PSYCHANALYSE ACTING - ACTIVATION
i Dites compulsionnelles en comparaison à l’exercice religieux (FREUD) 1
Chapitre 3 ACTIVATION pulsionnelle. 7
Terme employé en psychanalyse pour désigner les actions présentant le plus souvent un caractère impulsif relativement en rupture avec les systèmes de motivation habituels du sujet, relativement isolable dans le cours de ses activités, prenant souvent une forme auto- ou hétéro-agressive. Dans le surgissement de l’acting out le psychanalyste voit la marque de l’émergence du refoulé. Quand il survient au cours d’une analyse (que ce soit dans la séance ou en dehors d’elle), l’acting out est à comprendre dans sa connexion avec le transfert et souvent comme une tentative de méconnaître radicalement celui-ci.
L’action, c’est avant tout l’action symptomatique (encore dite « acte manqué » ou parapraxie. C’est l’action involontaire par laquelle s’exprime une intention réprimée ou refoulée, dans une irruption inopportune ou une perturbation de la tâche en cours.
Si tout le bruit de la vie se développe entre l’activation et le refoulement des motions de désir : soit en empruntant un circuit de détour et d’essai (pensée), soit en forçant les barrages à la décharge ou à l’accomplissement par des actions symptomatiques, ou des activités de compromis, un minimum d’élaboration de la décharge reste nécessaire à l’évolution de la pulsion et à l’adaptation des actions aux exigences de Réalité.
aDifférents types
FREUD voit une forte similitude entre ces deux faits. Elle ne lui semble pas être superficielle dans la mesure où ayant pénétré la genèse du cérémonial névrotique, on pourrait se risquer à raisonner d’une manière analogique sur les processus psychiques de la vie religieuse. Les gens qui s’adonnent à des actions compulsionnelles ou à un cérémonial appartiennent, avec ceux qui souffrent de pensées obsessionnelles, de représentations obsessionnelles, d’impulsions compulsionnelles, etc., à une unité clinique particulière, une affection qu’il est usage d’appeler « névrose obsessionnelle ». Qu’on se garde toutefois de vouloir extraire l’essence de cette affection de son nom, car strictement parlant il y a d’autres phénomènes psychiques morbides qui peuvent également revendiquer ce qu’on appelle le caractère obsessionnel. A la place d’une définition c’est encore une connaissance détaillée de ces états qu’il nous faut actuellement, puisqu’on n’a toujours pas réussi à mettre au jour le critérium de la névrose obsessionnelle, selon toute vraisemblance situé profondément, et dont pourtant on suppute partout la présence dans les manifestations de cette maladie. Le cérémonial névrotique consiste en petites pratiques, petites adjonctions, petites restrictions, petits règlements, qui sont accomplis, lors de certaines actions de la vie quotidienne, d’une manière toujours semblable ou modifiée selon une loi. Ces activités nous font l’impression de simples formalités. Elles nous apparaissent comme complètement dépourvues de signification. Elles n’apparaissent pas autrement au Sujet lui‑même, qui est pourtant incapable de s’en dispenser, car chaque dérogation par rapport au cérémonial est sanctionnée par une angoisse intolérable, qui contraint immédiatement à reprendre ce dont on s’était dispensé. Les occasions et les activités que le cérémonial enjolive, alourdi, et chaque fois retarde, sont tout aussi futiles que les actions cérémonielles elles‑mêmes : par exemple s’habiller et se déshabiller, se mettre au lit, satisfaire ses besoins corporels. On peut décrire la manière dont s’exerce un cérémonial en lui substituant en quelque sorte une série de lois non écrites comme par exemple, pour le cérémonial du lit : le siège doit être placé devant le lit dans une telle position déterminée et les vêtements pliés sur le siège selon un certain ordre ; la couverture doit être bordée au pied, et le drap tiré bien à plat, les oreillers doivent être répartis de telle et telle façon, et le corps lui‑même être dans une posture déterminée avec précision. Alors seulement il est permis de s’endormir. Dans les cas bénins, le cérémonial a l’air d’être l’exagération d’un ordre habituel et justifié. Mais les scrupules particuliers avec lesquels il est exécuté, et l’angoisse qui survient lorsqu’on s’en dispense caractérisent le cérémonial comme une action sacrée. Des troubles affectant cette action sont généralement mal supportés. La publicité, la présence d’une autre personne pendant son accomplissement sont presque toujours exclues. N’importe quelle activité devient une action compulsionnelle au sens large quand elle est enjolivée de petites adjonctions, rythmée par des pauses et des répétitions. Il ne faut pas s’attendre à trouver une délimitation tranchée entre le cérémonial et les actions compulsionnelles. La plupart du temps les actions compulsionnelles sont issues d’un cérémonial. Le contenu du mal, outre ces deux phénomènes, est formé d’interdictions et d’empêchements (aboulies) qui ne font proprement que poursuivre l’œuvre des actions compulsionnelles, telle chose étant complètement interdite au Sujet, telle autre ne lui étant permise qu’à la condition qu’il obéisse à un cérémonial fixé. Il est à noter que compulsion et interdictions (être forcé de faire une chose, ne pas avoir le droit d’en faire une autre) ne concernent initialement que les activités solitaires des hommes, et pendant longtemps laissent intact leur comportement social. D’où vient que ces Sujets peuvent des années durant traiter leur mal comme leur affaire privée, et qu’ils le dissimulent. Aussi, beaucoup plus de personnes souffrent de la névrose obsessionnelle que les médecins n’en connaissent. En outre, chez beaucoup de Sujets la dissimulation est facilitée par cette circonstance qu’ils sont aisément en état de passer une partie de la journée à remplir leurs devoirs sociaux, après qu’ils ont consacré un certain nombre d’heures, dans la même retraite que MELUSINE, à leur occupation secrète. Il est facile d’apercevoir où réside la ressemblance entre le cérémonial névrotique et les actions sacrées du rite religieux : remords anxieux en cas d’omission, isolement complet par rapport à toute autre occupation (interdiction d’être dérangé), scrupules dans l’exécution du détail. Mais on est frappé tout autant par les différences, dont quelques‑unes sont si criantes que la comparaison risque de devenir sacrilège. La plus grande diversité individuelle des actions cérémonielles, opposée à la stéréotypie du rite (prière, génuflexion, etc.), le caractère privé de celle‑là opposé au caractère public et communautaire de l’exercice religieux. Mais avant tout cette différence‑ci, que les petites adjonctions du cérémonial religieux sont conçues comme symboliques et chargées de sens, tandis que celles du cérémonial névrotique apparaissent comme ineptes et dénuées de sens. La névrose obsessionnelle fournit ainsi la caricature mi‑comique, mi‑tragique d’une religion privée. Cependant, cette différence radicale entre le cérémonial névrotique et le cérémonial religieux va être levée pour peu qu’à l’aide de la technique de l’investigation psychanalytique on pénètre dans la compréhension des actions compulsionnelles. Lors de cette investigation, l’illusion selon laquelle les actions compulsionnelles seraient ineptes et dénuées de sens sera détruite à la racine, et l’on découvrira les raisons de cette apparence. L’expérience montre que les actions compulsionnelles sont de part en part et dans leurs moindres particularités chargées de sens, qu’elles sont au service d’intérêts importants de la personnalité et font s’exprimer des expériences vécues ayant encore des effets, aussi bien que des pensées effectivement investies concernant des vécus. Elles le font de deux manières, soit comme figurations directes, soit comme figurations symboliques. Par suite, elles sont à interpréter soit historiquement soit symboliquement. FREUD donne quelques exemples susceptibles d’éclairer cette affirmation. Ceux à qui les résultats de la recherche psychanalytique dans le domaine des psychonévroses sont familiers ne seront pas surpris d’entendre dire que ce qui est figuré par les actions compulsionnelles ou le cérémonial dérive de ce qu’il y a de plus intime dans le vécu de l’intéressé, la plupart du temps du vécu sexuel.
Les exemples qui vont suivre servent de base à ce que pense FREUD. Toutes les actions compulsionnelles sont chargées de sens et en sont interprétables. Ce n’est que grâce au labeur du traitement psychanalytique que le sens de l’action compulsionnelle et par là les motifs poussant à cette action seront rendus conscients pour cette personne. Nous exprimons cet état de fait significatif en disant que l’action compulsionnelle sert à exprimer des motifs et des représentations inconscients. Voilà qui constitue apparemment une nouvelle différence par rapport à l’exercice religieux. Mais il faut se dire que l’homme pieux pris isolément exerce généralement le cérémonial religieux sans s’interroger lui non plus sur la signification de celui‑ci, même s’il est vrai que le prêtre et le chercheur peuvent être au fait du sens du rite, la plupart du temps symbolique. Il reste que les motifs qui incitent à l’exercice religieux sont inconnus pour tous les croyants, et que dans leur conscience d’autres motifs sont mis en avant à leur place. L’analyse des actions compulsionnelles a déjà permis de prendre une certaine connaissance de la manière dont elles sont causées et dont s’enchaînent les motifs qui les déterminent. On peut dire que celui qui souffre de compulsions et d’interdictions se comporte comme s’il était sous l’empire d’une conscience de culpabilité dont au reste il ne sait rien, donc d’une conscience de culpabilité inconsciente, ainsi qu’on est obligé de s’exprimer en dépit de la répugnance qu’ont ces mots à aller ensemble. Cette conscience de culpabilité a sa source dans certains processus psychiques précoces, mais est constamment ravivée lors de la tentation qui est renouvelée à chaque occasion récente. D’autre part, cette conscience de culpabilité fait surgir une angoisse d’attente toujours aux aguets, une angoisse consistant dans l’attente d’un malheur, et qui est liée à la perception interne de la tentation par le concept de la sanction. Au début de la formation du cérémonial le Sujet est encore conscient de l’obligation où il est de faire ceci ou cela s’il veut éviter qu’un malheur arrive, et généralement le genre de malheur auquel il faut s’attendre est encore nommé à sa conscience. Quant à la connexion entre l’occasion qui fait apparaître l’angoisse d’attente et le contenu de la menace, elle est toujours démontrable mais déjà voilée par le Sujet. Le cérémonial commence donc par être une action de défense ou d’assurance, autrement dit une mesure de protection. La conscience de culpabilité des névrosés obsessionnels a son pendant chez les hommes pieux, qui protestent qu’ils sont de grands pécheurs dans leur cœur. C’est bien la valeur de mesures de protection et de défense que semblent avoir les exercices de piété (prières, invocation, etc.) par lesquels les hommes pieux inaugurent chaque activité quotidienne, et tout particulièrement chaque entreprise sortant de l’ordinaire. On perce à jour plus profondément le mécanisme de la névrose obsessionnelle si l’on prend en considération le fait premier qui en est le fondement, et qui n’est jamais autre chose que le refoulement d’une motion pulsionnelle (d’une composante de la pulsion sexuelle) qui était contenue dans la constitution de la personne, avait pu se manifester un moment dans l’enfance de celle‑ci, puis avait succombé au refoulement. Des scrupules tous particuliers, dirigés contre les buts de cette pulsion, sont créés par le refoulement de celle‑ci. Cependant, cette formation psychique réactionnelle ne se sent pas très sûre, mais constamment menacée par la pulsion qui est aux aguets dans l’inconscient. L’influence de la pulsion refoulée est ressentie sous la forme de la tentation. Lors du processus de refoulement lui‑même naît l’angoisse qui en tant qu’angoisse d’attente s’empare du futur. Le processus du refoulement qui conduit à la névrose obsessionnelle doit être considéré comme un refoulement qui n’a pas complètement réussi qui menace de plus en plus d’échouer. Par là, on peut le comparer avec un conflit insoluble. Sans cesse de nouvelles rigueurs psychiques seront exigées pour équilibrer la pression constante de la pulsion. Les actions cérémonielles et obsessionnelles naissent donc en partie pour assurer la défense contre la tentation, en partie pour assurer la protection contre le malheur auquel on s’attend. Contre la tentation, les actions protectrices se révèlent vite inefficaces. Alors entrent en jeu les interdictions, destinées à tenir éloignée la situation tentatrice. Les interdictions se substituent aux actions obsessionnelles, comme on le voit, de la même manière qu’une phobie a pour mission de faire l’économie d’un accès d’hystérie. D’autre part le cérémonial nous présente la somme des conditions sous lesquelles autre chose qui n’est pas encore absolument interdit est permis tout) fait de la même façon que le cérémonial du mariage à l’église signifie pour l’homme pieux la permission de la jouissance sexuelle, qui sans cela est un péché. Le caractère de la névrose obsessionnelle, comme de toutes les affections semblables, implique encore que ses manifestations (symptômes, parmi lesquels il faut aussi compter les actions compulsionnelles) remplissent la condition d’être un compromis entre les puissances psychiques qui sont en lutte. Aussi rapportent‑elles toujours quelque chose du plaisir qu’elles sont destinées à conjurer, et elles ne servent pas moins les pulsions refoulées qu les actions dont originairement la préoccupation allait d’abord à la défense se rapprochent de plus en plus des actions prohibées par lesquelles la pulsion avait pu se manifester dans l’enfance. On voit qu’il y a dans ces rapports quelque chose qu’on pourrait retrouver dans le domaine de la vie religieuse : la formation religieuse elle aussi semble avoir pour base la répression, le renoncement à certaines motions pulsionnelles. Cependant, ce ne sont pas exclusivement, comme dans la névrose, des composantes sexuelles, mais des motions égoïstes, antisociales, auxquelles au demeurant un apport sexuel ne fait presque jamais défaut. La conscience de culpabilité faisant suite à une tentation non assouvie, et l’angoisse d’attente entendue comme angoisse face au châtiment divin ont même été connues de nous plus tôt dans le domaine religieux que dans celui de la névrose. Soit en raison des composantes sexuelles associées, soit par suite des propriétés générales des pulsions, il se révèle que la répression pulsionnelle dans la vie religieuse est également insuffisante et incapable de conduire à une solution. Les rechutes sans merci dans le péché sont chez l’homme pieux encore plus fréquentes que chez le névrosé et engendrent une nouvelle sorte de pratiques religieuses, les actions expiatoires, dont on trouve la réplique dans la névrose obsessionnelle. Nous voyons un caractère distinctif et dégradant de la névrose obsessionnelle dans la fait que le cérémonial se rattache à de petites actions de la vie quotidienne et se manifeste par des prescriptions et des restrictions ineptes concernant celle‑ci. On ne comprend ce trait frappant de la configuration du tableau morbide que lorsqu’on constate que le mécanisme du déplacement psychique qu’il a été donné à FREUD de découvrir à propos de la formation du rêve, régit les processus psychiques de la névrose obsessionnelle. Les quelques exemples d’actions compulsionnelles que FREUD cite suffisent à faire apercevoir comment sont mis en place la symbolique et le détail de l’opération, par déplacement de la chose propre et significative sur une petit quelque chose substitutif, par exemple du mari sur le siège. C’est cette tendance au déplacement qui modifie toujours davantage le tableau des phénomènes morbides et conduit en fin de compte à rendre ce qui est apparemment le plus futile, le plus important et le plus impérieux. Il ne faut pas méconnaître l’existence analogue d’une tendance au déplacement de la valeur psychique dans le domaine religieux, peut‑être dans le même sens de l’expression, de sorte que peu à peu le cérémonial futile de l’exercice religieux devient ce qu’il y a de plus important, ayant expulsé de force son contenu de pensée. C’est pourquoi les religions elles aussi sont périodiquement en butte aux attaques de réformes qui s’efforcent de rétablir le rapport de valeur originaire. Le caractère de compromis des actions compulsionnelles en tant que symptômes névrotiques est celui qu’on a le plus de mal à reconnaître dans la pratique religieuse correspondante. Et pourtant on ne peut s’empêcher de penser à ce trait de la névrose quand on se rappelle à quel point il est fréquent que toutes les actions prohibées par la religion (manifestations des pulsions réprimées par la religion) sont précisément accomplies au nom de la religion et, dit‑on, pour son plus grand bien. D’après ces concordances et ces analogies on pourrait se risquer à concevoir la névrose obsessionnelle comme le pendant pathologique de la formation religieuse, à caractériser la névrose comme une religiosité individuelle et la religion comme une névrose obsessionnelle universelle. La concordance essentielle résiderait dans le fondement même des deux pratiques, à savoir le renoncement à la mise en activité de pulsions données constitutionnellement. La différence la plus tranchée résiderait dans la nature de ces pulsions, qui dans la névrose sont d’origine exclusivement sexuelle, et dans la religion, de provenance égoïste. Un renoncement progressif aux pulsions constitutionnelles dont la mise en activité pourrait procurer au Moi un plaisir primaire semble être l’un des fondements du développement de la civilisation humaine. Un fragment de ce refoulement pulsionnel est pris en charge par la religion, qui amène l’Individu à offrir son plaisir pulsionnel en sacrifice) la divinité. « A moi est la vengeance », dit le Seigneur (SAINT PAUL, Aux Romains, 12, 19 : « A moi la vengeance, à moi la rétribution dit le Seigneur ».). A considérer le développement des religions anciennes on croit reconnaître que bien des actes auxquels l’homme avait renoncé, les considérant comme des crimes, avaient été abandonnés à Dieu et étaient encore permis au nom de Dieu : leur cession à la divinité était la voie par laquelle l’homme se libérait de la domination de ses pulsions mauvaises et antisociales. Aussi n’est‑ce certainement pas par hasard que toutes les particularités humaines (avec les mauvaises actions attenantes) étaient attribuées aux dieux dans une mesure illimitée, et qu’il n’y avait nulle contradiction à ce qu’il ne fût pas permis pour autant de justifier ses propres crimes par l’exemple divin.
Une jeune fille que FREUD eut en observation était en proie à la compulsion suivante : après sa toilette il lui fallait faire tourner la cuvette plusieurs fois. La signification de cette action cérémonielle était refermée dans l’adage : on ne doit pas jeter son eau sale avant d’en avoir de la propre. L’action était destinée à avertir sa sœur bien‑aimée, et à la retenir de se séparer d’un mari indésirable avant d’avoir noué relation avec un autre qui fût meilleur.
Une femme vivant séparée de son mari obéissait à la compulsion suivante : à table, elle laissait le meilleur, par exemple un rôti elle ne s’accordait que l’entame. Ce renoncement s’expliquait par la date où il avait pris naissance. Il était apparu le jour où elle avait décidé de refuser à son mari les rapports conjugaux, c’est‑à‑dire où elle avait renoncé au meilleur. La même patiente devait pour ainsi dire toujours s’asseoir sur le même fauteuil et ne parvenait à s’en lever qu’à grand‑peine. Compte tenu de certains détails précis de sa vie conjugale, ce siège symbolisait pour elle son mari, auquel elle restait fidèle. Pour expliquer sa compulsion, elle trouva cette phrase :
« On se sépare à grand‑peine de celui (mari, fauteuil) sur lequel on s’est une fois assise. »
Pendant un temps elle eut coutume de répéter une action compulsionnelle particulièrement frappante et dénuée de sens. Soudain elle allait en courant de sa chambre à une autre pièce au milieu de laquelle se trouvait une table, arrangeait d’une certaine manière la nappe qui était dessus, sonnait la femme de chambre qui devait s’approcher de la table, puis la renvoyait avec des ordres quelconques. Au cours de ses efforts pour expliquer cette compulsion, il lui vint à l’esprit que la nappe en question avait quelque part une tache d’une vilaine couleur, et qu’elle disposait chaque fois la nappe de manière que la tache doive sauter aux yeux de la femme de chambre. Alors, le tout reproduisait une expérience qu’elle avait eue le jour de son mariage, et qui par la suite avait donné à ses pensées un problème à résoudre. La nuit de leurs noces, son mari avait été victime d’une mauvaise fortune qui n’est pas chose rare. Il se trouva impuissant, et « au cours de la nuit à plusieurs reprises il vint en courant de sa propre chambre dans la sienne à elle », pour répéter la tentative et voir s’il n’y parviendrait pas enfin. Au matin il dit comme cela qu’il devrait avoir honte devant la femme de chambre de l’hôtel qui ferait les lits. Aussi empoigna‑t‑il une bouteille d’encre rouge, dont il vida le contenu sur le drap, mais avec une telle maladresse que la tache rouge apparut à un endroit très mal approprié à son dessein. Avec cette action compulsionnelle elle jouait donc la nuit de noces. « La table et le lit » forment ensemble le mariage. Elle avait également une autre compulsion : noter le numéro de chaque billet de banque avant de le faire passer en d’autres mains. Cela aussi devait être expliqué historiquement. Du temps où elle en était encore à nourrir le dessein de quitter son mari au cas où elle en trouverait un autre plus digne de confiance, elle s’était laissé faire la cour, dans une ville d’eau, par un monsieur dont cependant elle ne se décidait pas à prendre au sérieux les intentions. Un jour, pour faire l’appoint, elle lui demanda de lui changer une pièce de cinq couronnes. Il le fit, empocha la grande pièce d’argent et ajouta galamment qu’il comptait ne jamais s’en séparer, puisqu’elle était passée par ses mains à elle. Par la suite, lorsqu’ils étaient ensemble, elle eut souvent la tentation de lui demander qu’il consentît à lui montrer la pièce de cinq couronnes, pour savoir en somme si elle pouvait accorder foi à ses hommages. Elle y renonça cependant, se disant avec raison qu’on ne saurait distinguer entre elles deux pièces de monnaie de même valeur. Le doute ne fut donc pas levé. Il laissa après lui la compulsion à noter les numéros par lesquels chaque billet de banque est distinct individuellement de tous ceux qui sont de même valeur.
bEntraves (défenses)
Elles prennent une figure caractéristique selon les névroses.
L’inhibition simple frappe de façon directe ou déplacée (par substitution symbolique) la tendance ou l’acte assimilés à une activité sexuelle interdite. Les inhibitions (impuissance, frigidité, diminution de la capacité de travail, limitations de l’action, etc.) sont des troubles fonctionnels à sens de renoncement ou d’autopunition. Elles se manifestent encore là où une déperdition d’énergie (deuil, dépressions, refoulement intense des affects ou fantasmes) nécessite une épargne des investissements (de la fatigue qui remplace la fureur chez le névrosé qui refoule l’agressivité). Sous l’influence de l’éducation, des inhibitions de but contribuent à la sublimation et à la socialisation des tendances.
L’énergie de la tendance est immobilisée par conversion de la fonction dans une figuration plastique de l’acte refoulé. Les activités ainsi suspendues sont les actes sexuels autoérotiques, homo et hétérosexuels.
Ce sont les fantasmes d’action qui font l’objet de la défense, du fait de leur infiltration par des visées destructrices (agression). Des actes conjuratoires (compulsions) viennent (comme de véritables rituels) rendre non avenue l’actualisation magique des impulsions.
cspécifique :
Terme utilisé par FREUD dans certains cas de ses premiers écrits pour désigner l’ensemble du processus nécessaire à la résolution de la tension interne créée par le besoin : intervention externe adéquate et ensemble des réactions préformées de l’organisme permettant l’achèvement de l’acte.
Le grand pivot de la Règle psychanalytique est, à côté de la « permission » (l’exigence) du tout dire. L’interdiction de rien agir permet la reconstruction de l’histoire du désir et de ses avatars. La mise en actes prend alors une valeur particulière dans le contrat psychanalytique. Elle concerne d’abord la répétition qui tend à remplacer par une actualisation, un accomplissement, une réalisation, la nécessaire remémorisation, le souvenir indispensable à la prise de conscience. L’impulsion à agir s’oppose ici, en tant qu’obstacle ou résistance, au processus psychanalytique. L’intensité affective du mouvement instinctuel qui cherche sa réalisation, et tend à remplacer le verbe par l’action, est cependant nécessaire à faire revivre le nœud complexuel en cause ; celui qui doit être soumis à interprétation.