PSYCHANALYSE AU-DELA
iii Dans la mythologie grecque. 2
Mythe de l’espoir ou de la peur de l’inconnu, les hommes se sont plu à l’imaginer, même s’ils se doutent que l’au‑delà est moins un lieu qu’un état. Cela n’empêche pas que les images que ce mythe véhiculer, maladroites et grossières, parfois poétiques, toujours chargées affectivement, représentent une réalité vécue par‑delà la mort.
L’histoire commence dès l’approche de l’inconnu : la mort est un long processus qui ne se termine pas à la fin de la vie terrestre, mais au contraire prend alors une dimension surréelle.
aLe chemin y amenant
Le séjour des morts n’est pas d’un accès facile. Les chamans de l’ASIE du Nord savent les obstacles qu’ils doivent vaincre, pendant leurs extases, pour conduire l’âme des morts à leur nouvelle demeure.
C’est l’escalade de montagnes escarpées qui s’entrechoquent, la traversée de déserts inhospitaliers, l’affrontement avec des serpents venimeux, la résistance face aux vents d’obsidienne coupants comme des rasoirs, le franchissement des neufs fleuves de l’enfer.
Le défunt doit traverser le pont CHINVAT ou pont du TRIEUR qui est large de neuf longueurs de lance pour les justes, et étroit comme la lame d’un rasoir pour les méchants.
A la rencontre du mort vient une jeune fille, son double, la DAENA. Si ses actions ont été mauvaises, l’accompagnatrice sera jeune, jolie, élégante, couverte de bijoux et sentant bon le parfum. Si ses actions ont été mauvaises, elle ressemblera à une vieille sorcière, sinistre, puante, pleine de crasse et couverte de haillons. La jolie fille, gentille et bienfaisante aide la FRAVARTI (l’âme du mort) à franchir le pont, tandis que la vieille sorcière, horrible et méchante, la précipite dans le ravin.
L’enfer grec, ou HADES, est séparé du monde des vivants par quatre fleuves : OCEAN, ACHERON, PYRIPHLEGETHON et COCYTE (PLATON, Phédon). CHARON, sur son bateau, transporte les âmes sur l’autre rive de l’ACHERON, mélange assez chaotique de feu et d’eau stygienne glaciale (L’Odyssée).
bL’autre monde
Le TARTARE est tout au bas de l’Univers. Il est le centre cosmique d’où viennent toutes les eaux, une caverne, le domaine des ténèbres de l’EREBE, humide et moisi, bourbier réservé aux non‑initiés et aux damnés.
Séparé du monde des vivants par un abîme (les BA‑LLA du ZIMBABWE), il est soit à l’est –les trépassés voyageant en sens inverse du soleil-, soit au sud, comme le pays de YAMA, le roi des morts chez les indiens. Mais il peut être aussi à l’ouest, comme en EGYPTE, où les morts sont appelés « ceux de l’Ouest ». De leur côté, les MEXICAINS le désignaient par l’expression « le lieu où dort le soleil ».
On a d’abord imaginé que cet au‑delà consistait en une existence assez semblable à celle que nous connaissons, une sorte de double : les morts continuent de vivre dans leurs paysages familiers, exerçant les mêmes activités. Cette croyance est assez commune en Afrique, chez les Indiens HOPI, en BIRMANIE et en NOUVELLE‑GUINEE.
Les habitants de l’autre monde mangent des lézards en guise de viande, des bambous au lieu de canne à sucre, des excréments au lieu de légumes.
Les peuples voient le monde des morts comme un monde inversé par rapport au nôtre : leur jour correspond à notre nuit, leur été à notre hiver, et, lorsqu’il y a pénurie chez nous, c’est qu’il y a abondance chez eux ; ce qui est cassé chez nous est intact chez eux et inversement, notre droite est pour eux la gauche, notre haut est pour eux le bas, etc.
D’une manière plus courante, les morts sont au ciel, mais celui‑ci est réservé à certains privilégiés.
Seuls le pharaon et sa famille y avaient droit en EGYPTE, avant que cet avantage ne fût étendu à tous. On reproduisait dans le monde des morts la hiérarchie du monde des vivants. Il faudra attendre une certaine évolution pour que le privilège du paradis soit la récompense d’une vie vertueuse.
Les MAHABHARATA, le RAMAYANA et les PURANAS décrivent les ciels des cinq grands dieux de L’Inde.
Il est peuplé de danseuses et de musiciens.
Il est tout en or et parsemé d’étangs couverts de lotus.
Et, les morts y jouissent de la compagnie de nymphes célestes. Or, jardins, chants, danses et jolies filles forment l’essentiel de ces paradis.