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7 août 2003

PSYCHANALYSE APHANISIS - APHASIOLOGIE

Chapitre 33 APHANISIS : 1

Chapitre 34 APHASIOLOGIE. 2

a Sémiologie. 3

i Troubles de l’expression orale. 3

a Anomalies du débit 3

b La suppression ou mutisme. 3

c Stéréotypies. 3

d La dysprosodie. 3

e Le manque du mot (ou anomie) 3

f Les transformations du langage oral 3

Un Transformations phonétiques. 3

Deux Paraphasies phonémiques ou littérales. 4

Trois Paraphasies verbales. 4

Quatre Les néologismes. 4

Cinq Agrammatisme et dyssyntaxie. 4

Six La jargonaphasie. 5

ii Troubles de la compréhension du langage parlé. 5

a La surdité verbale « pure » (ou quasi pure) 5

iii Troubles de l’expression écrite. 5

iv Troubles de la compréhension du langage écrit 6

b Le problème des localisations neuro‑anatomiques. 6

c Quelques orientations actuelles des recherches en aphasiologie. 6

i L’apport de la linguistique. 6

a Description. 6

b Taxinomie. 7

ii La résurgence des modèles associationnistes : le concept de déconnexion. 7

Terme introduit par E. Jones : disparition du désir sexuel. Selon cet auteur, l’aphanisis serait, dans les deux sexes, l’objet d’une crainte plus fondamentale que la crainte de la castration.

La classification des aphasies reste l’Objet de très nombreuses controverses. Il est facile d’imaginer l’état de cette question si l’on sait qu’aujourd’hui encore on se bat pour savoir s’il existe une aphasie ou des aphasies. Pour Pierre MARIE (et pour certain nombre d’auteurs contemporains) il n’y a qu’une véritable aphasie : l’aphasie de WERNICKE qui touche toutes les modalités de la communication verbale. Dans cette perspective, lorsqu’on Isole des formes diverses, c’est que des perturbations étrangères au langage (apraxies, agnosies, amnésies, etc.) viennent s’associer aux troubles aphasiques de base si tel aspect particulier du langage est atteint de manière isolée, il ne s’agit plus d’un phénomène de nature proprement aphasique. Bien qu’à certains égards non dépourvu de pertinence théorique, ce point de vue n’exclut pas une description des différentes formes prises par les troubles de l’activité verbale. Le désaccord entre les diverses classifications proposées pose un autre problème, à notre sens plus important, celui des critères utilisés pour établir les classes. Ce qui frappe en aphasiologie, c’est leur hétérogénéité ; il s’ensuit que les classes considérées sont définies par des attributs de nature différente et cela au sein d’une même classification : critères linguistiques, neuroanatomiques, comportementaux. Il en résulte qu’il existe aujourd’hui autant de systèmes de classification qu’il existe d’école neuropsychologiques s’étant intéressés aux troubles des activités verbales. Dans ce contexte difficile à débrouiller, nous nous limiterons à la présentation en tableau de quelques grandes formes d’aphasies. Le lecteur se souviendra cependant qu’elles sont discutées ; certains auteurs soit en nient l’existence comme entité clinique isolée, soit les subdivisent en plusieurs sous‑classes ou encore isolent d’autres formes qui ne sont pas décrites dans le tableau qui suit.

LES GRANDES FORMES D’APHASIE

L’aphasie de BROCA

Head : aphasie verbale

Goldstein : aphasie motrice

Luria: aphasie motrice efférente

Hécaen : aphasie de réalisation phonématique et aphasie agrammatique

Traits principaux :

Expression orale pauvre, mutisme, réduction, stéréotypies

Troubles arthriques

Elocution lente et syllabaire

Dysprosodie fréquente du discours

Manque de mot, facilitation par ébauche orale

Evolution fréquente vers l’agrammatisme

Compréhension relativement bonne

L’aphasie de WERNICKE

Head : aphasie syntaxique

Goldstein : aphasie sensorielle

Luria : aphasie acoustique

Hécaen : groupe des aphasies sensorielles

Traits principaux :

Débit élocutoire à peu près normal

Présence de paraphasies, jargonaphasies, logorrhée, néologismes, dyssyntaxie

Déficit de compréhension verbale très accusé

Manque du mot très important

Anosognosie des troubles

L’aphasie de conduction

Goldstein : aphasie centrale

Luria : aphasie motrice afférente

Pour certains, une forme régressive de l’aphasie de WERNICKE, pour d’autres l’aphasie de conduction fait partie des aphasies expressives.

Traits principaux :

Débit élocutoire à peu près normal

Compréhension du langage quasi‑normale

Répétition des messages linguistiques sonores impossible de même que la lecture à haute voix

Souvent le patient est nosognostique (conscience des troubles)

L’aphasie amnésique (anomie)

Head : aphasie nominale

Goldstein : aphasie amnésique

Traits principaux :

Débit élocutoire normal

Peu ou pas de paraphasies

Compréhension verbale bonne

Très important manque du mot (périphrases dans le langage spontané

C’est à partir du 19ème siècle, lorsque GALL localise dans le cortex les fonctions intellectuelles supérieures, que le rapport entre l’usage du langage et les structures cérébrales préoccupe les esprits et donne lieu à de nombreux travaux. Si l’on ajoute que la première fonction intellectuelle pour laquelle on a déterminé un siège fut celle du langage articulé, localisé par BROCA en 1861 dans la troisième circonvolution frontale, il n’est pas exagéré de dire que les problèmes posés par la relation cerveau‑langage ont fondé les origines de la neuropsychologie.

aSémiologie

Il faut noter que certains facteurs, tels l’état de fatigue du Sujet et diverses variables affectives, peuvent modifier la qualité de ses activités verbales.

Une anomalie du débit peut soit correspondre à une réduction quantitative : le débit est lent, émaillé de pauses ; soit, au contraire, ) une accélération dans la loghorrée : le débit est alors rapide, difficile à interrompre, déclenché facilement par toute incitation extérieure.

Elle caractérise une absence totale d’émissions verbales. Souvent cet état apparaît en début de maladie et précède une réduction.

Elles peuvent constituer les seules émissions verbales présentes dans le comportement verbal du Sujet. Elles consistent dans la répétition du même segment linguistique, et apparaissent alors de manière automatique lors de toute tentetive de communication verbale.

Elle est caractérisée par une atténuation de la mélodie du discours (monotonie), une tendance à la syllabation. On peut également assister à la survenue d’une pseudo‑accent. Ces faits se rencontrent lors d’une réduction quantitative du débit.

Cela consiste dans une difficulté (latence, hésitations) voie une impossibilité à produire un mot dans différentes situations d’énonciations. Ce trouble peut être masqué en langage spontané par l’utilisation de périphrases.

Il s’agit d’une émission inadéquate des phonèmes de la langue, généralement lié à un trouble des muscles de l’appareil bucco‑phonatoire (parésie, dystonie, dyspraxie, etc.). Les émissions verbales sont alors faites de nasonnements, d’assourdissements, d’occlusions, d’élisions et de mutation. Cette pathologie a pour caractéristique de pouvoir s’analyser en termes d’anomalies dans la réalisation des traits constitutifs des phonèmes.

Transformations phonétiques.

(mot dit à haute voix par l’examinateur et émission verbale du Sujet en répétition)

Examinateur

SUJET         

Coquelicot

COTLICO

Remplacement d’une occlusive postérieure par une occlusive antérieure

Mercredi

MERTEDI

Elision d’un phonème, entraînant la disparition d’un groupe consonnantique

Jeudi

TEUDI

Samedi

TAMEDI

Toutes les modifications vont dans le sens d’une simplification du mouvement articulatoire

Les paraphasies phonémiques consistent dans une mauvaise prononciation par addition, omission, déplacement ou remplacement de phonèmes.

Paraphasies phonétiques (situation de répétition)

Examinateur

SUJET

Tabouret

PATURET

Erreur de sériation des phonèmes

Fourchette

ROUCHETTE

Erreur de sériation des phonèmes et omission d’une consonne

Allumette

PALUMELLE

Ajout d’une consonne initiale et duplication de phonèmes

Cigarette

CIGUERAPETTE

Ajout d’une syllabe plus erreur de sériation voalique

Ces paraphasies sont essentiellement de deux types, celles morphologiques et celles sémantiques. La première correspond au remplacement d’un mot par un autre lui ressemblant par la forme ; dans la seconde, le mot à prononcer est remplacé par un mot ayant un rapport conceptuel avec lui.

Paraphasies verbales (sémantiques), situation de dénomination (images montrées au Sujet et réponse orale)

Image

REPONSE

Parapluie

UNE EPINGLE OUVERTE

Téléphone

UN AMPLIFICATEUR D’ESSAI

Tambour

UNE CUVETTE A MUSIQUE

Commode

UN BUFFET A MAIN

On qualifie par ce terme tout segment linguistique émis comme un mot bien que n’existant pas dans la langue de la communauté verbale du Sujet.

Ces deux termes correspondent à l’émission de phrases qui transgressent certaines règles de la grammaire. Les traits essentiels de l’agrammatisme sont : une réduction du nombre et une simplification des structures syntaxiques. Cette simplification est faite : d’une absence des mots outils, d’une prédominance des lexèmes, de l’emploi des verbes à l’infinitif qui va de pair avec un manque d’accord et de marques morphologiques.

AGRAMMATISME

Situation : on demande au malade de raconter l’histoire de sa maladie.

« Sept ans … malade … opération … quatre ans … couché … paralysé … quatre ans … paralysé … complètement … parler … plus jamais. »

Les points indiquent les arrêts dans le discours. On note l’absence de mots « outils », mais le message transmis reste riche en informations et compréhensible.

Dans la dyssyntaxie, le débit verbal est habituellement normal, le nombre des structures syntaxiques utilisées ne diffère guère de la norme, mais leur emploi est inapproprié.

DYSSYNTAXIE

Situation : on demande au malade de construire une phrase avec deux mots.

1.       FOIN et JUIN

« Les FOINS coupent en JUIN les cultivateurs ».

2.       OPTICIEN et LUNETTES

«  L’OPTICIEN est vérifié la LUNETTE ».

On caractérise de jargon les productions linguistiques de dyssyntaxies. Ces segments d’activité verbale déformée peuvent être tout à fait compréhensibles pour l’examinateur. Certains auteurs distinguent des jargons sémantiques (présence élevée de paraphasies verbales) et des jargons phonémiques où ce sont les paraphasies phonémiques qui prédominent.

Ces troubles sont plus difficiles à caractériser et à analyser dans la mesure où leur appréciation est indirecte, puisqu’elle se réalise sur la base de la réaction du malade aux émissions verbales de l’examinateur que cette réaction soit verbale ou non verbale. Ces remarques étant faites on distingue en gros :

Ce désordre (dont l’existence isolée est d’ailleurs contestée) serait caractérisée par un trouble de l’identification et de la discrimination des bruits linguistiques. Toutes les autres activités linguistiques ne dépendant pas de la réception par voie auditive d’un message linguistique seraient préservées, de même que la perception de tous les autres bruits non‑verbaux. A côté de la surdité verbale (ou des formes moins pures mais considérées dans le même groupe), on décrit un trouble de la compréhension proprement dite : les phrases émises par l’examinateur peuvent être plus ou moins bien répétées par le malade, sans pour autant qu’il en comprenne la signification. Certains auteurs suggèrent de distinguer les troubles portant davantage sur un mauvais traitement phonémique du message et ceux se rapportant à l’extraction des valeurs sémantiques de l’information.

Si, d’une manière générale, la langue écrite est plus touchée que la langue parlée, cette règle connaît cependant des exceptions non négligeables. Dans certains cas, la langue écrite ne semble perturbée que secondairement à une atteinte de la langue parlée. Cette altération secondaire peut se comprendre si l’on se souvient qu’au cours de l’ontogenèse la langue écrite se constitue sur la base d’un apprentissage dépendant, pour une part très importante, de la langue parlée. Nous ne reprendrons par la description des différents troubles du langage écrit qui ressemblent à ceux de l’expression orale, bien qu’il ne s’ensuive pas que des troubles homologues soient présentés en même temps chez le malade sur les deux versants expressifs de l’activité verbale. Ainsi, on retrouve au niveau de l’expression écrite la réduction quantitative, la suppression, les paraphasies (dites parfois paragraphies) littérales et graphématiques (les unités d’analyse sont ici la lettre et le graphème) la jargonaphasie (ou jargonagraphie), l’agrammatisme et la dyssyntaxie. Il existe également des troubles de l’écriture de nature non linguistique où ce qui est touché c’est le système de contrôle‑moteur du geste. Enfin, certains auteurs ont décrit une agraphie (quasi) pure, qui, en l’absence de troubles moteurs ou spatiaux élémentaires, serait un désordre de la réalisation des seuls signes linguistiques. Son existence isolée est cependant assez généralement contestée.   

On rencontre à ce niveau les mêmes difficultés que celles signalées à propos de la compréhension des messages sonores. Les troubles du langage écrit sont communément appelés alexie. On distingue un trouble perceptif visuel : l’alexie agnostique, d’un trouble portant sur le traitement linguistique des messages écrits ou l’alexie aphasique.

bLe problème des localisations neuro‑anatomiques

Les structures neuro‑anatomiques dont la lésion entraîne un trouble des activités verbales sont situées dans l’hémisphère gauche chez la très grande majorité des droitiers. Ces régions sont collectivement appelées la zone du langage. La question du rôle de l’hémisphère droit dans les activités verbales chez les droitiers n’est pas encore définitivement clarifiée. A ce propos, les expériences de cerveau dédoublé ont montré que l’hémisphère droit possédait une capacité d’appréhension de messages linguistiques par voie visuelle et auditive. Celle‑ci est cependant limitée aux substantifs, les ordres simples (verbes d’action isolés) n’étant pas compris. De même certaines réalisations graphiques linguistiques seraient possibles sous le contrôle exclusif de l’hémisphère droit : composition de mots simples avec des lettres mobiles, écriture des premières lettres d’un mot après palpation d’un Objet.

cQuelques orientations actuelles des recherches en aphasiologie

Trois modifications importantes ont marqué les recherches en aphasiologie : l’émergence (générale en neuropsychologie) d’une méthodologie expérimentale plus rigoureuse, l’introduction des concepts et méthodes de la linguistique et la résurgence de schémas explicatifs neuro‑anatomiques.

L’apport de la linguistique s’articule à différents niveaux. Dans une perspective essentiellement descriptive, les méthodes de la linguistique renouvellent l’analyse des corpus pathologiques et permettent  leur comparaison à divers corpus normaux enregistrés dans des circonstances analogues. L’analyse linguistique s’effectue selon la pathologie étudiée aux différents niveaux d’articulations de la langue : phonologie, syntaxe, lexique et sémantique. Cette démarche aide à déterminer dans quelle mesure les conduites verbales anormales sont susceptibles d’une description linguistique. En ce sens, les méthodes de la linguistique contribuent à une meilleure délimitation entre troubles linguistiques et troubles extra‑linguistiques concomitants. Cette nouvelle méthode n’est cependant pas sans difficultés : d’un côté, son succès dépend de la pertinence et de la qualité des outils de mesure élaborés par les linguistes ; d’un autre côté, les corpus pathologiques requièrent souvent la création de nouvelles méthodes d’analyse, car certaines unités habituelles de mesure utilisées dans le traitement de corpus normaux, sont en pathologie soit difficiles, soit impossibles à appliquer (les éléments linguistiques sur lesquels reposent ces mesures n’étant pas toujours identifiables).

Dans une perspective taxinomique, l’introduction de la linguistique a provoqué l’apparition de nouvelles classifications des aphasies. L’objectif final, mais non atteint, de cette orientation reste l’élaboration d’une classification neurolinguistique, c’est‑à‑dire d’une classification qui mette en relation processus linguistiques perturbés et siège lésionnel. A un niveau non pathologique on espère de la sorte aboutir à une véritable compréhension des mécanismes neurophysiologiques qui sou‑tendent les comportements verbaux. Les controverses théoriques sur la possibilité ou l’impossibilité d’un tel parallélisme, de même que sur la manière de la concevoir, restent très vives. Provisoirement, il semble qu’on puisse préférer se limiter à l’étude de problèmes plus circonscrits avant d’élaborer des classifications générales et de proposer des théories d’ensemble sur le fonctionnement pathologique du langage ( sur toutes ces questions, consulter : TISSOT en 1966, GOODGLASS et BLUMSTEIN en 1973).

Les modèles associationnistes  en vigueur au début du 20ème siècle réapparaissent après une éclipse partielle. On doit leur réutilisation aux remarques théoriques et observations cliniques de GESCHWIND en 1965 de même qu’aux résultats comportementaux des opérations neurochirurgicales du corps calleux.

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