PSYCHANALYSE GENIES - GULLIVER
a L’essence cachée des choses. 2
b Dans les différentes cultures. 2
a Facteur d’accélération du phénomène « GENIalisation ». 3
a La génisse, la chèvre et la brebis, en société avec le Lion (Livre I) 3
i Dit morbide (dans la schizophrénie) 4
a Roman de Jonathan SWIFT: Voyages de GULLIVER.. 5
aDéfinition
Ils sont des esprits mythiques. Répandus partout, ils se mêlent aux hommes, s’associent aux Objets, président aux événements.
Le monde des GENIES est comme un monde parallèle, moins pleinement bienfaisant que celui des ANGES et moins pleinement malfaisant que celui des DEMONS. Les GENIES sont comme des doubles des choses, des êtres, des événements. Ils sont leur essence, leur côté spirituel. En eux s’expriment leurs tendances profondes, ce qui les fait agir comme malgré eux.
Les GENIES sont censés avoir une existence à part. ils sont le support de l’animisme des sociétés primitives et l’expression du mystère des éléments de l’existence. Ils ambigus comme eux et de caractère souvent fantasque. Leurs réactions sont imprévisibles et il vaut mieux les apaiser que les indisposer.
Au 17ème siècle, le GENIE ne sera plus un être doté d’une certaine indépendance, mais un talent, une puissance créatrices exceptionnelle. On dira que le GENIE est un « don des dieux » pour indiquer qu’il est imprévu et inexplicable.
bDans les différentes cultures
Les peuples de génies sont innombrables à travers le monde. Retenons comment les HAOUSSA d’AFRIQUE NOIRE voient leur apparition.
Dieu (le Père de la maison) crée ADAMU, le premier homme, et ADAMA, la première femme. Ceux‑ci mettent au monde soixante‑dix couples de jumeaux. Un jour, Dieu appelé ici UBANGIJI, annonce sa venue. ADAMU et ADAMA ont honte d’avoir donné naissance à autant d’enfants et ils en cachent la moitié dans les arbres, dans les grottes, dans les déserts, etc.
Or, Dieu voit tout, il ne se laisse pas abuser et, pour punir les premiers hommes de leur manque de confiance, il décide que les enfants cachés resteraient désormais invisibles, qu’ils vivraient comme les autres, qu’ils se reproduiraient comme eux, mais qu’ils feraient du mal à leurs frères visibles et que ceux‑ci devraient les nourrir en leur offrant des animaux. Les hommes invisibles sont les ISKOKI, les GENIES.
Outre les GENIES attachés aux personnes et aux choses (sources, arbres, chemins, mer, etc.), il en est d’autres qui président à la guerre, à la chasse, à la victoire, etc. Les ROMAINS connaissent le GENIE du lit conjugal, dispensateur de la fécondité du ménage, et celui de la table, favorisant la bonne chère.
L’avènement de l’empire n’arrête pas la multiplication des GENIES. Les dieux eux‑mêmes, et les plus grands, ont les leurs, et l’on sacrifie au GENIE de MARS ou à celui de JUPITER, comme pour se débarrasser des aventures de ces personnages et ne s’intéresser qu’à leur être profond, leur aspect spirituel.
aLa génisse, la chèvre et la brebis, en société avec le Lion (Livre I)
« La génisse, la chèvre et leur sœur la brebis,
Avec un fier lion, seigneur du voisinage,
Firent société, dit-on, au temps jadis,
Et mirent en commun le gain et le dommage.
Dans les lacs de la chèvre un cerf se trouva pris.
Vers ses associés aussitôt elle envoie.
Eux venus, le lion par ses ongles compta,
Et dit : « nous sommes quatre à partager la proie. »
Puis en autant de parts le cerf il dépeça ;
Prit pour lui la première en qualité de sire.
- « elle doit être à moi, dit-il ; et la raison,
c’est que je m’appelle lion :
a cela l’on n’a rien à dire.
La seconde, par droit, me doit échoir encor :
Ce droit, vous le savez, c’est le droit du plus fort.
Comme le plus vaillant je prétends la troisième, si quelqu’une de vous touche à la quatrième,
Je l’étranglerai tout d’abord. »
Elle cherchait à atteindre plusieurs buts, en relation les uns avec les autres. L’un des principaux était de briser les prisonniers, afin de les transformer en une masse docile qui n’opposerait aucune résistance ni Individuelle, ni collective. Il s’agissait également de semer la terreur dans le reste de la population en se servant des prisonniers comme otages et en en faisant d’impressionnants exemples pour ceux qui auraient tenté de résister.
aExplications
Elle donne une explication à la géométrisation et de cette gigantisation, le Sujet ne situant plus les Objets dans leurs rapports inter‑individuels, chaque Objet, isolé, par la Spaltung est perçu comme un tout découpé, plus grand que nature. Le Sujet aurait une vision naturelle des êtres et des choses comparable à la vision de l’artiste BYZANTIN isolant sur le fond or des smaltes, les figures géantes de la Vierge ou du Pantocrator. On voit par là comment l’isomorphisme de la transcendance, de la gigantisation et de la séparation se retrouve sur le plan de la psychologie pathologique.
bTypologie
Ce géométrisme s’exprime par un primat de la symétrie, du plan, de la logique la plus formelle dans la représentation comme dans le comportement. Dès l’âge de 16 ans, un Sujet s’obsède au jeu de construction, est poursuivi par une manie de symétrie dans son habillement, sa façon de marcher au milieu de la chaussée. Pour le Sujet, l’espace EUCLIDIEN devient une suprême valeur à la monnaie, cette dernière tenant trop peu de place, alors que la Gare de LYON en agrandissement a une importance primordiale.
aTypologie
Cela représente la plupart des entreprises technologiques modernes, et ajoute un facteur au problème psychique : la distance.
aExpressions
Dès le 15ème siècle, on trouve la curieuse locution dans ces vers de Charles d’ORLEANS :
« Mieux aimassent à gogo
Gésirs sur mols coussinets. »
Cela suggère une idée d’aise et de bon temps pris, qui est présent aussi chez SCARRON,
lequel contemple une très jolie fille :
« Mais je vis bien à gogo, comme on dit,
Celle de qui tant de rumeur on fit
Quand elle fut des filles de la Reyne… »
« A gogo, se dit des choses plaisantes & agréables qu’on a en abondance – dit
FURETIERE. Les gens riches vivent à gogo. Il a de l’argent à gogo, tout son saoul. Ce mot est bas… »
Gogo est un altération par redoublement de « gogue » qui signifiait « plaisanterie, divertissement » - il a donné « goguenard ». « Et ne disoit jamais une parole, puisqu’il estoit en gogues, qu’elle n’apportast avec elle son ris [rire]. (LOUIS XI) « Etre dans les gogues », c’est être dans la joie, la bonne humeur et la plaisir – autrement dit : être en goguette, son diminutif naturel. « J’ai appointé un poussin et une belle pièce de mouton dont nous ferons goguette » (le même LOUIS XI). Que dire en tout cas de ces alexandrins qui ont l’air de sortir d’une pièce de Boulevard contemporaine, et qui sont pourtant du très classique Thomas CORNEILLE, petit frère de l’auteur du Cid :
« Ne parlons que de joie, et jusqu’au conjungo
Laissez‑moi, s’il vous plaît, m’en donner à gogo. »
Depuis FREUD, l’on sait explicitement que la gourmandise se trouve liée à la sexualité, le buccal étant l’emblème régressé de sexuel.
aSelon
Nous décelons, dans l’anecdote d’EVE croquant la pomme, des images qui renvoient aux symboles de l’animal dévorant, mais également nous interprétons l’anecdote en tenant compte de la liaison FREUDIENNE entre le ventre sexuel et le ventre digestif. Non seulement l’ascétisme est chaste, mais également sobre et végétarien. La manducation de la chair animale est toujours reliée à l’idée de péché ou tout au moins d’interdit.
Le conte du GRAAL énonce que la vie de l’homme s’engage dans une impasse quand elle prend la figure d’une lutte sans espoir contre le temps, quand le Sujet restreint l’espace à la forteresse de son narcissisme, murée sur un désert où les TARTARES ne surgiront qu’à l’heure du trépas pour l’éveiller du rêve dans lequel il s’était enfermé. Le roman de CHRETIEN imaginarise ce Destin dans la peinture du CHATEAU DE LA MERVEILLE où le Chevalier, captif d’un temps immobile, est réduit à courtiser sa sœur et à affronter son double sous le regard implacablement attendri des Mères. Les chemins de la liberté commencent, à rebours, quand le Sujet pénètre dans le champ de l’entre‑deux‑morts – à entendre ici : de la mort symbolique au trépas. A ce moment le temps devient espace, puisque le Sujet sort du temps pour s’avancer dans l’espace et que la conquête, fût‑elle la plus vaine aux yeux du sage (PYRRHUS face à CINEAS), se substitue à l’attente, démontrant que l’aventure est la seule vengeance que l’homme puisse perpétrer contre le temps. En assignant à son héros comme Destin non pas la conquête, mais la quête, Le conte du GRAAL propose toutefois une leçon dont l’ambiguïté se redouble de ce que cette quête soit celle d’un secret (« savoir du GRAAL qui l’on en sert… »), dont la nature et l’Objet, laissés indéterminés, trouvent un éclairage dans les élaborations métapsychologiques de FREUD.
aOrigine
En fait, elles ont lieu parce que des groupes sociaux, ou des sociétés différentes, vivaient à des niveaux de conscience différents. Il se peut que certains des maux dont nous souffrons proviennent de ce que, dans une partie du monde l’exigence consciente d’être libéré du besoin l’emporte sur la liberté de pensée, alors que dans l’autre le besoin économique a été si réduit que l’homme en a une conscience moins vive que de sa liberté de se déplacer, de choisir son travail ou d’en changer, et d’avoir une opinion personnelle en matière de politique ou d’esthétique.
aRoman de Jonathan SWIFT: Voyages de GULLIVER
Roman satirique publié anonymement en 1726 et divisé en quatre parties ou voyages : au pays de LILLIPUT, de BROBDINGNAG, à l’île volante de LAPUTA et chez les HOUYHNHNMS. Les aventure de GULLIVER commencent comme celles de ROBINSON : après un naufrage, c’est l’abandon sur une île que SWIFT peuple d’être déplaisants organisés en sociétés toujours critiquables. SWIFT réserve sa sympathie aux bons et vertueux chevaux (HOUYHNHNMS) qui ont domestiqué des êtres répugnants et obscènes, les YAHOUS (ou hommes). « Homme‑montagne » chez les LILLIPUTIENS, GULLIVER est une poupée vivante pour les géants de BROBDINGNAG. Le passage sans transition du sentiment de supériorité à celui d’infériorité pose le problème de la difficulté d’un équilibre dont manque SWIFT à la fin de sa vie. A LAPUTA enfin, GULLIVER découvre les limites de l’intelligence et de la religiosité : les savants sont des maniaques et les immortels condamnés à un ennui affligeant. Ses voyages terminés, GULLIVER garde la nostalgie du paradis des HOUYHNHNMS, souffre du système de valeurs de ses contemporains et conclut, contrairement à ROBINSON, en désapprouvant le « système de la conquête‑colonie‑esclavage » (analyse de Gilbert SIGAUX). Cette œuvre pessimiste est devenue paradoxalement un des titres les plus célèbres de la littérature enfantine, ce qui lui valut d’être adaptée, résumée, défigurée de cent manières.