PSYCHANALYSE ETIOLOGIE - EXPERIENCE DE SATISFACTION
iv Litige CHARCOT/BREUER et FREUD.. 2
Chapitre 3 EXPERIENCE de satisfaction : 6
aCelle héréditaire
On a trop peu recherché ces causes spécifiques et déterminantes des névropathies, l’attention des médecins demeurant éblouie par la grandiose perspective de la condition étiologique héréditaire. FREUD pense que la disposition héréditaire fixée d’avance pour le malade dès sa naissance oppose à tous les efforts psychanalytiques un obstacle inabordable. Engagé durant des années dans la recherche de l’étiologie des grandes névroses (états nerveux fonctionnels analogues à l’hystérie), il dispose d’un résultat complet sur le sujet.
bCelle hystérique
Sept fois sur treize cas, FREUD retrouva l’événement duquel le Sujet a gardé le souvenir inconscient, expérience précoce de rapports sexuels avec irritation véritable des parties génitales, suite d’abus sexuels pratiqué par une autre personne et la période de la vie qui renferme cet événement funeste est la première jeunesse, les années jusqu’à l’âge de huit à dix ans, avant que l’enfant soit arrivé à la maturité sexuelle. FREUD pense qu’un événement de passivité sexuelle qui n’arrive qu’après l’âge de huit à dix ans, ne pourra plus jeter les fondements de la névrose. Sans ça, l’événement précoce en question a laissé une empreinte impérissable dans l’histoire du cas, il y est représenté par une foule de symptômes et de traits particuliers qu’on ne saurait expliquer autrement. Il est régi d’une manière péremptoire par l’enchaînement subtil mais solide de la structure intrinsèque de la névrose. L’effet thérapeutique de l’analyse reste en retard si l’on n’a pas pénétré aussi loin. Le Sujet étant infantile, l’irritation sexuelle précoce produit nul ou peu d’effet à sa date, mais la trace psychique en est conservée.
Plus tard, quand à la puberté se sera développée la réactivité des organes sexuels à un niveau presque incommensurable avec l’état infantile, il arrive d’une manière ou d’une autre que cette trace psychique inconsciente se réveille. Grâce à un changement dû à la puberté, le souvenir déploiera une puissance qui a fait totalement défaut à l’événement lui‑même. Le souvenir agira comme s’il était un événement actuel. Il y a pour ainsi dire action posthume d’un traumatisme sexuel.
FREUD apprécie BREUER dans la mesure où il a réussi à faire parler les symptômes d’une hystérie comme témoins de la genèse de la maladie. Pour BREUER, les symptômes de l’hystérie (les stigmates mis à part) tirent leur détermination de certaines expériences du malade qui ont agi de manière traumatique et qui sont reproduites dans la vie psychique du patient sous la forme de symboles mnésiques. Le psychanalyste ramènera l’attention du malade au symptôme, à la scène au cours de laquelle et par laquelle ce symptôme a pris naissance. Après avoir localisé ce symptôme, on le supprime, lors de la reproduction de la scène traumatique, en opérant une correction après‑coup du déroulement de l’événement psychique ancien. Ce que FREUD estime dans cette découverte, c’est qu’en soumettant à ce genre d’analyse un assez grand nombre de symptômes apparus chez de nombreuses personnes, les psychanalystes sont conduits à la connaissance d’un nombre tout aussi grand de scènes agissant traumatiquement. C’est dans ces expériences que les causes agissantes de l’hystérie sont entrées en action. Par l’étude des scènes traumatiques, les influences qui engendrent des symptômes hystériques et leur manière se dégagent.
Tous les événements postérieurs à la puberté, auxquels il faut attribuer une influence sur le développement de la névrose hystérique et sur la formation de ses symptômes, ne sont vraiment que des causes concurrentes, agents provocateurs comme disait CHARCOT pour qui l’hérédité nerveuse occupait la place que FREUD réclame pour l’expérience sexuelle précoce. BREUER rejoint la dissidence, à savoir CHARCOT, lorsqu’il admet qu’une expérience même anodine peut s’ériger en trauma et développer une force déterminante quand elle atteint une personne qui se trouve dans une disposition psychique particulière, dans ce que l’on appelle un état hypnoïde. Mais, FREUD trouve qu’on n’a souvent aucune base pour présupposer la présence de tels états hypnoïdes. Et, en dernier ressort, la théorie des états hypnoïdes n’apporte pas de solution aux autres difficultés, à savoir par exemple qu’aux scènes traumatiques manque si souvent la capacité déterminante.
FREUD mène une recherche anamnestique. Il interroge le Sujet et ses proches afin de savoir à quelles influences nuisibles ils ramènent eux‑mêmes l’apparition de ces symptômes névrotiques. Ceci est bien entendu faussé par tous les facteurs qui d’ordinaire cachent à un malade la connaissance de son propre état : le manque de compréhension scientifique des influences étiologiques, la fausse argumentation post hoc, ergo propter hoc, le déplaisir à se remémorer certains éléments nocifs et certains traumas, ou à en faire mention. Il se faut donc garder de faire propre les croyances sans leur avoir fait subir un examen critique détaillé et les patients n’ont pas à influencer l’opinion scientifique sur l’étiologie de la névrose. Remonter d’un symptôme hystérique à une scène traumatique n’apporte quelque chose que si cette scène satisfait à deux conditions : si elle possède la capacité déterminante correspondant au symptôme et si l’on peut lui reconnaître la force traumatique nécessaire. Il se vérifie quelquefois que la scène traumatique au cours de laquelle est apparu le symptôme possède effectivement et la capacité déterminante et la force traumatique nécessaires à la compréhension du symptôme. Mais bien plus souvent, incomparablement plus souvent, le psychanalyste tourve réalisée l’une des trois autres possibilités, si défavorables à la compréhensioN. Ou bien la scène à laquelle l’analyse a abouti, et où le symptôme est apparu pour la première fois, semble incapable de déterminer symptôme, son contenu ne présentant aucune relation avec la nature du symptôme ; ou bien l’expérience prétendument traumatique, dont le contenu a manifestement une relation avec le symptôme, se révèle être une impression normalement anodine et habituellement incapable de produire quelque effet ; ou enfin la scène traumatique déroute dans ces deux directions : elle apparaît tant anodine que dénuée de relation avec la particularité du symptôme hystérique.
Dans le cas du symptôme du vomissement hystérique, lorsque l’analyse fait remonter le symptôme à une expérience qui a pu, à juste titre, faire naître un grand dégoût comme, par exemple, la vue d’un cadavre humain en décomposition. Si, au lieu de cela, l’analyse indique que le vomissement provient d’un grand effroi, par exemple celui d’un accident de chemin de fer, alors on ne pourra qu’être satisfait et se demander pourquoi donc l’effroi conduit précisément au vomissement. Il manque à cette déduction la capacité de détermination. Lorsque le vomissement paraît dû à la consommation d’un fruit dont une partie était pourrie, certes, le vomissement est ici déterminé par le dégoût, mais on ne comprend pas comme le dégoût, en ce cas, a pu être assez puissant pour se perpétuer en un symptôme hystérique. Là, l’expérience manque de force traumatique.
cCelle névrotique
En théorie, les influences étiologiques, différentes entre elles par leur dignité et manière de relation avec l’effet qu’elles produisent se laissent ranger en trois classes.
Elles sont indispensables pour la production de l’affection en question, mais sont de nature universelle et se rencontrent aussi bien dans l’étiologie de beaucoup d’autres affections. Dans la pathogenèse des grandes névroses, l’hérédité remplit le rôle d’une condition puissante dans tous les cas et même indispensable dans la plupart des cas. Elle ne saurait se passer de la collaboration des causes spécifiques, mais l’importance de la disposition héréditaire se trouve démontrée par le fait que les mêmes causes spécifiques agissant sur un Individu sain ne produiraient aucun effet pathologique manifeste pendant que chez une personne prédisposée leur action fera éclore la névrose, de laquelle le développement en intensité et étendue sera conforme au degré de cette condition héréditaire. L’action de l’hérédité est donc comparable à celle du fil multiplicateur dans le circuit électrique, qui exagère la déviation visible de l’aiguille, mais qui ne pourra pas en déterminer la direction.
Elles partagent le caractère des conditions en ceci qu’elles fonctionnent dans la causation d’autres affections aussi bien que dans celle de l’affection en question, mais ne sont pas indispensables pour que cette dernière se produise. On peut énumérer tous les agents banals rencontrés ailleurs : émotions morales, épuisement somatique, maladies aiguës, intoxications, accidents traumatiques, surmenage intellectuel, etc. C’est la thèse de BEARD, mais FREUD est d’avis que la considération de ces causes balanes peut prêter des points d’appui à une thérapie qui ne vise pas la guérison radicale et qui se contente de refouler l’affection à son état antérieur de latence. Par exemple, l’émotion morale ne se trouve pas que dans cette étiologie, si ce n’est dans celle de l’hystérie, des obsessions, de la neurasthénie, comme dans celle de l’épilepsie, de la maladie de PARKINSON, du diabète, et nombre d’autres. Les facteurs étiologiques indispensables ne suffisent pas par leur quantité à eux pour faire éclater la névrose, un état de santé apparente peut être maintenu pour longtemps, qui est en vérité un état de prédisposition névrotique. Il suffit alors qu’une cause banale surajoute son action, la névrose devient manifeste. Mais il faut bien remarquer, dans de telles conditions, que la nature de l’agent banale survenant est tout à fait indifférente, émotion, traumatisme, maladie infectieuse ou autre. l’effet pathologique ne sera pas modifié selon cette variation, la nature de la névrose sera toujours dominée par la cause spécifique préexistante.
Elles n’apparaissent que dans l’étiologie de l’affection de laquelle elles sont spécifiques. FREUD reconnaît dans les désordres sexuels les causes de la nervosité et comme facteur déclenchant la névrose.
dDite obsessionnelle
Dans la névrose d’obsessions, il s’agit d’un événement qui a fait plaisir, d’une agression sexuelle inspirée par le désir (en cas de garçon) ou d’une participation avec jouissance aux rapports sexuels (en cas de petite fille). Les idées obsédantes reconnues par l’analyse dans leur sens intime réduites pour ainsi dire à leur expression la plus simple ne sont pas autre chose que des reproches que le Sujet s’adresse à cause de cette jouissance sexuelle anticipée, mais des reproches défigurés par un travail psychique inconscient de transformation et de substitution.
eDite paranoïaque
Toute compulsion est le noyau du mécanisme psychique et le refoulé. Les symptômes de la paranoïa admettent une classification semblable à celle qui s’est révélée justifiée pour la névrose obsessionnelle. Dans la paranoïa, le reproche est refoulé sur une voie qu’on peut désigner comme projection. Et le symptôme de défense qui est érigé est celui de la méfiance à l’égard des autres. La reconnaissance est ainsi refusée au reproche, et, comme par représailles, il n’existe aucune protection contre les reproches qui font retour dans les idées délirantes. L’hallucination mnésique paranoïaque subit une déformation comme celle de la névrose obsessionnelle. Une image moderne analogue vient à la place de l’image refoulée. Ce qui est particulier à la paranoïa, c’est le fait que les reproches doivent subir une double déformation, une censure qui mène au remplacement par d’autres pensées associées ou à la dissimulation par des modes d’expression indéterminés et la relation à des expériences récentes simplement analogues aux anciennes. Les idées délirantes arrivées à la conscience par compromis (symptômes du retour) posent des exigences au travail de pensée du Moi jusqu’à ce qu’elles puissent être admises sans contradiction. Comme elles sont elles‑mêmes incapables d’être modifiées, le Moi doit s’adapter à elles, si bien que ce qui correspond aux symptômes de défense secondaire dans la névrose obsessionnelle c’est ici la formation délirante combinatoire, le délire d’interprétation, qui aboutit à l’altération du Moi. La soi‑disant faiblesse de mémoire des paranoïaques est, elle aussi, tendancieuse, c’est‑à‑dire qu’elle repose sur le refoulement et obéit à ses desseins. Ce qui, après‑coup, est refoulé et remplacé, ce sont les souvenirs –pas du tout pathogènes- qui sont en contradiction avec l’altération du Moi impérieusement exigée par les symptômes du retour.
On part de la présupposition qu’il devait y avoir des pensées inconscientes et des souvenirs refoulés qui peuvent être amenés à la conscience lorsque est surmontée une certaine résistance. La présence de représentations inconscientes importantes était démontrée pour un cas de paranoïa aussi et on pouvait ramener également la compulsion de la paranoïa au refoulement. Sur l’origine des hallucinations visuelles, ou du moins des images vives, l’image du bas‑ventre féminin d’une patiente de FREUD survenait presque toujours en même temps que la sensation organique dans les bas‑ventre, mais cette dernière était beaucoup plus constante et très souvent sans l’image. De fil en aiguille, FREUD refit faire surface un souvenir d’enfance, les frères et sœurs avant de se coucher avaient coutume de se déshabiller ensemble. Aussi, ses hallucinations étaient un fragment intact du vieux souvenir passible de reproche et elle rattrapait maintenant en honte ce qu’elle avait omis dans son enfance. Par ailleurs, les fausses interprétations de la paranoïa reposent sur un refoulement. C’est de façon surprenante que se résolut aussi sa manière bizarre de fixer à son frère des rendez‑vous au cours desquels elle n’avait ensuite rien à dire. Elle pensait qu’il devait comprendre sa peine simplement à recevoir son regard, car il connaissait la cause de cette peine. Comme effectivement ce frère était l’unique personne qui pouvait savoir quelque chose de l’étiologie de sa maladie, il s’ensuit qu’elle avait agi pour un motif qu’elle ne comprenait certes pas elle‑même consciemment, mais qui se montrait parfaitement justifié dès qu’on lui mettait par en‑dessous un sens venant de l’inconscient.
L’extirpation du clitoris, opération qui, dans de nombreuses tribus, fait partie des rites d’initiation des filles. Bien que l’excision soit généralement effectuée par des femmes, et non par des hommes, on admet généralement que cette coutume est imposée aux femmes par les hommes. Les désirs des enfants mâles font supposer que certains hommes exciseraient une partie des organes sexuels féminins si on ne les en empêchait. Mais l’exemple de l’un Sujet femme de BETTELHEIM qui devait s’interdire d’extirper son propre clitoris fait naître un doute et on peut même se demander si cette mutilation, dont les conséquences sont importantes, n’aurait pas été en partie renforcée par des désirs spontanés chez les femmes. Le rituel initiatique de certains adolescents et spécifiquement l’entaille qu’auraient dû pratiquer les garçons sur leur organe génital, avait été institué par une fille. il reste à voir si les rites des peuples sans écriture, parmi lesquels se trouve une opération analogue effectuée sur l’organe génitale mâle, auraient les mêmes origines.
aCoprolagnie
Excitation ou satisfaction sexuelle obtenue à la vision de la défécation sur soi-même ou sur autrui.
bCopromanie
Propension à se souiller de ses excréments. Elle peut être passive chez le vieillard atteint d’un gâtisme, mais être aussi due à une perversion en vue d’obtenir un plaisir sexuel ou une excitation.
cCoprophagie
Action de manger des excréments. S’observe au cours des démences profondes et chroniques et dans certaines formes d’idiotie.
dCoprophilie
Tendance à évoquer l’ordure excrémentielle par des propos scatologiques et/ou obtenir une excitation ou une satisfaction sexuelle par la vue, la manipulation ou l’ingestion.
Type d’expérience originaire postulée par Freud et consistant en l’apaisement chez le nourrisson, grâce à une intervention extérieure, d’une tension interne créée par le besoin. L’image de l’objet satisfaisant prend alors une valeur élective dans la constitution du désir du sujet. Elle pourra être réinvestie en l’absence de l’objet réel (satisfaction hallucinatoire du désir). Elle ne cessera de guider la recherche ultérieure de l’objet satisfaisant.