PSYCHANALYSE PURETE - PURIFICATION
Deux Protection des parties génitales de l’autre sexe. 1
La pureté, selon BERGSON ou ROUSSEAU, n’a plus le même contenu sémantique que chez PLATON ou DESCARTES.
aCritères
L’air résume toutes les qualifications cathartiques : translucidité, lumière, réceptivité à la brûlure comme au froid. C’est une des raisons pour lesquelles BACHELARD, en une de ses plus fructueuses études, a pu faire de l’élément aérien la substance même du schème ascensionnel.
On peut citer des pratiques comme celle de l’épilation, de l’ablation des cheveux, des mutilations dentaires. Ces dernières, pratiquées par les BAGOBO, sont explicitement faites pour ne pas avoir les dents comme celles des bêtes. Explicitement toutes ces pratiques de l’ablation – qui ne sont pas forcément des ablations sacrificielles – signifient une volonté de se distinguer de l’animalité. C’est également le sens de la tonsure chez les prêtres et les moines CHRETIENS, chez les Saints YOGIS, chez les moines BOUDDHISTES ou JAÏNISTES, ces derniers pratiquant l’épilation complète du corps, épilation qui n’est rien d’autre qu’une tonsure menée à son extrême limite. La tonsure et ses dérivés sont signes de renonciation à la chair, cette pratique signifie le défi, le dédain de la fascination, de l’élan procréateur de la MAYA avec son cycle vital.
En ce qui concerne les rites d’excision et de circoncision, chaque sexe étant purifié des éléments troubles du sexe adverse symbolisés par le prépuce et le clitoris.
L’eau lustrale a d’emblée une valeur morale : elle n’agit pas par lavage quantitatif mais devient la substance même de la pureté, quelques gouttes d’eau suffisent à purifier un monde. Pour BACHELARD, c’est l’aspersion qui est l’opération purificatrice primitive, la grande et archétypale image psychologique dont le lavage n’est que le grossier et exotérique doublet. On assiste même là au passage d’une substance à une force rayonnante, car l’eau non seulement contient la pureté, mais rayonne la pureté. La pureté n’est‑elle pas dans sa quintessence rayon, éclair et éblouissement spontané ? Le seconde caractère renforçant sa pureté est sa fraîcheur. Cette fraîcheur joue en opposition à la tiédeur quotidienne. L’eau lustrale est l’eau qui fait vivre par‑delà le péché, la chair et la condition mortelle.
Le mot pur, racine de toutes les purifications, signifie lui‑même feu en SANSKRIT. Toutefois, nous devons prendre soin de signaler combien le symbole du feu est polyvalent, comme en rend compte la technologie : la production du feu est liée à des gestes humains et à des ustensiles fort différents. La brûlure du feu est aussi purificatrice, car ce que l’on exige de la purification c’est que, par ses excès, elle rompe avec la tiédeur charnelle comme avec la pénombre de la confusion mentale. Il y a deux manières essentielles manifestement antithétiques d’obtenir du feu : par percussion et par frottement.
Le feu purificateur est psychologiquement parent de la flèche ignée, du coup céleste et flamboyant que constitue l’éclair. Les multiples briquets à batterie, ou même le curieux briquet à piston des INDONESIENS, sont des réductions ustensilitaires de la brutale fulgurance de la foudre.
Le procédé par friction se rattache à une toute autre constellation psychique que BACHELARD a fort bien étudiée dans sa Psychanalyse du feu. Selon PIGANIOL, l’incinération correspondrait à la croyance en la transcendance d’une essence, en l’immortalité de l’âme et ces préoccupations relatives à la transcendance s’opposeraient aux pratiques de l’inhumation, à la conservation terrestre de tout ou partie du corps.
Roland BARTHES a bien mis en évidence qu’il y avait, au sein d’un complexe de la purification, des osmoses entre les éléments, avec accentuations qualitatives selon que l’on veut vanter un liquide purificateur sorte de feu liquide à la phénoménologie mordicante et militaire et qui tue la saleté ou, au contraire, des poudres saponidées et détergentes qui chassent simplement la saleté. Dans l’imagerie OMO, la saleté est un petit ennemi malingre et noir qui s’enfuit à toutes jambes. Ainsi dans le schème diaïrétique, l’eau de JAVEL, les saponides et les détergents dialoguent leurs vertus. Mais ce qu’il faut bien voir c’est que OMO ou PERSIL ne sont que les derniers acatars publicitaires de l’archétype policier et justicier du pur archange victorieux des noirs démons. Glaive, épée de feu, flambeau, eau et air lustral, détergents et détachants constituent donc le grand arsenal des symboles diaïrétiques dont l’imagination dispose pour couper, sauver, séparer et distinguer la lumineuse valeur. Seule la terre n’est jamais immédiatement pure et ne le devient qu’après une lente opération alchimique ou métallurgique qui l’instaure dans la dignité du métal ou du sel.