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7 août 2003

PSYCHANALYSE AUSTRALIE

Chapitre 33 AUSTRALIE. 1

a ABORIGENES. 1

i Le non‑père castrateur 2

ii Angoisse de castration ou pas ?. 3

b Symbolique. 4

i Feu et miction. 4

aABORIGENES

Nous ne disposons malheureusement pas d’une description détaillée du comportement sexuel des ABORIGENES AUSTRALIENS, sauf pour le WESTERN ARNHEM LAND. A la connaissance de BETTELHEIM, seuls les BERNDT (dans Sexual Behavior) ont consacré entièrement un rapport volumineux à ce sujet. Leur ouvrage démontre de manière convaincante l’absence des répressions qui conduisent à l’angoisse de castration. Ils y soulignent que les idées provenant d’autres sociétés peuvent nous induire en erreur quand nous essayons de comprendre ce qui signifie la sexualité pour les Individus appartenant aux cultures sans écriture. Chez les ABORIGENES AUSTRALIENS, dont la société est l’une des plus primitives que nous connaissions et dont les rites d’initiation sont très élaborés, le comportement sexuel n’est pas un sujet dissimulé dans une obscurité voulue ou virtuellement ignoré de la communauté. Sauf en présence de certains parents tabous, les relations physiques entre hommes et femmes sont discutés librement, sans embarras, avec un plaisir évident, même devant les enfants. Ces derniers sont, à un âge précoce, avertis de la copulation. La sexualité est considérée comme un facteur normal, naturel et l’un des plus importants de la vie humaine. Aucune tentative n’est faite pour cacher quoi que ce soit dans ce domaine aux jeunes. Les BERNDT racontent comment les enfants sont autorisés à contenter leurs désirs sexuels sans encourir de critique. Ils peuvent être invités par une mère, un frère aîné, une sœur, ou toute autre personne, à avoir des rapports sexuels avec un adulte ou un enfant du même âge se trouvant près d’eux. On peut jouer avec leurs organes sexuels, leurs potentialités sexuelles sont discutées en détail devant eux par les adultes. Très jeunes, ils apprennent tout sur l’acte sexuel par l’observation directe et ils imitent entre eux les activités sexuelles des adultes, en public, quant ils sont très jeunes, un peu plus discrètement, quand ils grandissent et deviennent plus conscients. Le comportement sexuel de l’enfant qui grandit, tout en restant aussi libre, se rapproche de plus en plus de l’activité sexuelle de l’adulte. KABERRY, ASHLEY–MONTAGU et, en fait, la plupart de ceux qui ont étudié l’ethnographie AUSTRALIENNE, ont commenté l’absence générale d’attitudes parentales menaçantes dans l’éducation des petits ABORIGENES AUSTRALIENS. Les primitifs acceptent le comportement de leurs enfants qu’ils traitent avec gentillesse, une affection et une considération exceptionnelles. L’enfance est, dans l’ensemble, une période heureuse. Dans ces tribus, en effet, les enfants ne subissent pas les expériences qui créent l’angoisse de castration dans la culture occidentale. Non seulement l’enfant est traité avec amour et tolérance mais, ce qui compte le plus en termes d’angoisse de castration, ses désirs pulsionnels sont satisfaits, non réprimés. Contrairement à l’enfant d’une petite famille AMERICAINE, le jeune enfant ABORIGENE AUSTRALIEN n’est pas confronté avec un nombre aussi restreint de choix libidinaux et la mère ne joue pas, dans l’éducation de l’enfant, le rôle particulier qui lui est dévolu dans notre société. Très jeunes déjà, les petits ABORIGENES AUSTRALIENS sont informés des classes de mariage et en comprennent le sens. Le garçon sait, presque dès la petite enfance, qu’il ne peut épouser sa mère, mais que d’autres femmes existent qui pourront lui convenir parfaitement et seront disponibles comme épouses. La promiscuité affective de la famille occidentale moderne avec ses restrictions relatives à la propreté, au mouvement, au bruit, à ce que l’enfant peut ou ne peut toucher – tous ces facteurs qui contribuent à l’établissement de l’angoisse de castration – n’existent pas dans les sociétés primitives. De même que les divinités des ABORIGENES AUSTRALIENS inspirent une terreur moins grande que le Dieu de la chrétienté et du judaïsme (cette image devient toutefois moins menaçante dans la culture occidentale), de même, les pères AUSTRALIENS apparaissent moins terrifiants à leurs fils. FREUD a longuement étudié les raisons pour lesquelles le Dieu de l’Ancien Testament est particulièrement apte à susciter la terreur chez le croyant. BETTELHEIM ajoute même que cette terreur est beaucoup plus intense que celle provoquée par les divinités les plus menaçantes des peuples sans écriture, en raison de sa nature complexe, sinon contradictoire, et aussi parce qu’Il est moins anthropomorphique et, par là même, se prête plus difficilement à la conceptualisation. Ses disciples ne sont même pas autorisés à se faire une image de Lui. Cette qualité particulièrement terrifiante du Dieu de l’Ancien Testament a été commentée avec beaucoup d’imagination et d’une manière émouvante par JUNG. DURKHEIM estime que la majorité des peuples sans écriture n’ont pas le sentiment que leurs divinités soient vengeresses ou terrifiantes. La conception anthropologique admet que, de la même manière, les relations parents‑enfant sont plus compréhensives, plus intimes et moins exigeantes chez les primitifs AUSTRALIENS que dans notre propre culture.

L’image psychanalytique du père menaçant ne paraît pas s’appliquer à l’organisation mal définie de la société primitive. La survie de ces petits groupes dépend de chacun de ses membres qui doit collecter la nourriture et assurer d’autres activités tribales. Leur division en classes inférieures et supérieures est trop précaire pour qu’ils puissent se permettre d’organiser des cérémonies importantes pour le seul bénéfice d’un sous‑groupe. Les OCCIDENTAUX ont d’abord pensé que ces tribus étaient dirigées autocratiquement par les anciens qui imposaient aux jeunes une règle de fer. Or, c’était dans la société EUROPEENNE du 19ème siècle que le garçon s’irritait du contrôle exercé par un père distant et tout‑puissant qui réprimait la sexualité. Dans de nombreuses sociétés sans écriture, ce fossé n’existe pas, ni cet éloignement entre le père et le fils, les jeunes et les vieux. Le chef AUSTRALIEN n’est pas un patron, ni un père puissant, ni un dirigeant, en aucun sens du terme : il n’existe rien de comparable à la fonction de leader chez les AUSTRALIENS. En dehors du respect qu’il inspire, le chef ne détient aucun pouvoir. Le question se pose alors de savoir ce que signifie l’ascendance sociale d’un group sur les autres dans une société donnée. Qui gouverne, par exemple, dans une société capitaliste ? Les possesseurs nominaux des capitaux les plus importants ou ceux qui ont entre leurs mains les moyens de production ? Ou bien, les véritables dirigeants sont‑ils les administrateurs des granges entreprises plutôt que les détenteurs des actions ? Qu’en est‑il des dirigeants politiques qui peuvent exercer leur contrôle à la fois sur les administrateurs et les capitalistes ? Heureusement, il n’est pas utile de donner une réponse à ces questions complexes. Le psychanalyste choisit d’autres caractéristiques que celles recherchées par l’économiste ou le théoricien de sciences politiques pour désigner le détenteur du pouvoir. Il peut être difficile d’identifier le groupe dirigeant, mais plus facile de reconnaître le groupe subordonné, la satisfaction des désirs instinctuels de ses membres dépendant, semble‑t‑il, de la permission accordée par leurs supérieurs, ou de leur tolérance. Les supérieurs imposent des limitations au Ça, fixent des exemples pour la formation du Surmoi, décident quelles activités seront des sublimations acceptables, etc. Ce qui est clairement démontré dans la petite sous‑société incarnée par la famille moderne. Les parents, qui jouissent eux‑mêmes de satisfactions pulsionnelles, ont le pouvoir d’en priver leur enfant. Souvent, ils ne se contentent pas de lui imposer les demandes de leur Surmoi, mais des normes encore plus élevées que celles auxquelles ils se soumettent eux‑mêmes. Si ce type d’analyse est appliqué à un certain nombre de sociétés sans écriture, la supériorité de la position des anciens devient encore plus aléatoire. Les études de KABERRY et des BERNDT indiquent que les enfants ABORIGENES AUSTRALIENS sont au moins aussi libres que les adultes de satisfaire leurs désirs oraux, sexuels et kinesthésiques et de décharger leurs tendances agressives. Les demandes du Surmoi qui leur sont imposées sous formes de mœurs sociales sont, dans certaines tribus, moins rigoureuses que celles auxquelles leurs parents obéissent. Il se pourrait que des adolescents, dans certaines sociétés sans écriture, aient refusé de se soumettre aux rites d’initiation quand ils le désiraient. Plus habitués que les adolescents de nos sociétés à faire face à des tâches d’adultes, ils se sentent probablement moins dépendants des adultes qui ne les intimident pas. Certains anthropologues ont, en effet, rapporté des cas où de très jeunes gens s’étaient soustraits à l’initiation, bien que ce fût l’exception. De nos jours, ceux qui désirent le faire, le peuvent certainement mais, encore une fois, ils le font rarement. Dans certaines tribus de l’AFRIQUE DU SUD, l’initiation ne peut se faire que sur la demande expresse du garçon, ce qui indique que le choix repose entièrement sur lui. S’il est timide, réservé ou immature sur le plan intellectuel, il pourra ne jamais articuler cette requête. Le père insinuera peut‑être « que ce serait une bonne année pour la cérémonie », mais il s’abstiendra de suggérer qu’il voudrait que son fils fût initié. Dans d’autres tribus, où la première requête est aussi formulée par le garçon, celui‑ci peut commencer la cérémonie d’initiation, mais refuser ensuite d’aller jusqu’à la circoncision. On ne le force pas, et la cérémonie reste en suspens jusqu’à ce qu’il ait retrouvé le courage nécessaire. Le fait de se dérober à l’initiation est souvent expliqué comme une conséquence de l’influence destructrice des contacts avec les missionnaires et la civilisation occidentale. Cependant, pour autant que BETTELHEIM le suppose, rien ne prouve que ce refus de l’initiation n’ait été aussi fréquent avant que les anthropologues ne fussent là pour l’observer. L’insistance avec laquelle on affirme que la loi tribale s’effondre au moment où les influences culturelles interviennent est peut‑être un exemple encore de la déformation d’observations faites sur le terrain par des notions théoriques entachées de parti pris. Des observateurs, qui croient à la parfaite intégration des sociétés lointaines sans écriture, interprètent de la même manière les déviations de la norme. En réalité, des déviations ont pu se produire tout au long de l’histoire. Dans ce cas, il semble particulièrement aléatoire de rejeter la faute sur les influences extérieures. Car, dans un même temps, parmi des populations semblables, soumises aux mêmes formes extérieures, la circoncision en AFRIQUE, la circoncision et la subincision en AUSTRALIE, loin d’être actuellement en régression, continuent de se répandre. L’influence des BLANCS réduit celle des anciens de la tribu, ce qui pourrait, en soi, expliquer comment certains garçons en viennent à esquiver la chirurgie rituelle. Mais cette même influence des BLANCS a favorisé la diffusion de la circoncision. « Les chefs s’opposaient à la circoncision mais, comme leur pouvoir déclinait sous l’influence EUROPEENNE, leur opposition n’a pu empêcher cette coutume de se répandre. » Dans ce cas, il est évident que la circoncision est pratiquée parce que c’est le désir de la population et non parce qu’une pression sur elle est exercée, qui viendrait d’en haut.

BETTELHEIM remarque que la circoncision souhaitée ou non éveille l’angoisse de castration. Son intention n’est pas de nier que l’angoisse de castration soit liée à la circoncision, mais de suggérer qu’elle n’est qu’accessoire parmi d’autres désirs psychologiques. Le fait que les TIV du NIGERIA utilisent le même terme pour la circoncision et la castration des animaux prouve seulement que les deux actes sont reliés dans la pratique linguistique moderne. Cela ne prouve pas qu’ils aient la même origine, puisque la circoncision apparaît dans des sociétés telles les sociétés AUSTRALIENNES qui n’élèvent ni ne châtrent d’animaux. Que la circoncision soit la plus ancienne des deux pratiques, même chez les TIV, nous est suggéré par l’utilisation du terme tchôngo qui désigne à la fois la circoncision et la castration et provient du verbe tsôngo signifiant circoncire. La circoncision ne provient donc pas de la castration, mais c’est l’inverse. Quand la castration commença à être pratiquée, l’ancien mot de circoncision fut utilisé pour les deux actes. Si l’angoisse de castration signifie la crainte de perdre la puissance et le plaisir sexuels, elle ne désigne certainement pas une expérience favorisant une situation inverse, c’est‑à‑dire des relations sexuelles satisfaisantes et des plaisirs inaccessibles avant la circoncision. Une castration symbolique qui n’est pas expérimentée comme telle, n’est pas une castration symbolique pour la personne qui la vit. elle peut l’être encore pour celle qui l’inflige. Mais, d’après les récits des observateurs sur le terrain, ceux qui infligent la circoncision ne sont motivés ni par la colère, ni par l’envie, ni par le désir de susciter la crainte chez ces garçons. Toutefois, la critique de BETTELHEIM de la théorie psychanalytique ne perdrait rien de sa force si, dans certains cas, ladite théorie s’avérait valable. Au contraire, un de ses désaccords de base, quant à l’explication de la circoncision en tant que castration symbolique, est sa prétention à la généralité et le manque d’attention accordé à toute preuve contradictoire.

bSymbolique

Le feu et la miction sont reliés à la mutilation et au pénis, de manière bénéfique autant que néfaste. Dans certaines tribus, ASHLEY‑MONTAGUE dans Ritual Mutilation écrit : « le sang provenant de la blessure s’écoule dans un bouclier de bois qui est ensuite vidé sur un feu, préparé d’avance à cet effet. Si la blessure est douloureuse, l’initié met quelques morceaux de charbon incandescent dans les cendres sur lesquelles il urine, tout en tenant son pénis au‑dessus des braises ardentes. On dit que la vapeur qui sort du feu calme la douleur. » Il faut noter que les femmes passent par le même rituel de soins et de purifications après l’enfantement. En tenant compte de la spéculation FREUDIENNE, il est intéressant de noter que la blessure faite au pénis par la circoncision fut, à l’origine, selon la tradition AUSTRALIENNE, infligée par le feu –c’est‑à‑dire l’inverse exactement du plaisir phallique consistant à éteindre la flamme en urinant. 

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