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7 août 2003

PSYCHANALYSE BESOIN - BOIS

Chapitre 1 BESOIN : 1

a Celui primaire. 1

b Celui secondaire. 2

c Celui de punition. 2

Chapitre 2 BESTIALITE : 2

Chapitre 3 BETE. 2

a Expressions. 2

i Dite « faire la bête à deux dos ». 2

a Extraits. 2

Un Le Varlet à louer à tout faire (15ème siècle) 2

Chapitre 4 BETISE. 3

a Synonymie. 3

i Connerie. 3

a Expressions. 3

Un Dite « faire le con ». 3

· Erotisme (13ème siècle) 3

· Veulerie (18ème siècle) 4

Deux Dite « le roi des cons ». 4

Chapitre 5 BILIEUX.. 5

Chapitre 6 BISEXUALITE : 5

Chapitre 7 BOIS. 5

a BELLE AU BOIS DORMANT. 5

i Les versions. 5

a Version anglaise (ROSE DE BRUYERE) 6

b Frères GRIMM (ou DORNRÖSCHEN : ROSE D’EPINE) 7

c PERRAULT. 7

aCelui primaire

Les besoin primaires ressortent d’une impérieuse nécessité : la faim, la soif, le sommeil. L’anorexie et la boulimie sont, par exemple, des troubles maladifs des besoins primaires.

bCelui secondaire

Les besoins secondaires sont nécessaires à la survie : le mouvement, la protection, l’affection. Les troubles névrotiques peuvent apparaître lorsque les besoins ne sont pas satisfaits.

cCelui de punition

Exigence interne postulée par FREUD comme étant à l’origine du comportement de certains sujets dont l’investigation psychanalytique montre qu’ils recherchent des situations pénibles ou humiliantes, et se complaisent en elles (masochisme moral). Ce qu’il y a d’irréductible dans de tels comportements devrait être rapporté en dernière analyse à la pulsion de mort.

Zoophilie

Recherche ou réalisation de rapports sexuels avec les animaux. La bestialité est réprimée par la loi française si elle constitue un outrage public à la pudeur.

aExpressions

Parmi toutes les façons anciennes de désigner plus ou moins gaillardement l’acte sexuel, « la bête à deux dos » est certainement une des plus constantes. A peine un euphémisme qui évoque non pas tant la bestialité de la chose qu’une idée d’ « union » très intime, et de bonne santé, et surtout la surprise de celui qui par inadvertance découvre la scène, au coin d’un bois ou au détour d’une haie vive ! Au 16ème siècle, RABELAIS qui aime aussi l’idée de « frotter son lard », présente ainsi la lune de miel de GRANTGOUZIER, père de GARGANTUA :

« En son eage virile, espousa GARGAMELLE, fille du roy des PARPAILLOS, belle gouge et bonne troigne ; et faisoient eulx deux souvent ensemble la beste à deux douz, joieusement se frotans leur lard, tant q’uelle engoissa d’un beau filz et le porta jusques à l’unziesme mois. ». Au début du 17ème siècle, l’expression s’écrivait encore couramment. Dans les Caquets de l’accouchée deux maris trompés « entrèrent à l’hostellerie où se passaient les affaires, et d’une chambre proche, qu’une simple cloison séparoit de la leur, ils entendirent faire la feste à la façon de la bête à deux dos ». Puis le siècle entra dans des voluptés plus chafouines : ce furent les feux, les flammes, les ardeurs, les cœurs saignants, la boucherie… On joua officiellement la passion de sainte nitouche. « La bête à deux dos » n’entra plus dans les salons, elle voyagea désormais dans les chemins creux. Plus tard LITTRE ne l’indique ni à bête ni à dos. Il cite cependant COQUILLART : « Jehanne fait la bête à deux dos », sans aucun commentaire. Bien qu’assez désuète aujourd’hui, l’expression est encore comprise – c’est la force des images : « Les tenants de la morale naturelle en amour sont des inconscients ou des sauvages. Ou c’est l’enfer, ou la saillie saisonnière, la bête à deux dos ponctuellement procréante. » (J.‑L. BORY, Ma moitié d’orange, 1973).

« Je fais la bête à deux dos

Quand je trouve compagne à point. »

aSynonymie

Dans la grande floraison du langage érotique de tous les temps, le sexe de la femme, comme celui de l’homme, a naturellement une place de choix. P. GIRAUD dans Dictionnaire érotique donne une liste, non exhaustive, de 435 mots le désignant. Du Moyen Age à nos jours, le mot « con » constitue évidemment la base, le « vit » étant le pénis. pour ceux qui croiraient que les anciens n’usaient que de miel et de métaphores, voici la description très technique de l’acte sexuel dans un fabliau du 13ème siècle, Boivin de PROVINS :

« [Boivin] l’estraint

De la pointe du vit la point ;

El* con li met jusq’a la coille,                                     * : dans le

Dont li bat le cul et rooille*                                          * : frappe

Tant, ce m’est vis*, qu’il ot foutu. »                            * : avis

Parmi les innombrables substituts du « con » (du latin : connus), terme générique, l’un d’eux a été privilégié pendant des siècles : c’est le « connil », ou « connin » (du latin : coniculum), l’ancien nom du lapin – cela à la fois à cause du jeu de mots évident et par un rapprochement facile. Pendant tout le Moyen Age et jusqu’au 16ème siècle, disait le « connil » comme aujourd’hui la « chatte » - encore que le « chat » remonte dans ce sens également au 16ème siècle. Question de pelage. On disait couramment « chasser au connil » et même « conniller » tout simplement, offert ici par ces vers de RONSARD :

« Japant à la porte fermée

De la chambre où ma mieux aymée

Me dorlottait entre ses bras,

Connillant de jour dans les draps. »

C’est au point que dès le 15ème siècle, le pauvre petit quadrupède avait un nom imprononçable, et qu’il fallut lui en trouver un autre. On l’appela « lapin », ce qui d’ailleurs lui allait bien. Néanmoins le connil, animal, avait eu le temps de léguer au connil, sexe, toute sa fâcheuse réputation de niaiserie, de lâcheté. Il semble bien qu’au travers de diminutifs tels que « connaud », « conniche » ou « conart », « pleutre et ballot », quelque chose de cette réputation lamentable soit passé sur le « con » moderne : le parfait imbécile, avec toutes ses variantes, grand, vieux, pauvre, etc. Ce con‑là était déjà bien connu dans la langue vigoureuse au 18ème siècle. J. CELLARD, qui est allé sur ses traces, cite un vers du cher Alexis PIRON, qui mourut en 1773 :

« Pour un Docteur, tu parles comme un con »

- il faut en convenir, c’est là un visage de la poésie qui n’a pas pris une ride en deux cents ans. Le mot devait être d’un usage courant, quoique grossier, dans les couches populaires les plus mal embouchées du début du 19ème siècle ; il faut noter du reste que les classes sociales avaient alors si peu de contacts entre elles que STENDHAL se croyait, de bonne ou de mauvaise foi, l’inventeur du terme, comme en témoigne la phrase célèbre que lui écrivait MERIMME le 31 mars 1831 :

            « Ainsi ne me croyez pas trop con. Cette expression dont vous êtes l’inventeur me plait. »

« Faire le con » apparaît à la même époque au sens de « faire l’imbécile, faire la bête », avec une nuance de veulerie, peut‑être un soupçon de lâcheté.

Cela dit, si « faire le con » ne remonte guère qu’au siècle 18ème siècle, du moins dans ses traces écrites, l’archétype de la chose, est vieille comme un chemin ! La notion apparaît avec tous ses détails dans une des branches du Roman de RENART, datant de la première du 13ème siècle, où est également présenté de façon surprenante l’ancêtre du « roi des cons », le « roi CONNIN », dont le métier consiste, en toute simplicité, à faire des cons ! RENART trouve le roi CONNIN occupé à sa tâche favorite, mais il juge que cet imbécile s’y prend on ne peut plus mal :

« Li rois une beche tenoit,

Qui d’autre mestier* ne servoit                                               * : usage

Que de cons feire seulement,             

Mais nais* fesoit ni bel ni gent                                    * : ne les

Que, quand la ploie avoit fandue

De la beche grant et molue*                                        * : tranchante

Si remenoit* hideuse et grant,                                                 * : demeurait

Ne ja ne reclousit nul tens*                                         * : ne se refermait jamais

Que demi aune a grant mesure

Ne parut bien la fandeüre.

RENART mout s’en esmerveilla ;

Le roi CONNIN en apela,

Demanda de cele overture,

Qui se estoit laide et oscure,

Por coi l’avoit faite si grant,

Car onques mes* a son vivant                                                * : jamais plus

N’avoit veü plaie sainz* fonz,                                                   * : sans

Ni se resanble mie cons.

« RENART, ce respondi li rois,

N’iestes pas sages ni cortois,

Qui blamez ce que toz li monz

Sert et requiert a genoillons* ;                                                 * : à genoux

Ce est un cons que j’ai ci fait.

-         Sainte MARIE, sont si laid

Tuit li autre comme cist* est ?                                                * : celui‑ci

-         Oïl, si Diex santé me prest,

Car tuit sont en un coing feru*                                    * : frappé d’un même coin

Et de ceste beche fandu. »

RENART, souriant, propose alors au roi CONNIN d’améliorer son ouvrage. Il lui fait mettre un morceau de « col de cerf » fraîchement écorché pour donner un peu plus de chair, lui fait rajouter une « crest de coq vermeille » dans la fente pour faire le « lendie ». Il l’engage enfin à recouvrir le tout de poil de loup pour faire la barbe. Les deux compères contemplent alors un con parfait.

« Ici parfine* la chançon                                              * : finit

Come RENART parfist le con. »

On est en droit de se demander si ce « chef‑d’œuvre du roi CONNIN » - c’est le titre du passage – n’est pas bâti comme un jeu « au pied de la lettre » sur une expression préexistante, qui aurait pu être avec un sens quelconque, sinon faire, du moins « parfaire le con » ?

Tempérament dans lequel le rôle de la bile est jugé prépondérant. Le Sujet bilieux a le teint jaune, le caractère acariâtre, susceptible, peu amène.

Cette catégorie tempéramentale avait été postulée, dès l’Antiquité, par les idées d’HIPPOCRATE sur les quatre humeurs, l’une d’elles étant la bile.

Cette théorie a été depuis lors abandonnée sous sa forme primitive. Mais elle trouve un prolongement dans toutes les explications modernes du caractère ayant pour base le rôle des glandes endocrines et des hormones. De l’antique explication par la bile subsistent encore certaines expressions populaires, comme « se faire de la bile », « c’est un Sujet bilieux », qui reflètent une caractéristique tempéramentale correspondant à un type particulier d’individu.

Notion introduite par FREUD en psychanalyse sous l’influence de Wilhelm FLIESS : tout être humain aurait constitutionnellement des dispositions sexuelles à la fois masculines et féminines qui se retrouvent dans les conflits que le sujet connaît pour assumer son propre sexe. Ce n’est qu’au terme d’un conflit aboutissant au refoulement des tendances de l’autre sexe que l’être humain parvient à assumer son propre sexe.

aBELLE AU BOIS DORMANT

Alors que de nombreux contes de fées insistent sur les exploits que doit accomplir le héros pour devenir lui‑même, la BELLE AU BOIS DORMANT insiste sur la concentration intérieure, longue et paisible, qui est également requise. Pendant les mois qui précèdent les premières règles, et souvent pendant la période qui les suit immédiatement, les fillettes sont passives, comme endormies, et se replient sur elles‑mêmes. L’approche de la maturité sexuelle des garçons ne s’annonce pas par un état analogue, mais beaucoup d’entre eux connaissent pendant la puberté une période de lassitude et de repli sur soi qui correspond à l’expérience de l’autre sexe. On comprend donc que le conte de fées où une longue période de sommeil commence en même temps que le début de la puberté ait pu être si populaire chez les filles comme chez les garçons. Les contes de fées du types de la BELLE AU BOIS DORMANT, qui ont pour thème principal la période de passivité, permettent à l’adolescent en herbe de ne pas s’inquiéter durant sa période d’inactivité : il apprend que les choses continuent d’évoluer. La conclusion heureuse affirme à l’enfant qu’il ne restera pas figé dans son apparente inactivité, même si, sur le moment, il a l’impression qu’il n’en sortira jamais. BLANCHE‑NEIGE et la BELLE AU BOIS DORMANT encouragent l’enfant à ne pas avoir peur des dangers de la passivité. La BELLE AU BOIS DORMANT a beau être très ancien, il a plus que tout autre conte un message très important à délivrer aux jeunes de notre époque. La plupart de nos adolescents – et leurs parents – redoutent une croissance sans histoires, où rien, semble‑t‑il, ne se passe ; on estime en général que l’on ne peut arriver à quelque chose que si on a un objectif bien visible. La BELLE AU BOIS DORMANT dit qu’une longue période de repos, de contemplation, de concentration sur soi, peut conduire et conduit souvent à de grandes réalisations.

Pour que l’on comprenne bien ce qui différence ces deux versions, il n’est pas inutile de considérer brièvement la forme qu’a prise l’histoire dans le PENTAMERONE DE BASILE sous le titre Le Soleil, la Lune et Talia. Le jour de la naissance de sa fille TALIA, un roi demanda aux sages et aux mages de son pays de prédire son avenir. Ils conclurent tous qu’un picot de lin lui ferait courir un grand danger. Pour prévenir tout accident, le roi ordonna qu’aucun brin de lin ou de chanvre n’entre dans son château. Mais, un jour, TALIA, devenue grande, aperçut une vieille femme qui filait devant sa fenêtre. TALIA qui n’avait jamais rien vu de pareil « fut fascinée par la danse du fuseau » . Poussée par sa curiosité, elle saisit la quenouille et commença à tirer le fil. Un picot de chanvre « pénétra sous son ongle et, aussitôt, elle tomba morte sur le sol ». Le roi installa sa fille inanimée dans un fauteuil de velours, ferma la porte à clef et quitta son château pour toujours, afin d’oublier son chagrin. Quelque temps après, un roi vint chasser dans les parages. Son faucon vola à tire‑d’aile vers le château inhabité, entra par une fenêtre et ne réapparut pas. Il découvrit TALIA, qui semblait dormir, mais il lui dut impossible de la réveiller. Surpris par la beauté de la jeune fille, le roi en tomba amoureux et vécut quelque temps auprès d’elle. Puis il regagna son propre château et oublia toute l’affaire. Neuf moi plus tard, TALIA donna le jour à deux enfants, sans s’être réveillée. Ils se nourrirent à son sein. « Un jour, l’un des bébés voulut téter, mais au lieu du sein qu’il ne trouvait pas, il mit dans sa bouche le doigt qui avait été piqué. Le bébé suça si fort qu’il arracha le picot de chanvre et TALIA s’éveilla comme d’un profond sommeil. Un jour, le roi se souvint de son aventure et alla voir TALIA dans son château. Il fut ravi de la trouver éveillée et en compagnie de deux beaux enfants ; à partir de ce jour, il ne cessa pas de penser à eux. L’épouse du roi découvrit son secret et, en cachette, envoya chercher les deux enfants au nom du roi. Elle donna l’ordre de les faire cuir et de les servir à son mari. Mais le cuisinier cacha les enfants dans sa maison et prépara une paire de chevreaux que la reine fit manger au roi. Quelque temps plus tard, la reine fit venir TALIA pour la jeter au bûcher parce qu’elle était la cause de l’infidélité de son époux. Le roi survint à la dernière seconde, jeta sa femme dans les flammes, épousa TALIA et eut le bonheur de retrouver leurs enfants que le cuisinier avait sauvés. L’histoire se termine par ces vers :

« Les gens heureux, à ce qu’on dit,

Sont bénis par Fortune alors qu’ils sont au lit. »

Comme la vierge MARIE, TALIA qui ne sait pas qu’elle a eu des rapports sexuels avec le roi, et qui ne sait pas davantage qu’elle a été fertilisée, a donc conçu sans plaisir et sans péché.

Les deux versions commencent de la même manière ; des fées sont invitées au baptême de l’enfant qui deviendra la BELLE AU BOIS DORMANT ; ces fées‑marraines représentent les deux aspects, le bon et le mauvais, de la mère ; l’une d’elles, en effet, vexée d’avoir été traitée avec mépris, jette un mauvais sort à l’enfant. Pour que le conte se termine bien, il faudrait donc que le principe du mal soit justement puni et éliminé, ce qui permettrait au bien, et au bonheur qui l’accompagne, de triompher. Dans PERRAULT, comme dans BASILE, le principe du mal – transféré de la méchante fée à la reine – est châtié. Mais le conte des frères GRIMM se termine par les noces de la belle princesse et de son prince. Personne n’est puni. Différentes les unes des autres par les détails, toutes les versions de la BELLE AU BOIS DORMANT ont le même thème principal : malgré tous les efforts que peuvent faire les parents pour empêcher l’éveil sexuel de leur enfant, il aura lieu de toute façon ; et ces parents mal avisés peuvent en outre retarder l’éclosion de la maturité, comme l’exprime le sommeil de l’héroïne qui, pendant cent ans, sépare son éveil sexuel de son union avec l’amant. On peut ajouter un autre thème, très proche du premier : le fait d’attendre, même très longtemps, l’accomplissement sexuel n’enlève rien à sa beauté.

Il y a des versions qui donnent plus d’importance aux épines protectrices. ROSE DE BRUYERE est protégée de tous les prétendants (c’est‑à‑dire de tout contact sexuel prématuré) par une épaisse muraille d’épines. De nombreux princes tentent d’approcher la ROSE DE BRUYERE avant le temps de sa maturité ; tous ces prétendants trop hâtifs périssent dans les épines. Les enfants et les parents sont avertis que l’éveil sexuel qui se produit avant que le corps et l’esprit ne soient prêts est très destructif. Mais quand la ROSE DE BRUYERE est prête affectivement et physiquement pour l’amour, et en même temps pour l’expérience sexuelle et le mariage, la muraille qui semblait infranchissable tombe d’elle‑même. Les gigantesques buissons d’épines se transforment en « belles et grandes fleurs » qui écartent pour laisser passer le prince. On trouve le même message dans bien d’autres contes de fées : « Ne craignez rien et n’essayez pas de précipiter les choses ; quand le temps sera mûr, le problème impossible sera résolu, comme de lui‑même. »

La version des frères GRIMM, comme celle de PERRAULT, commence par indiquer que l’épanouissement sexuel, représenté par la naissance d’un enfant, peut se faire attendre longtemps. Le roi et la reine, nous dit le conte, se désespéraient de ne pas avoir de descendance. Chez PERRAULT, ils se comportent comme ses propres contemporains : « Ils allèrent à toutes les eaux du monde ; vœux, pèlerinages, menues dévotions, tout fut mis en œuvre, et rien n’y faisait. Enfin, pourtant, la reine devint grosse, et accoucha d’une fille. » Le début des frères GRIMM est beaucoup plus dans la tradition des contes de fées : « Il y avait dans le temps un roi et une reine qui se répétaient chaque jour : ‘’Ah ! si seulement nous avions un enfant !’’ Mais ils n’en avaient toujours pas. Un jour que la reine était au bain, il advint qu’une grenouille sauta de l’eau pour s’avancer vers elle et lui parler : ‘’Ton vœu sera exaucé, lui annonça‑t‑elle ; avant un an, tu mettras une fille au monde. » La période d’attente indiquée du roi et de la reine signifie qu’il n’est pas nécessaire de se hâter vers les expériences sexuelles ; on ne perd rien pour attendre… La présence des bonnes fées au baptême et leurs vœux n’ont pas grand‑chose à voir avec l’intrigue ; elles ne sont là que pour mettre en valeur la méchanceté de la fée ulcérée qui profère la malédiction. Le nombre des fées varient d’ailleurs d’un pays à l’autre : elles sont trois, huit ou treize. Les vœux apportés en dot par les bonnes fées varient également selon les versions, tandis que la malédiction de la méchante est toujours la même. La dernière bonne fée est capable de changer la menace de mort (dans la version des GRIMM) en cent années de sommeil. Le message est semblable à celui de BLANCHE‑NEIGE : cette période de passivité proche de la mort qui se situe à la fin de l’enfance n’est rien d’autre qu’un temps paisible de croissance et de préparation, d’où le garçon, ou la fille, émergera mûr, prêt pour l’union sexuelle. Il faut remarquer que dans les contes de fées cette union est tout autant celle des esprits et des âmes que celle des corps. Les treize fées rappellent les treize mois lunaires qui, jadis, divisaient l’année. Ce symbolisme peut échapper à ceux qui ne sont pas familiarisés avec l’année lunaire, mais tout le monde sait que les règles reviennent selon le rythme de vingt‑huit jours des mois lunaires et non celui des douze mois de notre année solaire. Ainsi, les douze bonnes fées, auxquelles s’ajoute la méchante fée, expriment symboliquement que la malédiction fatale évoque la menstruation. Quand elle passe à l’adolescence, BELLE AU BOIS DORMANT explore les zones jusque‑là inaccessibles de son existence représentées par la chambre cachée où file une vieille femme. Ce passage de l’histoire abonde en symboles FREUDIENS : pour accéder à la chambrette fatale, l’héroïne gravit un escalier à vis ; ces types d’escaliers représentent d’une façon caractéristique les expériences sexuelles. Au somment de l’escalier, elle découvre une petite porte et il y a une clef dans la serrure ; elle la fait tourner et la porte « s’ouvre d’un coup » sur une pièce où la vieille femme est en train de filer. Une petite chambre fermée à clef représente souvent dans les rêves les organes sexuels de la femme, et la clef tournant dans la serrure symbolise le coït.

Il est facile de comprendre que PERRAULT ne tenait pas à raconter à la cour du LOUIS 14 l’histoire d’un roi qui viole une vierge endormie, lui fait un enfant, s’empresse de l’oublier et ne se souvient d’elle que beaucoup plus tard, tout à fait par hasard. Mais son histoire d’un prince d’un conte de fées qui cache à son père le roi et son mariage et sa paternité (est‑ce par crainte de la jalousie oedipienne du père ?) n’a rien de convaincant : un père et une mère en proie à une jalousie oedipienne vis‑à‑vis du même fils, dans la même histoire, c’est vraiment un peu trop, même pour un conte de fées. Sachant que sa mère est une ogresse, le prince n’amène pas sa femme et ses enfants au château tant que son excellent père peut exercer une influence restrictive et il le fait quand il meurt, alors que cette protection a disparu. Tout cela ne met pas en cause le talent artistique de PERRAULT ; tout vient de ce qu’il ne prenait pas ses histoires de fées au sérieux et qu’il pensait surtout aux vers aimables ou maralisateurs qui concluaient chacune d’elles. Pour amuser ses lecteurs courtisans, PERRAULT tourne en dérision les contes qu’il écrit. Il précise, par exemple, que la reine‑ogresse veut se faire servir les enfants « à la sauce ROBERT ». Il introduit ainsi dans ses histoires des détails qui n’ont rien à voir avec les caractéristiques des contes de fées. Il raconte que la BELLE AU BOIS DORMANT, à son réveil, portait une robe démodée : « Elle était habillée comme ma mère‑grand… et avait un collet monté ; elle n’en était pas moins belle. » Comme si les héros des contes de fées ne vivaient pas dans un monde où la mode ne change pas. En mélangeant indifféremment la rationalité terre à terre de ces remarques et l’imagination propre aux contes de fées, PERRAULT dévalue considérablement son œuvre. Les détails de la robe détruisent la notion de temps mythique, allégorique et psychologique qui est suggérée par les cent années de sommeil : il en fait un temps chronologique précis. Son histoire n’y gagne qu’un aspect frivole, contrairement aux légendes qui racontent l’histoire de saints qui, s’éveillant d’un sommeil centenaire, constatent que le monde a changé et tombent aussitôt en poussière. En ajoutant ces détails qu’il veut amusants, PERRAULT annihilait le sentiment d’intemporalité qui est un élément important de l’efficacité des contes de fées. Il enrichit l’histoire en ajoutant le personnage de la vieille fée, qui, pour se venger d’avoir été méprisée, jette un sort à l’héroïne. Nous connaissons ainsi la raison du sommeil léthargique de la jeune fille, tandis que la version de BASILE ne nous donne aucune explication. Dans l’histoire de BASILE, TALIA est la fille d’un roi qui l’aime tant qu’il ne peut rester dans son château où elle est comme morte. Nous n’entendons plus parler de lui dès le moment où il la laisse blottie dans son fauteuil qui ressemble à un trône. On ne le voit même pas revenir quand sa fille se réveille, épouse son roi et vit heureuse avec lui et ses deux enfants. De même qu’un roi est remplacé par un autre roi dans toutes les monarchies, de même un roi succède à un roi dans la vie de TALIA. Le roi‑père est remplacé par le roi‑amant. Ces deux rois ne sont‑ils pas un seul et même personnage qui apparaît à des époques différentes dans la vie de la jeune fille, sous une apparence et dans des différents ? Nous retrouvons ici l’innocence de l’enfant oedipien qui ne se sent absolument pas responsable de ce qu’elle éveille ou désire éveiller dans les sentiments de son père. Il s’écarte doublement de la version de BASILE. Il était, après tout, un courtisan qui écrivait des histoires à l’usage des princes, tout en prétendant qu’elles avaient été inventées par son fils, alors très jeune, pour faire plaisir à une princesse. Avec PERRAULT, nous n’avons plus deux rois, mais un roi et un prince, et ce dernier, de toute évidence, n’est pas marié et n’a pas d’enfants. Et la présence du roi et l’arrivée du prince sont séparés par un sommeil qui dure cent ans, pour que nous soyons bien sûrs qu’ils rien en commun. Ce qui est intéressant, c’est que PERRAULT ne parvient pas à échapper aux allusions oedipiennes : dans son histoire, la jalousie de la reine n’est pas due à la trahison de son mari, mais elle se présente comme la mère oedipienne qui est si jalouse de la jeune fille dont son fils est tombé amoureux qu’elle veut la tuer. Mais la reine de BASILE est convaincante, alors que celle de PERRAULT ne l’est pas. Le conte de ce dernier se divise en deux parties qui semblent n’avoir aucun rapport l’une avec l’autre : la première se termine avec l’arrivée du prince qui réveille la BELLE AU BOIS DORMANT ; la seconde nous apprend tout à coup que la mère du prince charmant est en réalité une ogresse qui veut manger ses propres petits‑enfants. L’histoire de PERRAULT se termine avec le retour du prince devenu roi au moment même où sa mère va précipiter la BELLE AU BOIS DORMANT et ses enfants dans une fosse pleine de crapauds et de vipères. Sur ce, l’ogresse, voyant que ses plans sont ruinés, se jette elle‑même dans la fosse.

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