition tend à fixer la forme
Le conte est un récit développé, situé dans un temps et un lieu indéterminés (« Il était une fois », etc.). Le conte est donc une fiction assumée (sans ambiguïté). Le conte est souvent l’illustration d’un proverbe.
Ce sont des récits induisant un jeu de question / réponse pour en découvrir l’explication.
Ce sont des jeux de mains, jeux de balle au mur
Ce sont des formulettes de dénomination des doigts, pour faire sauter l’enfant sur les genoux.
La légende est un récit qui met en scène des personnages ayant existé (ou supposés avoir existé), en des lieux existant (ou supposés avoir existé) dont les noms mentionnés attestent (ou sont censés attester) de l’ancienneté et de la vérité des faits rapportés. Texte pseudo historique (présenté par le narrateur comme récit historique), la légende est support de croyance.
Le mythe est un conte ou une légende considéré comme fondateur d’une société, d’une civilisation, d’une culture. Les mythes expliquent, justifient, fondent les valeurs morales, les interdits, plus généralement les rapports des hommes entre eux, le rapport des hommes à leur environnement. Mais la classification de telle ou telle version d’un récit n’est pas toujours aisée.
Les proverbes sont bien souvent l’essence d’un conte.
Ce sont des récits contemporains généralement inquiétants, présentés et répétés comme vrais, souvent inconsciemment dérivés d’un conte, d’une légende ou d’un mythe anciens. On les appelle également légendes contemporaines.